Encouragée par Trump, la police déchaînée tue et blesse des manifestants dans tous les États-Unis

Par Jacob Crosse
8 juin 2020

Avec le soutien et les encouragements du Trump – qui a menacé de déployer l’armée pour réprimer les manifestations – et l’aide de milliers de soldats de la Garde nationale, les forces de police de tous les États-Unis se sont lancées dans une frénésie de violence permanente.

Plus de 10.000 personnes ont été arrêtées au cours des deux semaines de manifestations qui ont suivi l’assassinat policier de George Floyd. La plupart ont été attaquées par la police et arrêtées pour «non-dispersion» ou violation des couvre-feux, sous la houlette de maires Démocrates et Républicains.

La police déchaînée a gazé les manifestants aux lacrymogènes, les a aspergés de gaz au poivre, blessés avec des projectiles en sachet et des balles en caoutchouc, elle les a roués de coups, matraqués et jetés au sol, causant des blessures graves et dans certains cas la mort. Bien que largement ignorées des médias traditionnels, les vidéos d’attaques policières se sont multipliées sur les réseaux sociaux, alimentant l’indignation populaire.

Des officiers de la police de New York arrêtent un manifestant sur la Cinquième Avenue lors d’une manifestation, le jeudi 4 juin 2020, dans le quartier de Manhattan (Crédit: AP Photo/John Minchillo).

Sarah Grossman, diplômée récente de l’Ohio, est morte le week-end dernier après avoir été exposée aux gaz lacrymogènes tirés par la police de Columbus (Ohio), lors d’une manifestation, le 30 mai. Le médecin légiste du comté de Montgomery a confirmé qu’il procéderait à une autopsie de Grossman qui aurait subi une crise d’asthme après avoir été aspergée de ce produit chimique.

Aucune arrestation ni aucune accusation n'a eu lieu dans le cas de la mort de Grossman.

À Buffalo, dans l’État de New York, un homme de 75 ans est dans un état grave, mais stable au centre médical du comté d’Erie après s’être fait agresser par des agents du département de police de Buffalo lors d’une manifestation jeudi.

À ce jour, aucun policier n’a été inculpé pour cette agression – enregistrée sur vidéo – qui l’a laissé sans connaissance sur le pavé. La vidéo a été visionnée plus de 72 millions de fois sur Twitter et largement partagée sur d’autres plate-formes de réseaux sociaux.

Lors de cette agression très choquante, un agent de la police de Buffalo, identifié comme Aaron Torgalski, a violemment poussé au sol Martin Gugino, un militant pacifiste de la ville voisine d’Amherst. La tête de Gugino a heurté le sol et il s’est immédiatement mis à saigner de l’oreille.

Torgalski et ses collègues ont ignoré le corps apparemment sans vie de Gugino alors qu’ils repoussaient violemment les spectateurs et les médias inquiets.

Une pétition qui demandait au Département de Police de Buffalo de renvoyer Torgalski a été organisée et a dépassé son objectif de 300.000 signatures en moins d’une journée, montrant l’indignation générale des travailleurs et des jeunes de toutes origines face à la violence de l’État.

Cette agression brutale a eu lieu après une autre journée de manifestations pacifiques sur la place Niagara au centre-ville de Buffalo. Celles-ci ont du cesser à 20 heures en raison d’un couvre-feu imposé par le maire démocrate Byron Brown et qui doit durer jusqu’à dimanche. La police de Buffalo, équipée des pieds à la tête d’armures antiémeute, a formé une ligne avec les soldats de la Garde nationale à l’arrière, puis a commencé à expulser violemment la douzaine de manifestants pacifiques qui restaient sur la place.

Gugino marchait seul sur le trottoir. Il s’est approché des policiers, tenant à la main un casque antiémeute qu’il avait trouvé par terre. Il essayait de le rendre à la police. Dans la vidéo, enregistrée par la chaîne WBFO, on peut entendre les agents crier «REPOUSSEZ-LE!», suivi peu après par un bruit sourd à retourner l’estomac.

Les quelques manifestants restants et le correspondant de la WBFO, Mike Desmond, qui enregistrait l’attaque, inquiets, ont appelé à l’aide. Alors qu’un manifestant s’avançait pour tenter de porter secours, un officier l’a brutalement refoulé en criant: «Pourquoi tu viens vers moi, dégage !»

Le département de police de Buffalo a d’abord tenté de couvrir ce crime. Michael DeGeorge, un porte-parole de Brown et de la police de Buffalo, a déclaré dans un premier courriel envoyé aux journalistes à 20 h 50, que Gugino avait «trébuché et était tombé» lors d’une «escarmouche impliquant des manifestants».

Desmond, qui a enregistré toute la scène, a publié la version réelle des événements dans une vidéo sur Twitter une vingtaine de minutes plus tard. Moins de deux heures plus tard, le département de police de Buffalo a été contraint de suspendre deux officiers sans solde et d’entamer une enquête internes. Il ne fait aucun doute que si les preuves vidéo n’avaient pas été divulguées, aucun officier n’aurait été suspendu, et encore moins fait l’objet d’une enquête.

Les 57 membres de l’équipe d’intervention d’urgence du département de police de Buffalo ont démissionné en «soutien» aux policiers qui ont été suspendus, illustrant ainsi la division de classe existant entre la classe ouvrière et la police.

À Fort Lauderdale, en Floride, LaToya Ratlieff n’est toujours pas remise une semaine avoir été frappée à la tête par une balle en caoutchouc, soi-disant «moins mortelle», tirée sur les manifestants par des policiers.

Ratlieff, qui participait à une manifestation pacifique avec environ 1.500 travailleurs et jeunes dimanche dernier, tentait de quitter la manifestation après avoir été atteinte par des gaz lacrymogènes. La balle en caoutchouc la blessa au crâne et la fit s’écrouler sur le sol, lui fracturant l’orbite.

La police antiémeute de Fort Lauderdale avait spécifiquement installé ses lignes devant le parking où une majorité des manifestants, dont Ratlieff, avaient garé leurs voitures, garantissant ainsi une confrontation. Ratlieff se trouvait à environ 10 mètres de la ligne des policiers lorsqu’elle fut touchée au front. Dirigées vers le cou ou la tête, ces balles sont, dit le manuel du fabricant, considérées comme une munition létale.

Des manifestants inquiets ont rapidement couru à son secours, bravant les balles en caoutchouc et les gaz lacrymogènes pour la ramasser alors qu’elle saignait et la transporter à l’hôpital. Ratlieff a donné une interview vidéo au Miami Herald où elle a comparé les soins que ses frères et sœurs de la classe ouvrière lui ont donnés, au traitement que lui ont réservés les policiers de Fort Lauderdale.

«Ces étrangers m’ont aidé, ils sont restés à l’hôpital pour s’assurer que j’allais bien… Alors, des civils – des gens qui doivent prendre des risques – parce qu’ils pouvaient aussi se faire tirer dessus avec des balles en caoutchouc, sont venus me sauver pendant que ces policiers se tenaient juste là dans la file et me regardaient saigner sur le sol. Ils n’ont pas bougé. Je n’ai vu personne venir m’aider… pas un seul policier.»

Tenant toujours la douille ronde, de la taille d’une boîte de conserve de deux cents grammes, Ratlieff, retenant ses larmes, a terminé l’interview en demandant: «Pourquoi m’a-t-on tiré dessus?»

Dans une déclaration publiée quelques jours plus tard, la police de Fort Lauderdale a déclaré qu’elle ne disposait pas «d’informations spécifiques sur l’incident». Par conséquent, «aucun officier ne fut relevé de ses fonctions à cause de cela». Le service de police a refusé de publier les rapports d’incidents de la journée et aucune enquête n’est en cours.

(Article paru d’abord en anglais 6 juin 2020)

 

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