En pleine crise, les États-Unis s'en prennent à la Chine

Par Peter Symonds
18 juillet 2020

Cette semaine a marqué une escalade majeure dans la campagne de guerre des États-Unis contre la Chine. Face à une crise économique et sociale profonde dans son pays et à la détérioration de ses propres perspectives électorales, le président Trump s’en prend à la Chine de manière agressive sur toute une gamme de questions potentiellement explosives.

Dans un signe inquiétant, le secrétaire d’État, Mike Pompeo, a, pour la première fois, officiellement qualifié cette semaine d’«illégales» pratiquement toutes les revendications de la Chine dans la mer de Chine méridionale. Il a dénoncé sa prétendue «intimidation» des petites puissances et son mépris du «système international fondé sur des règles».

L’hypocrisie qui en découle est stupéfiante. Les États-Unis ont refusé de ratifier la loi même – la Convention des Nations unies sur le droit de la mer – dont s’est emparé Pompeo pour condamner la Chine. Le système dit «fondé sur des règles» est un système dans lequel Washington fixe les règles – pour les autres – tout en bafouant le droit international à volonté. La brutalité impérialiste américaine, y compris les invasions illégales, les interventions militaires et les coups d’État, remonte à plus d’un siècle.

La déclaration de Pompeo ouvre la voie à une projection dramatique de la puissance militaire américaine dans la mer de Chine méridionale. Pékin a déclaré que la mer de Chine méridionale constituait un «intérêt fondamental», c’est-à-dire un intérêt pour lequel ce n’était pas possible de faire un compromis. Au début de ce mois, la marine américaine a organisé des jeux de guerre «haut de gamme». Ces exercices impliquaient deux groupes de porte-avions dans ces eaux stratégiques et, de manière provocante, près des principales bases militaires chinoises dans le sud de la Chine. Cette semaine, pour souligner la déclaration de Pompeo, un destroyer américain a mené une autre opération dite de «liberté de navigation» à proximité d’îlots contrôlés par les Chinois dans la mer de Chine méridionale.

Lors d’une conférence de presse mardi, Trump a renforcé la position belliqueuse de son gouvernement envers la Chine en annonçant une série de mesures punitives envers Hong Kong. Notamment, il a mis fin au traitement commercial préférentiel pour le territoire chinois et l’interdiction d’exporter des technologies sensibles. Il a également signé la loi sur l’autonomie de Hong Kong qui ouvre la voie à des sanctions contre les fonctionnaires chinois impliqués dans l’imposition d’une nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hong Kong.

Le gouvernement Trump a également récemment imposé des sanctions aux fonctionnaires chinois impliqués dans des violations présumées des droits de l’homme des Ouïghours musulmans dans la province occidentale du Xinjiang et au Tibet. Bien que le Parti communiste chinois (PCC) utilise largement des mesures d’État policier, notamment contre la classe ouvrière, les États-Unis ne se soucient pas le moins du monde des droits démocratiques quand il s’agit des habitants de Hong Kong, du Xinjiang ou du Tibet. Au contraire, selon un modus operandi bien établi, Washington exploite la question des «droits de l’homme» pour servir ses propres intérêts de prédateur – en l’occurrence, ses efforts pour affaiblir et fragmenter un rival qu’il considère comme la principale menace à son hégémonie mondiale.

Lors de la conférence de presse, Trump s’est lancé dans une féroce attaque contre la Chine, réitérant la litanie d’allégations sans fondement et de mensonges purs et simples qui sont désormais sa marque de commerce. Il a accusé la Chine de «voler» les technologies américaines, de «piller nos usines» et d’«arnaquer» l’économie américaine. Il a tenté de détourner l’attention de sa propre négligence criminelle dans la gestion de la pandémie COVID-19 qui a coûté la vie à près de 140.000 Américains. Ainsi, une fois de plus, Trump a accusé la Chine de «dissimuler le virus et de le libérer dans le monde» – sans fournir la moindre preuve.

Les commentaires décousus et parfois incohérents de Trump étaient censés être dirigés contre son rival présumé pour la présidence, le démocrate Joe Biden. Cependant, le fait que Trump et Biden s’accusent mutuellement de «faiblesse» vis-à-vis de la Chine ne fait que souligner le caractère bipartisan de l’agression américaine contre Pékin. Trump a poursuivi et accéléré le «pivot vers l’Asie» du gouvernement Obama qui visait à subordonner la Chine aux intérêts américains. Un commentateur du Financial Times l’a noté cette semaine: «Se trouver à Washington, c’est sentir une nation glisser vers un vaste conflit avec la Chine sans le moindre débat».

Trump fait monter les enchères contre la Chine pratiquement tous les jours. Le New York Times a rapporté cette semaine que la Maison-Blanche envisage une interdiction de voyage sans précédent contre les 90 millions de membres du Parti communiste chinois, ainsi que leurs familles. Cette mesure extraordinaire sanctionnerait en effet l’ensemble de l’appareil administratif et politique de la deuxième économie mondiale. Trump va exploiter une loi précédemment utilisée sur une base raciale pour interdire les voyages aux États-Unis en provenance de pays musulmans pour imposer une mesure politique flagrante contre la Chine.

Le recours à des mesures aussi extrêmes, et calculées pour provoquer des représailles de la part de la Chine, met à nu l’ampleur de la crise à Washington. Il s’agit du désespoir non seulement du gouvernement Trump, mais de tout l’establishment politique. L’impérialisme américain n’a pas pu réaffirmer sa domination malgré un quart de siècle d’occupations militaires brutales au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale. Maintenant, il s’oriente aveuglément vers une guerre avec une puissance nucléaire qui embraserait le monde.

La pandémie de COVID-19 a exposé et exacerbé toutes les contradictions sous-jacentes du capitalisme. Au milieu d’une résurgence de la lutte des classes à l’échelle mondiale, le gouvernement Trump n’est pas le seul gouvernement poussé à projeter dangereusement vers un ennemi extérieur les tensions sociales qui s’accumulent à l’intérieur.

C’est notamment le cas de la France, qui intervient dans le conflit en Libye et avance les intérêts de sa compagnie pétrolière Total. Le président Macron tente de détourner les regards de l’évolution réactionnaire de son gouvernement, qui a provoqué le mouvement des Gilets jaunes et les grèves contre les réformes des retraites.

Alors que les commentateurs inquiets mettent en garde contre une nouvelle guerre froide, l’affrontement entre Washington et Pékin ne sera pas une répétition de la rivalité entre les États-Unis et l’ancienne Union soviétique. Faisant face à un déclin historique, l’impérialisme américain ne peut tolérer une «coexistence pacifique» avec une puissance économique montante qui, par son existence même, menace sa domination mondiale.

Pour sa part, Pékin n’a pas de réponse progressiste, car les États-Unis cherchent agressivement à le saper, à le défier et à le contrer sur tous les fronts – diplomatique, économique et militaire. Le fragile régime du PCC représente l’élite capitaliste ultra-riche du pays et se trouve au sommet de sa propre bombe à retardement sociale. Il fait des tentatives futiles pour apaiser Washington, tout en s’engageant dans une dangereuse course aux armements qui ne peut que se terminer par un désastre pour l’humanité. Il est totalement incapable de faire appel à la seule force sociale capable d’arrêter la course à la guerre, la classe ouvrière internationale.

Le glissement accéléré vers la guerre mondiale provoquera sans aucun doute l’opposition des travailleurs et des jeunes du monde entier. Cette opposition doit cependant être soudée dans un mouvement international unifié de la classe ouvrière contre la guerre. Ce mouvement doit se baser sur un programme socialiste et se donner pour objectif le renversement du système capitaliste et l’abolition du système dépassé des États-nations rivaux. C’est la perspective pour laquelle lutte le Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru en anglais 17 juillet 2020)

 

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