Allemagne: «Service militaire volontaire pour la sécurité intérieure» – une invitation aux néonazis

Par Peter Schwarz
31 juillet 2020

La mise en place du «service militaire volontaire pour la sécurité intérieure» par la Bundeswehr (Forces armées) à partir d'avril de l'année prochaine, est une invitation aux néonazis et autres extrémistes de droite à recevoir une formation militaire rémunérée par le gouvernement allemand. Cela ressort clairement du nom ainsi que du contexte historique, politique et international.

Le terme «Heimatschutz» (sécurité intérieure), qui est utilisé de façon presque obsessionnelle – apparaissant onze fois dans le court texte publicitaire sur le site du ministère de la Défense – est un cri de guerre de l'extrême droite. Il a des résonances à la fois actuelles et historiques.

Les organisations néonazies impliquées dans des attaques terroristes et des meurtres aiment se qualifier de «sécurité intérieure». Par exemple, la «Sécurité intérieure en Thuringe», qui a été mise en place avec des fonds publics par Tilo Brandt, Informateur confidentiel (IC) du service secret, a recruté Uwe Mundlos, Uwe Böhnhardt et Beate Zschäpe, qui ont ensuite formé le parti néonazi national-socialiste souterrain (NSU) qui a commis au moins dix meurtres racistes et plusieurs attaques.

Manifestation de la «Sécurité intérieure en Thuringe» (Photo: -/Mobit e.V./dapd)

Mais il y avait – ou il y a – aussi le «Fränkischer Heimatschutz», le «Märkischer Heimatschutz», etc. Un livre publié en 2014 par Stefan Aust et Dirk Laabs s'intitule: Heimatschutz: Der Staat und die Mordserie des NSU. (Sécurité intérieure: l'État et la série de meurtres perpétrés par la NSU).

Entre les deux guerres mondiales, de nombreuses unités paramilitaires de droite se faisaient appeler «Heimatschutz». Par exemple, en Autriche, des associations de défense territoriale ont été formées sous ce nom, sur le modèle des fascistes de Mussolini. En 1928, elles ont attaqué le quartier ouvrier social-démocrate de Wiener Neustadt lors d'une «marche sur Vienne».

Basé sur l'idéologie nazie du sang et du sol, le Heimatschutzverband (association de sécurité intérieure) a également mélangé la conservation de la nature et la protection des monuments historiques avec des idées nationalistes et antisémites. Par exemple, la Sécurité intérieure de Bavière, dont le président d'honneur était le président du district Gustav von Kahr à partir de 1927, était une figure clé des activités d'extrême droite.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une unité auxiliaire locale au sein de la Waffen-SS en Slovaquie s'appelait «Heimatschutz Slowakei» (HS). Entre autres choses, la HS a fait la garde des camps de concentration et a été impliquée dans l'arrestation, la torture et le meurtre de nombreux Juifs.

Avec l'invitation à effectuer «un service pour la sécurité intérieure» et à être formé à l'utilisation des armes, la Bundeswehr envoie un signal clair aux jeunes extrémistes de droite qu'ils n'ont plus besoin de se cacher pour se préparer à une prochaine guerre civile.

Dans la période qui a suivi le procès du NSU à Munich, l'assassinat du président du district de Kassel, Walter Lübcke, l'attaque de la synagogue de Halle, les meurtres de masse racistes à Hanau et la mise à nu des réseaux de droite dans l'unité d'élite de la Bundeswehr KSK et sa périphérie, les réseaux terroristes de droite ont attiré l'attention du public qui a réagi avec horreur, colère et indignation.

La grande coalition des chrétiens-démocrates et des sociaux-démocrates réagit à cela en allant plus loin et en créant des unités militaires sous les auspices de la Bundeswehr à des fins d'utilisation contre des opposants politiques. Dans ses annonces publiques, la Bundeswehr avoue avec une franchise remarquable qu'il s'agit d'opérations militaires armées en Allemagne, interdites par la Constitution.

«La plus grande différence par rapport au service militaire volontaire classique», indique le site Web de la Bundeswehr, est «la planification à proximité du domicile du service de réserve après une formation et un service de base et spécialisé dans la sécurité intérieure au lieu d'un déploiement à l'étranger.»

Ceci n'est pas une sorte de service civil en uniforme. Les volontaires doivent recevoir une formation militaire complète. Une partie de la formation de base et spéciale de sept mois est «également une formation aux armes à feu», souligne la Bundeswehr. «La forme physique et dextérité à travers une course d'obstacles» sont également requises. Les personnes engagées dans le «service militaire volontaire pour la protection de la patrie» relèveront également «ces défis militaires».

Au cours des cinq derniers mois de leur service d'un an, les volontaires feront du service de réserve. Par la suite, ils auront la possibilité d’«intégrer la réserve territoriale», qui a été systématiquement constituée au cours des huit dernières années.

Un projet pilote à cet effet est le «Landesregiment Bayern» (Régiment d'État bavarois»), qui est encadré par la Bundeswehr et l'association des réservistes. Selon la Bundeswehr, le premier régiment du genre en Allemagne sert à la fois la défense nationale et la sécurité intérieure. Entre autres, il soutient la police «en cas d'urgence». Il contribue à l'intégration rapide et facile d'une «réserve moderne et efficace» dans «les structures [militaires] actives existantes».

En d'autres termes, il vise à assurer une coopération harmonieuse entre les réservistes axés sur les opérations nationales et l’armée. Il est évident qu'il ne s'agit pas, comme le gouvernement aime à le décrire, de fournir une assistance en cas de catastrophe naturelle, de lutter contre les scolytes, de réaliser des tests de coronavirus, etc.

Le modèle est plutôt le ministère de la Sécurité intérieure (Homeland Security) aux États-Unis. Cette agence, fondée après les attentats du 11 septembre 2001, est devenue un appareil gigantesque avec 240.000 employés et un budget annuel de 62 milliards de dollars. Elle surveille, espionne et terrorise toute la population des États-Unis.

Ces derniers jours, le président Trump a envoyé des unités de combat hautement préparées de la Homeland Security dans les villes américaines pour réprimer les manifestations. Dans des scènes rappelant les dictatures militaires sud-américaines, des soldats non identifiés arrêtent des manifestants pacifiques et les transportent vers des lieux inconnus dans des véhicules sans plaques minéralogiques. De cette manière, Trump s’apprête à établir une dictature face à une crise sociale et politique grandissante.

Il se passe un tournant similaire en Allemagne. La classe dirigeante se prépare à de féroces luttes de classe. La pandémie de coronavirus a intensifié massivement la crise mondiale du système capitaliste. Des millions de personnes sont menacées de perdre leur emploi et leurs revenus, tandis que d'autres sont contraintes de retourner travailler au péril de leur vie.

Il y a 90 ans, les classes dirigeantes en Allemagne ont réagi à une crise similaire par la dictature nazie et une guerre d'anéantissement. Aujourd'hui, elles vont dans le même sens. Elles se réarment systématiquement et se préparent à de nouvelles missions de guerre et à la répression violente de l'opposition sociale et politique. Mais contrairement aux années 1930, elles ne bénéficient pas d’un mouvement de masse fasciste. Le sentiment de la population tend vers la gauche. Le développement des forces de droite et fascistes est principalement le fruit de l’intervention de l'État.

Le Bureau de la protection de la Constitution, comme on appelle les services secrets, sert de centre de contrôle du terrorisme de droite. Dans la Bundeswehr et dans la police, il existe des réseaux d'extrême droite qui sont dissimulés et banalisés par les autorités supérieures. Même l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) d’extrême droite, qui compte dans son sein de nombreux représentants de la police, de la Bundeswehr et des services secrets, est systématiquement courtisée et promue par l'État et les partis de l'establishment.

Les partis de la grande coalition gouvernementale – CDU, CSU et SPD – portent la responsabilité principale de cette politique. Mais les partis d'opposition – le Parti de gauche, les Verts, le Parti libéral-démocrate (FDP) et bien sûr l'AfD – la soutiennent également. La lutte contre le fascisme et le militarisme nécessite la construction d'un mouvement indépendant de la classe ouvrière qui lutte pour le renversement du capitalisme et un programme socialiste international.

(Article paru en anglais le 30 juillet 2020)

 

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