Les chauffeurs de bus londoniens appellent au financement participatif pour la famille du chauffeur de bus français assassiné: «Aidez la famille de Philippe Monguillot!»

Par Laura Tiernan
27 juillet 2020

Les chauffeurs de bus de Londres ont lancé un appel à une collecte de fonds pour la famille de Philippe Monguillot, un chauffeur de 59 ans assassiné en France après avoir demandé aux passagers de se conformer au règles sur le port du masque.

Monguillot a été agressé dans la ville française de Bayonne le 5 juillet. Les procureurs disent qu'il a été traîné hors de son bus et reçu des coups de pied à la tête à plusieurs reprises après avoir demandé à quatre hommes de porter des masques pour protéger les passagers du COVID-19. Trois jours plus tard, il a été déclaré en état de mort cérébrale. Sa famille a pris la décision déchirante de désactiver les appareils de maintien en vie.

Une vague de compassion suivit la mort de Monguillot. A Bayonne, sa femme Véronique et leurs trois filles ont organisé une manifestation. Suite à l’information postée sur les réseaux sociaux, plus de 6000 personnes sont descendues dans les rues de la ville le 8 juillet, portant des chemises blanches à la mémoire du chauffeur.

La manifestation à Bayonne menée par la famille de Philippe Monguillot, sa femme et trois filles

A Paris, Bordeaux, Strasbourg et dans d'autres villes, les conducteurs de bus ont observé une minute de silence. Les collègues de Monguillot dans la société Chronoplus ont fait grève cette semaine-là, touchant les services de Bayonne, Anglet et Biarritz, pour exiger une plus grande protection.

Les chauffeurs de bus londoniens ont lancé le financement participatif pour la famille de Monguillot il y a deux semaines. «Cette mort tragique est à plus d’un titre dure à accepter, compte tenu du fait que Phillipe Monguillot ne faisait que son devoir, essayant de se conformer aux arrêtés et essayant de faire son travail correctement pour la sécurité de ses passagers», explique le texte de leur appel.

Il se termine par un appel à la solidarité de classe internationale: «Cette collecte de fonds n'est pas seulement personnelle, mais j'espère que les chauffeurs de bus du monde entier pourront s'unir sur ce sujet. Nous pouvons montrer notre soutien à la famille du regretté Phillipe Monguillot et souligner le fait que nous sommes tous dans le même bateau. »

L'attaque de mercredi contre un chauffeur de bus à Bournemouth, dans le sud de l'Angleterre, montre les problèmes communs auxquels sont confrontés les conducteurs de bus au niveau international. Ce conducteur a été agressé par un passager qui a tenté de monter à bord sans porter de masque. Celui-ci l’a frappé à la tête avec une canette de bière, le faisant tomber au sol, avant de s'enfuir. Heureusement, il n'a subi que des blessures mineures, mais sans contrôleur à bord ni aucune autre assistance, de nombreux chauffeurs ont peur.

Les comportements antisociaux à l'encontre des conducteurs ont augmenté au cours de la dernière décennie, alimentés par l'aggravation des inégalités et de la détresse sociale, dont la maladie mentale et la toxicomanie. Mais le coronavirus confronte les chauffeurs de bus à une menace bien plus grande, leurs vies étant délibérément sacrifiées pour protéger les bénéfices des grandes entreprises de transport. Ils ont été contraints de travailler sans équipement de protection individuelle (EPI) de base, sans tests réguliers ni recherche des contacts. À Londres, alors que les travailleurs des bus commençaient à mourir en nombre record – 33 ont été tués en avril et mai – Transport for London (TfL), les entreprises de transport et le syndicat Unite ont bloqué des mesures de sécurité vitales et dissimulé des informations.

Au fur et à mesure que le programme de retour au travail du gouvernement Johnson progresse, ces dangers augmentent. L'appel au financement participatif pour la famille de Philippe Monguillot est un signe de la résistance croissante de la classe ouvrière internationale. Le texte de l'appel comprend un lien vers l'article du World Socialist Web Site sur la mort de Philippe Monguillot, publié en français et en anglais. Le WSWS est lu par un nombre croissant de travailleurs parce qu'il fournit une stratégie socialiste mondiale pour que la classe ouvrière se défende et surmonte les divisions sectorielles et nationales créées par le capitalisme.

Le chauffeur de bus londonien qui a lancé l'appel (qui souhaite rester anonyme) a expliqué au WSWS pourquoi il l’avait fait.

WSWS: Pourquoi avoir lancé un appel au financement participatif pour la famille de Philippe Monguillot?

RS: Quand cela s'est produit, cela m'a vraiment frappé. Ce chauffeur de bus ne faisait que son travail, et si cela m'arrivait, je voudrais que les gens aident ma femme à au moins payer les funérailles et aider ma famille. Je voulais juste lancer un appel pour aider la famille à traverser cette période difficile.

WSWS: Dans l'appel au financement participatif, vous avez écrit que les chauffeurs de bus du monde entier sont «dans le même bateau». Pouvez-vous expliquer cela?

RS: J'ai travaillé comme chauffeur de bus dans différents pays d'Europe. Certaines entreprises en Pologne par exemple essaient de faire nettoyer les bus aux chauffeurs une fois qu'ils ont fini leur travail, sans leur donner d’EPI ni de produits de nettoyage appropriés. Les entreprises ne se soucient pas des chauffeurs et créent un environnement hostile dans lequel il doivent travailler.

Dans le cas de Philippe Monguillot, ils lui ont dit que si certains passagers ne portaient pas de masque la faute lui revenait. Et quand les passagers l'ont battu, ils n'auraient probablement subi aucune conséquence, sans l’énorme manifestation à Bayonne suite à sa mort. C'est un énorme problème.

WSWS: Pourriez-vous nous expliquer ce qui s'est passé après la mort de Philippe Monguillot?

RS: Deux jours après son admission à l'hôpital, sa famille s’est mobilisée. Ils ont appelé leurs amis et ces amis ont appelé leurs amis, et finalement beaucoup de gens s’y sont joints pour manifester dans les rues. C'était devant le commissariat de Bayonne, une immense manifestation avec des personnes en chemise blanche à la mémoire de Philippe Monguillot. Quand cela est arrivé dans les médias, la police a finalement commencé à rechercher les assaillants.

Par un groupe Facebook de chauffeurs de bus polonais, je sais que la nouvelle de la mort de Philippe pour avoir tenté de demander aux passagers de porter un masque a eu l’effet d’un coup de tonnerre. Certains des chauffeurs en Pologne se sont mis en grève et ont insisté pour que les entreprises appliquent le port du masque à l’aide de personnel approprié. Ainsi, sa mort a suscité l'indignation internationale.

Dans les bus de Londres, nous n'avons aucune aide. Transport for London (TfL) a publié il y a environ un mois un communiqué disant que du personnel approprié, comme des agents de sécurité des transports et des policiers, imposerait le port de masques. Je ne les ai pas vus une seule fois dans mon bus. Si vous prenez le bus, on annonce parfois que TfL et la police vérifient le port du masque, mais je ne les ai pas vus, même pas sur un itinéraire très fréquenté. C'est dangereux pour nous et pour les passagers.

WSWS: TfL a affirmé qu'il y aurait des limites du nombre de passagers pour assurer la distanciation sociale. Que s’est-il passé avec ça?

RS: Ils ont dit qu’ils n’étaient pas en mesure de le mettre en œuvre. Pour nous c’est impossible. Parfois, quand j'essaie de faire respecter le nombre de passagers, ils se mettent en colère. J'ai été agressé plusieurs fois, seulement verbalement, heureusement, mais TfL ne fait rien à ce sujet. Ils nous disent de signaler à nos contrôleurs des bus ce qu'ils appellent des « surcharges», mais ils nous disent simplement de «ne plus prendre de passagers». Et quand vous arrivez à l’arrêt suivant parce que les gens veulent descendre, certains vous ignorent et montent quand même. TfL n’en a rien à faire du nombre de passagers, alors, c’est uniquement le problème du chauffeur.

WSWS: Quel est le sentiment des chauffeurs de bus sur les conditions dans lesquelles ils sont obligés de travailler?

RS: La plupart des chauffeurs ne sont pas vraiment contents de ce qui se passe. Beaucoup d'entre nous pensent qu’on nous raconte n’importe quoi. Un jour, ils disent que «les masques ne sont pas nécessaires» et le lendemain, ils nous disent que nous devrions porter des masques. Il n'y a pas de cohérence. Je me sens menacé dans notre sécurité.

WSWS: Depuis la reprise des tableaux de services normaux, avez-vous entendu parler de travailleurs tombés malades?

RS: Ladirection essaie de nous le cacher, mais nous savons que certains travailleurs sont tombés malades. La situation est vraiment sombre. Au garage Holloway, on apprend de façon anecdotique que de nombreux chauffeurs sont malades. Ils vérifient la température de chaque conducteur à l'entrée du garage. Ils font cela depuis lundi. S'ils commencent à le faire, ça veut dire quelque chose, parce que l’entreprise Metroline n'est pas connue pour réagir vite à quoi que ce soit.

J'ai lu l'article du WSWS sur la dissimulation des décès par l'entreprise au garage de Cricklewood [en avril et mai] et j'ai été vraiment choqué.

WSWS: Quelle est votre attitude envers les syndicats?

RS: Quand j'ai signalé à notre représentant syndical en avril que nos autobus n'étaient pas nettoyés correctement, il m'a dit de simplement remplir une fiche de bus défectueux. Même quand je l'ai signalé, rien n’a changé. Le lendemain, c'était sale dans la cabine. J'ai dû la nettoyer moi-même. Maintenant, ils laissent du gel désinfectant dans la cabine et nous disent de juste vaporiser une fois et tout ira bien.

Ils nous disaient que l'EPI n'était pas nécessaire. Chaque chauffeur savait que c'était un non-sens complet. Neuf conducteurs sur dix ont acheté des EPI pour eux-mêmes et certains des chauffeurs se sont fait dire par les cadres qu'ils ne devaient pas porter de masques parce que cela faisait peur aux passagers. Alors, il y a une énorme pandémie en cours et ils nous disent que nous faisons peur aux passagers et n’ont rien à faire de notre santé et de quoi que ce soit. Le syndicat s'est conformé à cela. Ils ont dit que la direction avait raison à ce sujet. C'est du comportement criminel.

WSWS: Qu'aimeriez-vous dire aux chauffeurs de bus sur pourquoi ils devraient faire un don à la campagne de financement participatif?

RS: En gros, tout le monde pourrait être à la place de Philippe Monguillot. Je pense que c’est notre responsabilité de montrer que nous, les chauffeurs, formons un seul groupe et que nous sommes confrontés aux mêmes problèmes chaque jour. Même si nos entreprises essaient de nous dire que les chauffeurs de Metroline devraient être contre ceux d’Arriva et les chauffeurs d’Arriva devraient être contre ceux de London United, ce n’est pas comme cela. C'est nous contre eux. C'est ce que je veux dire aux chauffeurs de bus. Ouvrez simplement vos cœurs et aidez la famille de Philippe Monguillot.

To donate to the crowdfund appeal please visit: https://www.gofundme.com/f/fundraise-in-memory-of-philippe-monguillot

Pour faire un don à l'appel au financement participatif, veuillez visiter:

https://www.gofundme.com/f/fundraise-in-memory-of-philippe-monguillot

(Article paru en anglais le 25 juillet 2020)

 

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