Les États-Unis ordonnent la fermeture du consulat chinois de Houston, augmentant le risque de guerre

Par Mike Head
24 juillet 2020

Mardi, le gouvernement Trump a donné l’ordre à la Chine de fermer son consulat à Houston dans les trois jours. Il n’a fourni aucun détail pour justifier sa décision. Cette action constitue une escalade dangereuse et sans précédent dans le conflit entre les États-Unis et la Chine.

Alors que les navires de guerre américains et chinois sont dans une impasse tendue en mer de Chine méridionale, il est difficile de voir dans cette décision autre chose qu’un pas vers la guerre.

La Maison-Blanche et l’ensemble de l’establishment politique américain se trouvent face à une crise intérieure massive en raison de leur incapacité à contenir la pandémie de COVID-19, qui a déjà coûté la vie à près de 150.000 Américains, et ils cherchent à détourner les tensions internes vers un «ennemi» extérieur.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a condamné la fermeture de son plus ancien consulat aux États-Unis, qui existe depuis que les deux pays ont normalisé leurs relations diplomatiques en 1979. Un porte-parole a qualifié cette mesure de «scandaleuse et injustifiée qui va saboter les relations entre les deux pays».

Le gouvernement américain n’a pas tenté d’expliquer ses allégations totalement infondées contre Pékin. Le département d’État a vaguement accusé la Chine de mener «des opérations d’espionnage et d’influence illégales et massives dans l’ensemble des États-Unis». Le porte-parole Morgan Ortagus s’est fait l’écho de la litanie de folles allégations publiées par Donald Trump cette semaine accusant la Chine: de «violer» la souveraineté américaine, d’«intimider» le peuple américain, de voler «les emplois américains» par des «pratiques commerciales déloyales» et «d’autres comportements flagrants».

Interrogé sur les raisons de la fermeture du consulat, le secrétaire d’État Mike Pompeo a répondu en affirmant que la Chine volait la propriété intellectuelle américaine, ce qui «coûtait des centaines de milliers d’emplois». Pompeo a déclaré aux journalistes à Copenhague, au Danemark que le président Trump avait déclaré: «Assez, nous n’allons pas permettre que cela continue».

Sur Twitter, le sénateur républicain Marco Rubio, un agitateur de longue date contre la Chine, a été encore plus vague et provocateur. «Le consulat de Chine à #Houston n’est pas une installation diplomatique. C’est le nœud central du vaste réseau d’espions et d’opérations d’influence du Parti communiste aux États-Unis. Maintenant, ce bâtiment doit fermer et les espions ont 72 heures pour partir ou être arrêtés. Cela est absolument nécessaire.»

Comme pour ses déclarations antérieures, selon lesquelles la Chine aurait fait du COVID-19 «une arme» et aurait propagé le virus dans le monde à partir d’un laboratoire de Wuhan, il n’y a pas la moindre preuve pour soutenir ces allégations incendiaires. En outre, le pays qui les profère mène les plus grandes opérations d’espionnage et d’ingérence politique au monde, de l’Iran au Venezuela et à la Chine.

Les accusations autour de Houston font partie d’un ensemble de revendications et d’actions dirigées contre la Chine ces dernières semaines. Le même jour, les États-Unis organisaient une nouvelle démonstration de force dans la mer de Chine méridionale, menant des exercices conjoints entre le groupe d’attaque des porte-avions USS Ronald Reagan et les navires de guerre japonais et australiens à proximité des îlots revendiqués et occupés par la Chine. C’était la deuxième démonstration militaire de ce type cette semaine, après que Pompeo, pour la première fois, ait officiellement qualifié d’«illégales» pratiquement toutes les revendications de la Chine dans la mer de Chine méridionale.

Les responsables américains ont également levé les scellés d’une accusation contre deux anciens étudiants en ingénierie en Chine qui sont accusés de piratage informatique pour avoir tenté de voler des données sur la recherche du vaccin COVID-19, prétendument sur ordre du gouvernement chinois, ainsi que pour leur «propre bénéfice».

Mardi également, Pompeo et le secrétaire à la Défense, Mark Esper, ont tous deux prononcé des discours à Londres affirmant que les États-Unis préparent leurs forces militaires dans toute la région indopacifique en vue d’une éventuelle confrontation avec la Chine, et augmentant la pression sur les autres gouvernements pour qu’ils rejoignent une coalition afin de contrer l’influence mondiale croissante de Pékin. «Nous espérons pouvoir construire une coalition qui comprenne cette menace», a déclaré Pompeo. «Elle inclut tous les pays», a-t-il déclaré, pendant qu’il se tenait aux côtés du ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab.

Esper a déclaré à l’Institut international d’études stratégiques basé à Londres que l’armée américaine modernisait sa «force de dissuasion» à travers l’Asie et donnait la priorité au déploiement de forces et de technologies pour contrer la Chine qui vise à établir «un ordre régional complètement différent dans lequel elle est au sommet».

Pompeo et Esper font une tournée en Europe pour exiger que les gouvernements européens s’alignent sur les États-Unis contre la Chine. Ils viennent de réussir à faire pression sur le gouvernement britannique pour qu’il revienne sur sa décision précédente d’autoriser Huawei, le plus grand fabricant d’équipements de télécommunications au monde, à fournir la technologie 5G au Royaume-Uni.

Au début de ce mois, Trump a signé un projet de loi autorisant des sanctions contre la Chine en raison de sa politique à Hong Kong. Le Trésor américain a également sanctionné plusieurs hauts fonctionnaires chinois pour le traitement réservé par Pékin aux minorités ethniques au Tibet et dans la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine.

La Maison-Blanche n’a pas la moindre préoccupation pour les droits démocratiques des populations en Chine ou ailleurs, comme en témoigne la mobilisation des troupes paramilitaires contre les manifestants à Portland, Oregon et les menaces de Trump de faire de même dans d’autres grandes villes. Au lieu de cela, Washington cherche hypocritement à exploiter les questions des «droits de l’homme» et de l’«espionnage» pour affronter la Chine, qu’il considère désormais comme la principale menace pour son hégémonie mondiale.

La réaction du régime capitaliste de Pékin à la fermeture de son consulat a été, une fois de plus, un mélange d’appels à Washington pour un compromis sur le partage du pouvoir et sa réaction nationaliste et militariste. Mercredi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a appelé les États-Unis à révoquer la fermeture. Dans le même temps, il a menacé de prendre des contre-mesures contre la violation «scandaleuse et injustifiée» du droit international et «l’escalade sans précédent» des récentes actions américaines contre la Chine.

Dans le sud de la mer de Chine, l’armée de l’air chinoise a organisé des exercices de tir réel et a envoyé d’autres avions de chasse à sa base du territoire contesté de Woody Island. Tout cela ne fait que souligner le danger d’un conflit militaire qui pourrait potentiellement dégénérer en confrontation nucléaire. Assis au sommet de sa propre bombe à retardement sociale, Pékin s’engage lui-même dans une course aux armements qui ne peut que se terminer par un désastre pour l’humanité.

Ces dangers ne sont pas seulement dus à la crise du gouvernement Trump et à l’élection présidentielle imminente. La pandémie de COVID-19 a accéléré la volonté des États-Unis, déjà portée à un niveau supérieur sous le gouvernement Obama, d’affronter la Chine sur tous les fronts, y compris militairement. L’objectif est de la subordonner et de l’empêcher de devenir une menace pour l’empire mondial établi par l’impérialisme américain pendant la Seconde Guerre mondiale.

Derrière les allégations de vol de la recherche sur les vaccins, un conflit mondial réactionnaire se joue entre les entreprises et les nations concurrentes pour devenir la première à breveter un vaccin contre le coronavirus. Des milliards de dollars sont en jeu pour les PDG des entreprises, les investisseurs et les banquiers, et un immense avantage géopolitique pour le pays qui produira le premier vaccin.

Les États-Unis poursuivent plus ouvertement une politique nationaliste, qui vise à enrichir les oligarques américains et à déployer le vaccin non pas comme un moyen de sauver des vies, mais comme une arme contre les pays dans la ligne de mire de l’impérialisme américain. Washington refusera de fournir le vaccin aux pays considérés comme des obstacles à sa quête d’hégémonie mondiale. Par contre, il récompensera ceux qui s’alignent sur ses plans de guerre et de conquête en leur donnant accès à ce médicament vital.

Toutes les sections de l’establishment politique américain se sont alignées derrière la campagne antichinoise du gouvernement Trump. Son challenger démocrate présumé, Joe Biden, attaque Trump pour ne pas être suffisamment agressif.

Ces développements mettent en évidence l’énorme danger de guerre et la nécessité de mobiliser la classe ouvrière internationale contre cette menace et les régimes politiques qui en sont responsables. Les travailleurs chinois et américains doivent ensemble, avec les travailleurs de tous les pays, s’opposer à une telle guerre et lutter pour un effort mondial unifié contre la pandémie. Cela n’est possible que sur la base d’un programme socialiste, qui vise à renverser le système capitaliste et à abolir sa division dépassée du monde en États-nations rivaux.

(Article paru en anglais le 23 juillet 2020)

 

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