Des milliers de manifestants en France contre le meurtre de George Floyd

Par Anthony Torres
11 juin 2020

La mort de Georges Floyd par un policier de Minneapolis a provoqué une vague d’indignation mondiale. Au moment des funérailles de Floyd mardi, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté en France pour rendre lui hommage et rejeter les violences policières.

Le meurtre de Georges Floyd par un policier avait provoqué des manifestations inédites aux Etats-Unis de travailleurs et de jeunes radicalisés de toutes les origines contre les violences policières et la destruction des droits démocratiques, l’accroissement des inégalités sociales et la guerre. Ces manifestations aux Etats-Unis ont trouvé un écho mondial qui marque la reprise de mobilisations interrompues par la pandémie mondiale du Covid-19.

A Lille, Grenoble, Dijon, Amiens, Valence ou encore Poitiers, Orléans, Angers, Mulhouse, Colmar, Mets et Bordeaux des rassemblements ont eu lieu ainsi qu’à Paris à l’appel de SOS Racisme, la CGT, l’Unsa, le PCF, LFI et Ligue des Droits de l’Homme entre autres. Place de la République sur Paris mardi soir, 12.000 personnes selon les organisateurs et 2.400 selon la préfecture se sont rassemblées au même moment que les funérailles de George Floyd aux Etats Unis. Genou à terre et observant 8 minutes 46 secondes de silence, durée pendant laquelle le policier Derek Chauvin a maintenu son genou sur le cou de Georges Floyd décédé le 25 mai dernier à Minneapolis.

Le rassemblement parisien de mardi a entraîné moins de monde que celui de la semaine avec entre 20.000 et 80.000 personnes, organisé par le collectif Vérité pour Adama, prénom du jeune Adama Traoré tué par la police en 2016. De nombreux manifestants mardi étaient sans doute venus témoigner de leur émotion face à ce meurtre policier qui a provoqué des manifestations à travers les États-Unis et le monde. Mais les visées politiciennes des organisateurs de la manifestation et leurs liens étroits avec les dirigeants de l’État policier en France sont également bien connus.

Le comité Adama Traoré a donc tenu à se démarquer «du rassemblement solennel» organisé par SOS Racisme. «La marche de 1983 (Marche pour l’égalisé et contre le racisme, rebaptisée Marche des beurs) a été récupérée (par les partis politiques le PS en tête), aujourd’hui plus personne ne parle pour nous», a tranché Assa Traoré, la sœur d’Adama Traoré.

La veille de ces rassemblements, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait annoncé une prétendue «tolérance zéro» contre le racisme au sein des forces de l’ordre. Alors que l’état d’urgence sanitaire ne permet pas les rassemblements publics de plus de 10 personnes, et que le ministère de l’Intérieur avait interdit la manifestation contre les violences policières à l’appel du Comité Adama Traoré, Castaner a autorisé la manifestation mardi. Il a prétendu que «l’émotion mondiale, qui est saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent».

Ces déclarations de Castaner sont particulièrement cyniques. Les manifestations contre les «violences policières sont saines» alors que sous couvert de l’état d’urgence instauré par le gouvernement PS de Hollande en 2016, les forces de l’ordre répriment violemment les manifestants contre la loi travail, les réformes du ferroviaire et des retraites.

Tous les samedis pendant plus d’un an, sous la direction de Castaner, une féroce répression policière contre le mouvement des «gilets jaunes» a fait des centaines de blessés graves et des dizaines de milliers d’arrestations. Malgré cette répression pour tenter d’intimider les travailleurs et les jeunes, Macron avait fait appel à l’armée et donné l’autorisation de tirer sur les «gilets jaunes».

Les rassemblements mardi étaient autorisés en partie parce que le gouvernement craint la colère sociale qui monte en France et dans le monde, mais surtout parce que le gouvernement a des liens étroits avec les organisations qui les avaient appelés.

Un gouffre sépare les aspirations des personnes qui manifestent pour exprimer une réelle opposition envers les violences policières des organisations comme SOS Racisme, LFI et la CGT. Ceux-ci couvrent la politique d’austérité, ont soutenu l’état d’urgence, et maintiennent des relations bien documentées avec la police et le renseignement.

Mélenchon de LFI, Olivier Faure du PS, Yannick Jadot de EELV, et Fabien Roussel du PCF étaient tous présents dans le rassemblement parisien. Ils se sont fendus de diverses déclarations pour saluer l’appareil policier. Mélenchon a salué «un mouvement qui se dessine de prise de conscience dans le pays contre l’horrible contamination du racisme, là où on ne voudrait pas le voir, dans un corps important, la police».

Dominique Sopo, président de SOS Racisme a souligné que «le ministre de l’Intérieur a apporté des réponses, mais je tiens à dire qu’il est déjà positif de reconnaitre un racisme au sien des forces de l’ordre. Il est normal que des citoyens veulent que les forces de l’ordre soient irréprochables».

Ces organisations ne sont pas contre la répression étatique visant à maintenir les inégalités sociales produit du système capitaliste. Ces organisations manœuvrent avec le gouvernement pour «dénoncer le racisme» dans la police afin de détourner les travailleurs et les jeunes des questions politiques soulevées par le meurtre de Georges Floyd.

Il ne fait aucun doute que le racisme est un élément important dans les violences policières aux États-Unis et à travers le monde. La violence policière ne s’exerce pas toutefois uniquement contre une couleur de peau mais avant tout pour terroriser les populations et étouffer la colère qui monte parmi les travailleurs à travers le monde contre les inégalités sociales, la guerre et le capitalisme. Il est impossible de lutter contre les violences policières et ses causes, liées au capitalisme, sans rompre avec SOS Racisme et ses alliés politiques.

SOS Racisme avait été créé en 1984 afin de bloquer l’émergence d’une opposition politique contre le gouvernement PS de Mitterrand. Chapeauté par l’Elysée, SOS Racisme a été fondé par le PS comme Julien Dray, des forces de la LCR d’Olivier Besancenot (aujourd’hui le NPA) et des commentateurs antimarxistes comme Bernard-Henri Lévy. Son but était de détourner les travailleurs d’une lutte révolutionnaire suite au tournant de la rigueur du gouvernement PS et à son adoption d’une politique de plus en plus ouvertement réactionnaire.

Ces organisations essaient de manœuvrer comme dans les années 80 pour couvrir les violences policières contre l’opposition sociales et ainsi bloquer l’émergence d’un mouvement politique contre Macron, et plus largement de la classe ouvrière internationale contre l’aristocratie financière et les inégalités sociales. Cependant les jeunes et les travailleurs ont fait l’expérience de ces organisations et leurs manœuvres depuis plusieurs décennies. L’émergence du mouvement des gilets jaunes et des luttes mondiales de 2019 se sont développé en dehors de ces organisations discréditées auprès des travailleurs.

La lutte contre les violences policières ne peut être séparé de la lutte contre les inégalités sociales et donc le renversement de cette aristocratie financière parasitaire qui utilise le racisme et les violences policières pour maintenir sa domination. Cependant les jeunes et les travailleurs ne peuvent rien attendre d’organisations bourgeoise ou petites bourgeoises comme SOS Racisme, NPA, LFI et le PCF qui défendent l’ordre établi.

 

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