Un rapport de l'OCDE souligne l'impact à long terme de la pandémie

Par Nick Beams
17 juin 2020

L’affirmation selon laquelle les grandes économies et l'économie mondiale dans son ensemble connaîtront une reprise miraculeuse en forme de V lorsque les restrictions imposées à la suite de la pandémie de COVID-19 seront levées vient d’être démentie par un rapport publié par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) au début du mois.

Le rapport indique clairement que la pandémie a conduit à la plus grave contraction depuis la Grande Dépression et que ses effets seront durables. Il note que dans un certain nombre de domaines clés de l'économie mondiale, notamment le commerce, l'investissement et l'endettement des entreprises, la pandémie a exacerbé des tendances qui étaient déjà clairement évidentes avant qu'elle ne frappe.

Dans un commentaire sur le rapport, l'économiste en chef de l'OCDE, Laurence Boone, a déclaré que «l'activité économique s'est effondrée dans l'ensemble de l'OCDE pendant la fermeture de 20 à 30% dans certains pays, un choc extraordinaire.»

Pour élaborer ses perspectives, l'OCDE, qui regroupe 33 grandes économies, envisage deux scénarios: un scénario dans lequel le virus recule et reste sous contrôle, et un autre dans lequel une deuxième vague éclate plus tard dans l'année.

«Les deux scénarios donnent à réfléchir», écrit Boone, «car l'activité économique ne reviendra pas et ne peut pas revenir à la normale dans ces circonstances.»

Le rapport indique que les perspectives économiques sont «exceptionnellement incertaines.» Il précise que toute reprise sera «hésitante» et pourrait être interrompue par une autre éclosion «si des mesures de confinement ciblées, notamment des tests et le retraçage n'étaient pas mises en place ou ne s'avéraient pas efficaces.»

Dans un scénario de «double impact», le PIB mondial devrait diminuer de 7,1% cette année, tandis que dans un scénario de «simple impact», la contraction sera de 6% cette année, pour revenir à des niveaux proches de ceux d'avant la crise d'ici la fin 2021.

Mais même selon ce dernier scénario, relativement optimiste, «dans de nombreuses économies avancées, l'équivalent de cinq ans ou plus de croissance du revenu réel par habitant pourrait être perdu d'ici 2021.»

«La crise jettera une ombre profonde sur le monde et les économies de l'OCDE», indique le rapport. «D'ici 2021, le revenu réel par habitant dans la majorité des économies de l'OCDE sera revenu aux niveaux de 2013 dans le scénario à double impact et de 2016 dans le scénario à impact unique.»

En outre, elle pourrait «réduire de manière permanente la production potentielle en raison de la perte prématurée de capital qui accompagnera probablement une augmentation des faillites» et des effets négatifs à long terme des niveaux de chômage élevés.

Le rapport note qu'un «renforcement de la coopération internationale» est nécessaire pour aider à mettre fin plus rapidement à la propagation de la pandémie et accélérer la reprise économique mondiale, ainsi que pour éviter de nuire aux économies de marché émergentes.

«Le partage des connaissances, des ressources médicales et financières, et la réduction des interdictions de commerce néfastes, en particulier pour les produits de santé, sont essentiels pour relever les défis posés par la pandémie», affirme-t-il.

Mais c'est le contraire qui se produit. Boone note que la pandémie a accéléré le passage de la «grande intégration» à la «grande fragmentation», avec des restrictions supplémentaires sur le commerce et les investissements.

Ce processus ne se limite pas à la sphère économique, car l'administration Trump et d'autres grandes puissances intensifient leur campagne anti-Chine, cherchant à la rendre responsable de la propagation mondiale du virus.

Le rapport note que les domaines les plus touchés en termes d'emploi ont été les loisirs, les divertissements et le tourisme. Mais la baisse des dépenses en biens de consommation durables a été tout aussi importante. Les ventes mondiales de voitures en mars et avril ont diminué de 37% par rapport à la moyenne mensuelle de 2019.

Les dépenses d'investissement, l'un des moteurs essentiels de la croissance économique à long terme, ont également fortement diminué. La production de biens d'équipement dans les principales économies avancées a chuté d'environ 12% au cours du premier trimestre de 2020. Dans ce cas, la pandémie a accéléré une tendance clairement visible dans la seconde moitié de 2019, alors que les investissements commençaient à diminuer.

Un autre indicateur à plus long terme est la chute du commerce mondial. L'OCDE indique qu'il se «contracte fortement», avec une baisse de près de 4% au cours des trois premiers mois de 2020, c'est-à-dire avant que les mesures de confinement n'aient pleinement fait sentir leurs effets. Le trafic international de fret aérien a chuté de 30% en avril par rapport à l'année précédente.

«Les commandes mondiales à l'exportation sont tombées à leur niveau le plus bas jamais enregistré en avril et sont restées exceptionnellement faibles en mai, tous les pays ayant signalé des baisses importantes», note l'OCDE.

Comme pour les investissements, la pandémie a gravement exacerbé ce qui était déjà une tendance sous-jacente qui a commencé à la suite de la crise financière mondiale. Ces dernières années, le commerce mondial n'a augmenté que légèrement plus vite que la production mondiale, alors que dans les années précédant 2008, il augmentait à un rythme deux fois plus rapide que le PIB mondial.

L'OCDE prévoit que le commerce mondial diminuera de 11,5% en 2020 dans un scénario à double impact et de 9,5% s'il y a un seul impact.

Ses prévisions en matière de chômage soulignent également les effets à long terme de la pandémie, le chômage dans la zone OCDE devant atteindre les niveaux les plus élevés en un quart de siècle et ne diminuer que lentement en 2021.

Le rapport indique: «Les stigmates des pertes d'emploi sont susceptibles d'être ressentis en particulier par les jeunes travailleurs et les travailleurs peu qualifiés, avec le risque que de nombreuses personnes se retrouvent piégées dans le chômage pendant une période prolongée.»

Sur le front financier, l'OCDE note que la pandémie a provoqué «une baisse massive des prix des actifs financiers et une flambée de la volatilité, certains marchés cessant de fonctionner correctement.» Dans de nombreux pays, les marchés boursiers se sont effondrés de 30 à 50%, ce qui représente la plus forte chute depuis le krach de 1987.

Les turbulences du marché ne se sont atténuées qu'à la suite de l'intervention massive de la banque centrale américaine et d'autres banques centrales dans le monde. Mais cette intervention devra se poursuivre. L'OCDE affirme que les banques centrales pourraient devoir opter pour un contrôle de la courbe des taux d'intérêt afin de maintenir les taux d'intérêt à un niveau bas. C'est la politique déjà menée au Japon, où la banque centrale rachète essentiellement la dette publique afin de maintenir un régime de bas taux d'intérêt.

Bien qu'un tel régime fait grimper les actions, il crée des problèmes dans d'autres secteurs de l'économie car une période prolongée de bas taux d'intérêt «remettra en question la solvabilité des fonds de pension et des compagnies d'assurance.»

L'OCDE ajoute que, bien qu'elle ne dispose pas de données complètes sur la situation des sociétés non financières, «les données concernant certaines grandes entreprises suggèrent que l'impact négatif de l'effondrement de la production sera très important.»

Là encore, la pandémie a frappé alors que des faiblesses sous-jacentes commençaient à apparaître, l'OCDE notant qu'à la fin de 2019, quelque 25% des entreprises «n'avaient pas assez de liquidités pour couvrir toutes leurs obligations en matière de dettes en 2020.»

Elle affirme que «l'augmentation probable des faillites et des insolvabilités d'entreprises» pourrait entraîner «des effets de rétroaction négatifs sur les marchés des obligations d'entreprises», et note qu'un «montant record de dettes [d'entreprises] est tombé au rang d’obligations de pacotille ces derniers mois», c'est-à-dire notées en dessous de la qualité d'investissement.

Cela pourrait ajouter aux «défis pour les banques», surtout en Europe, où les entreprises dépendent davantage des banques pour leur financement qu'aux États-Unis. Bien que les banques ne soient pas à l'origine de la crise et qu'elles disposent de réserves de liquidités plus importantes qu'en 2008, le rapport indique qu’«elles risquent d'être affectées négativement par l'augmentation des faillites des entreprises et des ménages ainsi que par la faiblesse de la demande.»

(Article paru en anglais le 16 juin 2020)

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