Macron donne 15 milliards d’euros à Airbus et Air France

Par Kumaran Ira
15 juin 2020

Le gouvernement Macron a annoncé la mise en place d’un plan de sauvetage de 15 milliards d’euros pour l’industrie aéronautique, après avoir donné 8 milliards d’euros à l’automobile. Alors que le coronavirus a déjà coûté des milliers d’emplois, l’industrie française bénéficie d’aides publiques faramineuses pour réaliser des profits tout en lançant des restructurations et des suppressions d’emplois à travers l’Europe et le monde.

Le gouvernement a justifié le sauvetage de l’industrie aérospatiale en déclarant qu’il permettrait de sauver de milliers d’emplois et de maintenir la compétitivité internationale du constructeur d’avions Airbus et d’Air France.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a décrété le plan le 9 juin en présence des ministres des transports, de la défense et de l’environnement.

Ce plan de soutien financier de 15 milliards comprend 7 milliards pour Air France, et le reste pour la filière industrielle. Selon le site air-journal, «les 8 milliards d’euros hors Air France couvriront des mesures allant des moratoires pour le remboursement des emprunts au maintien du dispositif de chômage partiel, de l’avancement de commandes militaires à un investissement dans la recherche et développement, en passant par la création d’un fonds d’investissement par l’État, Airbus, Dassault, Safran et Thalès pour soutenir les petites entreprises.»

«Nous ferons tout pour soutenir cette industrie française si essentielle pour notre souveraineté, nos emplois et notre économie», a déclaré Le Maire.

«Si nous n’intervenons pas tout de suite, un tiers des emplois de la filière pourrait disparaître dans les six prochains mois, soit 100 000 emplois», a prévenu Bruno Le Maire.

Le but de ce plan de sauvetage n’est ni de protéger des emplois ni de créer des emplois. L'aristocratie financière utilise la pandémie comme prétexte pour restructurer les industries et attaquer des emplois, du salaire et des acquis sociaux afin d’augmenter les profits.

Après avoir bénéficié de milliards d’euros en aides de l’État, le patronat poursuit la fermeture des usines et la suppression des emplois. Le constructeur automobile Renault vient de bénéficier d’un prêt de 5 milliards d’euros du gouvernement, qui a aussi lancé un plan de 8 milliards d’euros pour l’automobile. Renault a annoncé la suppression de 15.000 emplois dans le monde, dont 4.600 en France.

A présent, le gouvernement met à la disposition de l’industrie aéronautique une somme énorme pour maintenir sa compétitivité face à ses concurrents. Cela s’accompagnera de la suppression d’emploi et la destruction du salaire des salariés d’Airbus à l’international.

«Nous ne laisserons pas le marché aéronautique mondial se partager entre la Chine et les États-Unis. La France et l'Europe conserveront leur position,» a indiqué Bruno Le Maire.

« Nous devons sauver notre industrie aéronautique. Nous devons éviter tout déclin dans les prochains mois en ce qui concerne le géant américain Boeing et le géant chinois Comac», a-t-il dit. «Nous ne laisserons pas le marché aéronautique mondial se partager entre la Chine et les États-Unis. La France et l’Europe conserveront leur position.»

Les travailleurs doivent rejeter l’appel des puissances impérialistes européennes à mener une guerre commerciale pour réaliser le maximum de profits au dépens des travailleurs. Les travailleurs de tous les pays, y compris américains et chinois, sont confrontés à des attaques sociales. C’est pourquoi il est important d’unifier les luttes ouvrières à travers le monde sur une perspective socialiste, afin que les travailleurs puissent prendre le contrôle des forces productives de l’humanité et les utiliser rationnellement pour satisfaire les besoins sociaux.

Quant à Airbus, l’industrie d’aéronautique n’a pas encore révélé les mesures qu’elle compte prendre. Guillaume Faury, le PDG d'Airbus, a indiqué qu’Airbus prendre des décisions fin juillet. Il n’a offert aucune garantie sur l’emploi. Au micro de France Bleu, il a estimé que ce plan de relance doit permettre «de résister à la vague de la crise à court terme et de préparer l’avenir».

Faury a ajouté, «Il est très difficile de répondre à la question (du maintien de l’emploi) avec certitude. Il faut laisser du temps aux gens de travailler et il n’y a pas de réponse à ce stade de la partie. Il faut absolument qu’Airbus sorte de la crise avec la capacité d’innover et d’investir. Il va donc y avoir des arbitrages sur le court terme et le long terme et le travail est très important.»

Airbus emploie environs 135.000 salariés dans le monde dont 13.500 au Royaume-Uni, 48.000 en France et 46.000 en Allemagne.

Au mois de mai, le quotidien britannique Telegraph a écrit que Airbus envisageait la suppression de 10.000 emplois. Ce plan social pourrait aller jusqu’à la suppression de 10 pour cent des effectifs, selon des sources anonymes citées par le quotidien.

La pandémie a exposé encore une fois la politique criminelle des gouvernement capitalistes à travers le monde. Le gouvernement Macron a négligé depuis le début de lutter contre le COVID-19 après avoir mené une politique de casse des acquis sociaux et pour réprimer toute opposition sociale grâce à la complicité des appareils syndicaux. Pendant le pic pandémique, le gouvernement a réagi immédiatement pour mettre 300 milliards d’euros à la disposition des banques et du grand patronat pour réaliser d'énormes profits.

Airbus a déjà supprimé plusieurs milliers d'emplois ces dernières années. Son dernier plan de restructuration, Power 8, pour 2007-2010 avait causé 5.000 suppressions de postes chez Airbus et autant chez ses sous-traitants. À Toulouse, plus de 3.000 suppressions de postes.

Les syndicats jouent un rôle clé pour soutenir le plan, travaillant en étroite collaboration avec le gouvernement et la direction pour imposer l’austérité tout en isolant les luttes des travailleurs.

Les syndicats soutiennent le plan de sauvetage en demandant à Airbus de préserver l’emploi tout en négociant en coulisse avec la direction la mise en œuvre des restructurations, comme en 2007.

Après l’annonce du gouvernement, Force Ouvrière, le syndicat majoritaire à Airbus et notamment dans les usines d'assemblage et de fabrication, a la même ligne que l’État. Ils ont insisté que le plan de sauvetage devait maintenir l’emploi.

«Face à autant d'aides de l'État, les grands industriels doivent maintenant baisser un peu le ton sur leurs projets de plans de restructuration. Les dirigeants voulaient profiter de la crise pour redimensionner le groupe, mais nous n'accepterons aucun licenciement sec», a dit Jean-François Knepper, délégué syndical central FO Airbus.

Mais depuis la crise économique de 2008, les syndicats collaborent étroitement avec plusieurs entreprises, dont le secteur automobile, pour appliquer des restructurations qui ont engendré la suppression de milliers d’emplois et la fermeture des usines. Ils l’ont fait malgré les milliards d’euros en subventions publiques dont avaient bénéficié les groupes en question, en isolant et en étouffant grèves et luttes ouvrières.

FO vient d'accepter la casse des acquis sociaux à Derichebourg, un sous-traitant d’Airbus, sous prétexte que ce serait nécessaire afin de maintenir les emplois.

FO a signé l'accord de performance collective (APC) avec Derichebourg Aeronautics Services. L’accord prévoit la fin des indemnités de transport et de repas et la suppression du 13e mois pour ceux qui gagnent plus de 2,5 fois le SMIC.

«On a choisi de sauver l’emploi», a prétendu Eric Fabre, le secrétaire général FO du CSE.

Sous prétexte de sauver l’emploi, les syndicats se préparent à attaquer des travailleurs dans divers entreprises afin d’aider le patronat à maintenir leur compétitivité. Face à cette attaque, les travailleurs doivent s’organiser en comités d’action indépendants des syndicats pour relier leurs luttes internationales. La perspective qu’avance le Parti de l’égalité socialiste est la nationalisation dans tous les pays des entreprises transnationales, sous contrôle ouvrier et afin de les transformer en services publics qui répondent aux besoins sociaux de l’humanité.

 

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