Brésil: deuxième plus grand nombre de décès dus au COVID-19 dans le monde, la bourse monte en flèche

Par Miguel Andrade
16 juin 2020

Après avoir dépassé les États-Unis pour le nombre de nouveaux décès quotidiens du COVID-19 confirmés, le Brésil a maintenant déclassé le Royaume-Uni comme pays avec le deuxième plus grand nombre de décès – 41 828 contre 41 556 vendredi – ne cédant la place aux États-Unis que pour le nombre absolu de décès et de cas.

La semaine dernière a également vu une accélération de la propagation de la pandémie dans le plus grand pays d'Amérique latine, avec plus de 32 000 cas enregistrés quotidiennement et une moyenne de 1 073 décès par jour.

Des chiffres officiels qui toutefois n'ont aucune crédibilité, en raison de la politique d'immunité collective de fait menée par le gouvernement Bolsonaro. Le gouvernement a refusé de prendre quelque mesure que ce soit contre la pandémie et a privé les gouvernements régionaux de fonds. Poursuivant son but de cacher le véritable bilan de la pandémie, il a accusé les administrations locales de surestimer le nombre de décès, sans présenter de preuves.

Les derniers chiffres ont été fournis par le gouvernement après avoir décidé, au cours du week-end, de «reformuler» ses informations, en les présentant tard dans la soirée, afin de contourner les journaux télévisés du soir. Plus grave encore, il a décidé de ne tenir compte que des décès survenant dans la journée, au lieu d’inclure également tous les décès précédant ce jour.

Une telle manipulation des données réduirait le nombre de décès signalés quotidiennement de 60 pour cent, selon un reportage du 31 mai de Folha de S. Paulo. Le reportage a examiné les données publiées le 2 mai et révélé que le nombre total de décès dus au COVID-19 confirmés par le gouvernement depuis le début de la pandémie était de 6 724. Mais 16 144 autres décès dus au COVID-19 et au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) avaient également eu lieu jusqu’à ce jour-là, mais attendaient toujours des autopsies ou des tests pour le COVID-19. En d'autres termes, les deux tiers des décès réels dus au COVID-19 au 2 mai n'étaient pas connus et ont été escamotés dans les rapports des jours suivants.

L'inclusion tardive des décès dans les chiffres signifierait que, pour un jour donné, du total des décès dus au COVID-19, seuls 40 pour cent sont immédiatement identifiés comme tels, et que les décès quotidiens signalés par le gouvernement représentent une sous-estimation constante et grossière. En même temps, la décision de ne déclarer que les décès confirmés comme ayant été causés par le COVID-19 un jour donné jetterait des confirmations tardives dans un vide statistique et donnerait au public l'impression d'un nombre de décès beaucoup plus faible. La décision du gouvernement de modifier les informations quotidiennes sur le COVID-19 a été annulée par la Cour suprême (STF) lundi, mais le gouvernement a également révélé qu'il cherchait des moyens de réviser à la baisse le nombre total de décès, principalement en mettant en cause les décès dus au SRAS non COVID-19.

Les cas de SRAS ont quadruplé au Brésil cette année, et dans 98 pour cent des analyses post mortem des patients atteints du SRAS, la cause du décès était le nouveau coronavirus. Cette situation a conduit de nombreux gouvernements locaux à ajouter une partie des décès dus au SRAS aux chiffres du COVID-19, provoquant des accusations de «fraude» par le gouvernement Bolsonaro. Cela a également donné plus de crédibilité aux estimations des experts selon lesquelles le nombre de cas de COVID-19 est au moins d’un ordre de grandeur supérieur au nombre officiel, sinon plus. Si les modèles de sous-notification du début du mois de mai étaient utilisés pour le nombre actuel de morts, ils porteraient le nombre de morts à plus de 100 000.

Mardi, Folha de S. Paulo a également rapporté que les faibles taux de cas officiels de COVID-19 étaient fortement corrélés avec des taux élevés de SRAS «non identifié», les capitales des États ayant moins de décès officiels de COVID-19 présentant des taux jusqu'à 12 fois plus élevés de cas non identifiés de décès dus au SRAS.

Cependant, ignorant complètement la situation catastrophique qui sévit dans le pays, les gouverneurs des États et les maires des zones les plus touchées ont autorisé la suppression de toutes les mesures de quarantaine limitées, imposées au cours des trois derniers mois, dont ils étaient fiers de dire qu'elles avaient épargné la plus grande partie de l'économie.

Tous les gouverneurs qui critiquaient auparavant le fasciste Bolsonaro pour sa négligence envers la pandémie, feignant de suivre les conseils des scientifiques et de défendre la «vie», considèrent maintenant que la réouverture des usines et des magasins est une affaire classée.

Dans les trois États les plus touchés, São Paulo, Rio de Janeiro et Ceará, les petits commerces et les centres commerciaux sont déjà ouverts, après un lent retour au travail dans les usines au cours des dernières semaines.

À São Paulo, la réouverture des magasins s'est déroulée mercredi et jeudi sur fond de nouveaux records quotidiens de décès (plus de 330 décès par jour). Le gouvernement de l'État a lui-même reconnu que les 18 prochains jours verront probablement un doublement du nombre de décès des trois derniers mois, passant de 11 000 à 22 000. Le nombre des cas devrait doubler par rapport aux 123 000 actuels.

Une situation encore pire est à prévoir dans le nord-est appauvri du pays où se trouve Ceará, qui vient de déclasser le sud-est plus riche de São Paulo et Rio de Janeiro comme épicentre pandémique du pays. Le nord-est compte désormais plus de cas que le sud-est, bien qu'il ne compte que 56 millions d'habitants, contre 85 millions dans le sud-est.

L'Institut de métrologie et d'évaluation de la santé de l'Université de Washington prévoit désormais que le Brésil aura 5000 décès par jour en août et dépassera le nombre total de décès des États-Unis à la fin du mois de juillet, même en tenant compte des données officielles suspectes du Brésil.

Samedi furent aussi publiés les chiffres d'une recherche menée par le Pelotas Federal du sud sur la présence d'anticorps dans la population. L’étude constate que 2,6 pour cent de la population a été infectée dans 120 des plus grandes villes brésiliennes, ce qui représente 68,6 millions de personnes. Ces chiffres montrent que le succès de la politique dite de «l'immunité collective» nécessiterait au moins 25 fois plus d'infections et de décès afin de «réussir» la vaccination de la population, soit plus de 500 000 dans ces seules villes, en supposant que les personnes infectées développent une immunité à long terme.

Les politiques meurtrières de la classe dirigeante brésilienne ont fourni un véritable banquet au capital financier, qui a bénéficié d'un marché haussier ayant retrouvé des niveaux pré-pandémiques. L'indice B3 de São Paulo s'élève désormais à 94 000 points, ayant gagné près de 50 pour cent depuis le début du confinement partiel de São Paulo, le 23 mars. Le real brésilien a également atteint sa valeur la plus élevée par rapport au dollar en trois mois. Cela contraste fortement avec la campagne frauduleuse de l'opposition dirigée par le Parti des travailleurs pour évincer Bolsonaro, basée sur l’affirmation réactionnaire qu’il «effraie les investisseurs» menaçant la «sécurité intérieure» capitaliste.

La bourse brésilienne répond non seulement à l'unité de toute la classe dirigeante autour de la campagne de retour au travail menée par Bolsonaro, mais aussi à leur silence et à leur collaboration face à la répression brutale déclenchée contre l'opposition sociale exprimée par les manifestations des travailleurs et des jeunes ces deux dernières semaines.

L'opposition bourgeoise à Bolsonaro, dirigée par le PT, a voté avec le gouvernement pour l'injection massive de fonds publics sur les marchés financiers. Elle a rapidement changé l’axe de son opposition à Bolsonaro, passant de sa négligence face à la pandémie aux accusations portées par l'ancien ministre de la Justice Sérgio Moro. Celles-ci portent sur l’intervention de Bolsonaro auprès de police fédérale pour bloquer des enquêtes sur ses liens criminels avec le crime organisé de Rio de Janeiro et peut-être le meurtre par un escadron de la mort de la conseillère municipale de Rio, Marielle Franco. L'opposition dirigée par le PT a traité ces crimes de menace pour le capitalisme brésilien et la crédibilité de son appareil répressif.

Ils s’efforcent également d’exercer une pression maximale sur le Tribunal électoral (TSE) et le STF pour démettre Bolsonaro de ses fonctions sous le prétexte frauduleux et réactionnaire que des «fausses nouvelles» avaient déterminé le résultat des élections de 2018. Cette campagne s'est accompagnée de pressions en faveur d'une réglementation des «fausses nouvelles» et d’une dénonciation des liens de Bolsonaro avec l'extrême droite pour être une menace pour l'État.

Entre-temps, ils ont dénoncé les manifestations de jeunes, affirmant qu'ils ne faisaient que nourrir la propagande anti-rouge pro-Bolsonaro et renforcer son régime. Une telle lâcheté et complicité fut résumée par le leader du PSOL pseudo-de gauche, Marcelo Freixo, qui a justifié l'inaction de son parti face à l'extrême droite en déclarant: «Bolsonaro alimente clairement le chaos à travers ses milices politiques pour justifier une intervention militaire » – en d'autres termes, toute opposition de masse ne fait que faire le jeu de Bolsonaro.

Les travailleurs et les jeunes confrontés à la politique fasciste de Bolsonaro et du capitalisme brésilien dans son ensemble doivent rejeter les manœuvres réactionnaires des adversaires bourgeois de Bolsonaro, dirigées par le PT, et la tentative de couverture fournie par le PSOL. La politique de ces partis ne sert qu'à désarmer la classe ouvrière face à la répression massive préparée par le gouvernement.

(Article paru en anglais le 13 juin 2020)

 

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