La stabilité financière suscite de plus en plus d'inquiétudes alors que le dollar américain chute et que le prix de l'or s'envole

Par Nick Beams
29 juillet 2020

De plus en plus d'informations sont apparues sur l'ampleur du gel des marchés financiers à la mi-mars qui a menacé de créer un krach financier plus important que celui de 2008, dans un contexte où l'on craint de plus en plus que la création massive de monnaie par la Fed et d'autres banques centrales, en réponse à la crise, ne crée les conditions d'un désastre encore plus grand.

La chute du dollar américain et la forte hausse du prix de l'or sont l'une des indications de l'imminence d'une tempête financière.

L'or a atteint un record de 1.944 dollars l'once lundi, portant sa hausse pour l'année à 25%.

Un reportage publié dans le New York Times la semaine dernière sur la crise de mars – le déclencheur de l'intervention de la Fed – s'est concentré sur l'activité des fonds spéculatifs, hors de toute portée réglementaire, qui avait poussé «des parties critiques des marchés financiers américains» vers un effondrement.

Selon le reportage, certains fonds spéculatifs ont entrepris des opérations à fort effet de levier pour soutenir des stratégies similaires à celles employées par Long Term Capital Management en 1998, dont la disparition a failli déclencher un effondrement financier qui n'avait été évité que par l'intervention de la Réserve fédérale de New York.

Pour illustrer l'incapacité des autorités de régulation à contrôler de quelque manière que ce soit l'anarchie du marché capitaliste, l’article note que les restrictions plus strictes imposées aux opérations bancaires par la loi Dodd-Frank ont poussé «la prise de risque dans les coins sombres de Wall Street».

À la mi-mars, alors que l'impact économique de la pandémie COVID-19 devenait apparent, les marchés sont devenus très volatils et le financement des échanges n'était plus disponible. De nombreuses transactions n'étaient plus rentables et «certains fonds spéculatifs ont été contraints de se débarrasser de dette publique».

«Les banques auraient pu agir comme des antistress en achetant des titres et en trouvant des acheteurs», note l'article. «Mais elles détenaient déjà de nombreuses obligations d'État et ne pouvaient pas en gérer davantage, en partie à cause des réglementations établies après 2008. Tout le monde était vendeur: les investisseurs ordinaires, les banques centrales étrangères et les fonds spéculatifs. Presque personne n'achetait. Le marché de la dette publique américaine, qui est au cœur du système financier mondial, s'est arrêté».

Lorsque les effets de la pandémie ont commencé à se propager, la Fed est intervenue en réduisant les taux d'intérêt à zéro. Mais cela s'est avéré insuffisant et des signaux d'alarme ont retenti lorsque le rendement des obligations a commencé à augmenter, ce qui est une indication de la vente des titres citée dans l'article.

Le reportage a souligné que les dangers n'étaient pas inconnus et dès novembre 2016, un groupe de travail sur les fonds spéculatifs, créé pour examiner les risques posés par de nombreux fonds spéculatifs utilisant des stratégies similaires, avait averti qu'ils «pouvaient être une source d'instabilité en période de turbulences».

Mais avec l'arrivée au pouvoir de l'administration Trump et son souci de stimuler les marchés financiers, le groupe de travail sur les fonds spéculatifs a été désactivé.

L'ancienne présidente de la Fed, Janet Yellen, qui a été interviewée pour l'article, a noté: «Il est très dangereux d'avoir un régime dans lequel vous savez que cela peut arriver. La Fed a fait des choses incroyables cette fois-ci».

Reflétant son rôle de porte-parole des démocrates, le New York Times voudrait sans doute présenter la crise comme résultant des actions de l'administration Trump.

Mais les actions du gouvernement, qui a fourni des billions de dollars de soutien aux entreprises par le biais de la loi CARES, et les interventions «incroyables» de la Fed, qui a fourni des billions de dollars supplémentaires pour tous les secteurs des marchés financiers – obligations d'État, dettes d'entreprises, y compris les obligations de pacotille, dettes d'étudiants et de cartes de crédit, papier commercial et obligations municipales – ont été entièrement soutenues par les démocrates au Congrès.

L'afflux de plus de 3.000 milliards de dollars sur les marchés financiers en seulement quatre mois a maintenant conduit à ce que le Wall Street Journal a décrit comme une «fusion» de tous les actifs financiers.

«Les actions, les obligations et les matières premières se dirigent vers leur plus forte hausse simultanée sur quatre mois jamais enregistrée, ce qui souligne l'ampleur de la reprise du marché pendant le ralentissement économique de 2020», peut-on lire dans un article publié ce week-end.

Les signes sont particulièrement évidents dans les valeurs technologiques où «les investisseurs achètent des actifs en grande partie simplement parce qu'ils sont à la hausse».

«Des hausses aussi fortes inquiètent les analystes qui craignent que les investissements ne chutent soudainement en même temps si les marchés ou l'économie mondiale sont confrontés à un nouveau choc», poursuit l'article.

La hausse rapide du prix de l'or devient préoccupante à la fois en raison de ce qu'elle indique sur l'état des marchés financiers et, plus important encore, parce qu'avec des billions de dollars créés en appuyant sur un bouton d'ordinateur, elle pourrait être le signe avant-coureur d'une crise de confiance dans la monnaie centrale du monde: le dollar américain.

Lorsque les marchés ont gelé à la mi-mars, le prix de l'or a chuté alors que les investisseurs se ruaient sur les liquidités. Mais depuis lors, il a connu une hausse rapide et les prévisions indiquent que sa valeur pourrait augmenter encore beaucoup.

En temps dit «normal», l'or n'est pas considéré comme un investissement car il n'apporte pas de rendement sous forme d'intérêts. Mais avec des taux d'intérêt proches de zéro, voire négatifs dans certains cas, ce désavantage est éliminé et l'or est considéré comme une réserve de valeur car la stabilité des actifs financiers est remise en question.

En dehors de ces considérations immédiates, il y a la préoccupation croissante que la valeur du dollar américain soit sur une trajectoire descendante.

Un article sur Bloomberg a indiqué que la pandémie avait «déclenché un torrent de forces qui conspirent pour alimenter une demande incessante de la sécurité perçue que procure l'or».

Parmi les facteurs qui ont fait chuter la valeur du dollar par rapport à l'euro et à d'autres grandes devises, notamment le dollar australien très négocié, l'article cite les craintes que de nouveaux confinements soient ordonnés, les plans de relance sans précédent, les décisions des banques centrales d'imprimer de la monnaie plus rapidement que jamais et la chute des rendements obligataires corrigés de l'inflation en territoire négatif aux États-Unis.

S'exprimant sur la chaîne Fox dans l'émission «Sunday Morning Futures», l'investisseur milliardaire en fonds spéculatifs Ray Dalio, directeur de Bridgewater Associates, a déclaré que le conflit entre les États-Unis et la Chine pourrait se transformer en une «guerre des capitaux» qui aurait un impact sur le dollar.

«Il y a une guerre commerciale, une guerre technologique, une guerre géopolitique et il pourrait y avoir une guerre des capitaux.»

Il a déclaré que s'il y avait une loi interdisant les investissements en Chine et que les États-Unis décidaient de cesser de payer les sommes dues sur les bons du Trésor chinois, «cela aurait de grandes conséquences, notamment sur la valeur du dollar».

Outre le conflit avec la Chine, Dalio a souligné les implications des interventions massives de la Fed pour la stabilité de l'ensemble du système monétaire.

«Ce qui m'inquiète le plus, c'est la solidité de notre argent. On ne peut pas continuer à faire des déficits, à vendre des dettes ou à imprimer de l'argent plutôt que d'être productif, et maintenir cette situation indéfiniment», a-t-il déclaré.

(Article paru en anglais le 28 juillet 2020)

 

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