Les États-Unis adoptent une politique de changement de régime vis-à-vis de Pékin

Par Peter Symonds
30 juillet 2020

La semaine dernière, le secrétaire d’État Mike Pompeo a prononcé un discours à la bibliothèque et au musée présidentiel Richard Nixon intitulé «La Chine communiste et l’avenir du monde libre». Cet événement marque une nouvelle étape dangereuse vers un affrontement entre les États-Unis et la Chine.

Pompeo a présenté la politique étrangère américaine comme un choix entre un avenir dominé par la «Chine communiste» ou le «monde libre», ouvrant ainsi la voie à une intensification de la confrontation des États-Unis avec la Chine sur tous les fronts – diplomatique, économique et militaire. Une confrontation, de plus, visant implicitement un changement de régime à Pékin.

«Si nous voulons un 21e siècle libre», a déclaré Pompeo, «l’ancien paradigme de l’engagement aveugle avec la Chine» doit être remplacé par une stratégie visant à garantir que «le monde libre doive triompher de cette nouvelle tyrannie».

Le discours renverse effectivement près d’un demi-siècle d’engagement américain avec la Chine, qui, nonobstant Pompeo, n’a jamais été «aveugle» – c’est-à-dire illimité ou sans critique.

Cela a commencé avec le rapprochement et le voyage de Nixon à Pékin en 1972. Son objectif stratégique était de former un bloc contre l’Union soviétique, et non pas, comme le prétendait Pompeo, de transformer la Chine en une prétendue «démocratie».

Le recours de Pompeo à la démagogie de la Guerre froide est tout simplement une absurdité. Personne qui comprend un peu la politique ne croit que la Chine soit «communiste». La détente entre les États-Unis et la Chine établie par Nixon et Mao a ouvert la porte à un processus accéléré de restauration capitaliste. Pour les entreprises américaines et mondiales, ce processus a transformé la Chine en la plus grande plate-forme de main-d’œuvre bon marché du monde.

De plus, parler de «monde libre» alors que le gouvernement Trump se débarrasse rapidement des droits démocratiques et utilise les mesures de l’État policier contre les manifestants est un mensonge grotesque. La situation n’est pas non plus différente chez les alliés du «monde libre» de Washington, où les partis d’extrême droite et ouvertement fascistes sont encouragés et où les gouvernements recourent de plus en plus à des formes autocratiques de gouvernement.

Pompeo ne parle pas uniquement pour le gouvernement Trump. Il parle pour la partie dominante de la classe dirigeante américaine. Cette dernière, face à une profonde crise économique, sociale et politique chez elle, accélérée par la pandémie de COVID-19, cherche à projeter vers l’extérieur d’immenses tensions sociales, contre un ennemi extérieur.

Un éditorial publié lundi dans le New York Times, la voix des Démocrates, soutient pleinement la politique agressive du gouvernement Trump à l’égard de la Chine. Il fait juste valoir qu’elle doit être plus efficace et cohérente. Intitulé «Les revendications de la Chine en Mer de Chine méridionale sont illégales. Et maintenant?» Il dénonce l’«agression» et l’«intimidation» de la Chine sur «l’une des voies navigables les plus cruciales du monde». Enfin, il soutient la récente déclaration de Pompeo qui déclare «illégales» les revendications territoriales chinoises dans les eaux contestées.

L’hypocrisie abonde. L’éditorial fait l’éloge de la déclaration de Pompeo pour avoir mis les États-Unis en conformité avec le droit international, mais Washington n’a pas ratifié la loi internationale même – la Convention des Nations unies sur le droit de la mer – qu’il affirme avoir été violée par Pékin. C’est le président Obama, que l’éditorial salue, qui a transformé la Mer de Chine méridionale en dangereuse poudrière internationale. Obama a incité les voisins de la Chine à faire valoir leurs propres revendications sur cette région et a commencé la pratique de déployer de manière provocante des navires de guerre américains dans les eaux territoriales chinoises.

Quant aux brimades et aux agressions, l’impérialisme américain s’est engagé dans une guerre criminelle après l’autre au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique du Nord au cours du dernier quart de siècle, créant des catastrophes humanitaires pour les peuples de ces régions. Le «Pivot vers l’Asie» d’Obama, poursuivi et élargi par Trump, a impliqué un énorme renforcement militaire dans toute l’Asie, ciblant la Chine. Cette dernière a répondu en consolidant son contrôle des îlots de la Mer de Chine méridionale, voisins de bases navales clés de la Chine.

L’éditorial du New York Times approuve tacitement les politiques agressives du gouvernement Trump envers la Chine y compris son invocation cynique des «droits de l’homme» à propos de Hong Kong et de la population ouïgoure de la province du Xinjiang. Il le soutient aussi quand il allègue, sans présenter aucune preuve, que la Chine pratique l’espionnage et vole la propriété intellectuelle.

Comme Pompeo, l’éditorial établit une distinction entre la guerre froide avec l’Union soviétique et la confrontation de plus en plus dangereuse de Washington avec la Chine. Il déclare : «La Chine est un partenaire commercial majeur des États-Unis et d’une grande partie du reste du monde. Elle ne commande pas un empire, et son économie n’est pas susceptible de s’effondrer sous le poids des défis occidentaux comme l’a fait l’économie planifiée de Moscou».

En conséquence, Pompeo a conclu dans son discours qu’on ne pouvait pas retourner à une politique d’«endiguement» ou de «coexistence pacifique», comme la bureaucratie stalinienne soviétique nommait cet affrontement. Le rejet de l’«endiguement» est un signe avertisseur inquiétant. Dans le débat au sein des cercles dirigeants américains dans les années 1950, l’alternative à l’endiguement était la politique du «refoulement», c’est-à-dire l’utilisation de la puissance économique et militaire de l’impérialisme américain pour miner agressivement et finalement détruire l’Union soviétique.

Si le New York Times ne tire pas explicitement la même conclusion que Pompeo, l’implication est évidente. Si la Chine ne s’effondre pas comme l’Union soviétique, on devrait alors utiliser des méthodes plus agressives et plus énergiques. Comme Joe Biden, le candidat Démocrate présumé à la présidence, le Times a critiqué Pompeo pour ne pas avoir formulé une stratégie globale pour faire tomber le régime chinois.

Alors que le débat sur la Chine est une question clé de l’élection présidentielle américaine, l’accord bipartite sous-jacent met en évidence les intérêts plus fondamentaux en jeu pour l’impérialisme américain. Au milieu d’un déclin historique qui s’accélère, les États-Unis considèrent la Chine comme la principale menace pesant sur leurs efforts pour conserver leur domination mondiale, qu’ils sont résolus à conserver par toutes les méthodes, y compris militaires.

Dans son discours et son annonce d’un changement définitif de la politique américaine envers la Chine, Pompeo a mobilisé tous les mensonges et accusations non fondées dont le gouvernement Trump se sert pour empoisonner l’opinion publique et créer une atmosphère de guerre. Cela inclut la tentative de faire porter à Pékin la responsabilité des pertes catastrophiques en vies humaines causées par la réponse criminellement négligente de Washington à la pandémie de COVID-19.

Tous les mensonges et accusations de Pompeo et Trumps sont liés aux desseins stratégiques de Washington. La promotion des «droits de l’homme» à Hong Kong, au Tibet et au Xinjiang vise à encourager les mouvements séparatistes pour diviser la Chine. Les appels à la «liberté de navigation» en Mer de Chine méridionale visent à garantir la «liberté» des porte-avions américains de rôder le long des côtes chinoises.

Les États-Unis se préparent à une guerre calamiteuse avec une Chine puissance nucléaire, qui pourrait rapidement submerger le monde. Les travailleurs et les jeunes ne peuvent pas rester les bras croisés alors que le monde glisse vers la catastrophe. La seule force sociale capable d’arrêter cette campagne de guerre est la classe ouvrière. Elle doit être mobilisée à travers la construction d’un mouvement anti-guerre international unifié, basé sur les principes socialistes, pour renverser le système capitaliste qui est à l’origine de la guerre. C’est pour cette perspective que se bat le Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru d’abord en anglais 29 juillet 2020)

 

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