Des manifestations éclatent en France contre les violences policières et le coup d’état de Trump

Par Alexandre Lantier
5 juin 2020

Au moins 20.000 personnes ont manifesté le soir du 2 juin à Paris, bravant l’interdiction de la préfecture de police, alors que des manifestations se répandent à travers l’Europe contre la menace anticonstitutionnelle de Trump de mobiliser l’armée face aux manifestations contre le meurtre par la police de George Floyd aux États-Unis.

Le 1er, des milliers de personnes avaient manifesté à Londres, Berlin, Munich, Dublin et Bordeaux. Le 2 juin, c’était le tour des villes de France et des Pays-Bas. C’étaient des centaines ou des milliers qui manifestaient à La Haie, à Groningen, et en France à Lille, Marseille et Lyon. La manifestation à Paris était à l’appel du Comité Adama Traoré, un Français d’origine africaine qui est mort comme George Floyd après avoir été interpellé par la police, tabassé et puis asphyxié, par un plaquage ventral selon une expertise préparée à la demande de sa famille, en 2016 à Beaumont-sur-Oise.

Hier, 5.000 personnes ont défilé à Montpellier en hommage à Traoré et à Floyd, et plusieurs centaines ont manifesté à Toulouse à un rassemblement «Toulouse-Minneapolis-Beaumont».

Depuis le meurtre d’Adama Traoré, que la police a couvert par une série d’affabulations qui se contredisaient successivement, le Comité Adama Traoré a organisé de nombreuses manifestations à Paris, bravant les menaces de la police. A présent que les manifestations contre les violences policières secouent l’Amérique, et que Trump menace ouvertement de les réprimer illégalement par la force, leur dernier appel a soudain rencontré un soutien massif.

Des dizaines de milliers de personnes (20.000 personnes selon la police) de diverses origines ethniques ou raciales se sont mobilisées, débordant rapidement du parvis du tribunal de Paris où la manifestation devait se tenir. Les manifestants ont bravé une nouvelle interdiction de la préfecture. Le préfet Didier Lallement, dont la brutalité et l’hostilité personnelle envers les «gilets jaunes» est de notoriété publique, avait considéré «la tonalité de l’appel à manifester relayé par les réseaux sociaux laissait craindre que des débordements aient lieu sur un site sensible».

Assa Traoré, la sœur aînée d’Adama et porte-parole du Comité Adama Traoré, s'est adressée à la foule: «C’est pour exprimer notre révolte. Aujourd’hui ce n’est plus le combat de la famille Traoré. C’est votre combat à vous tous! On se bat pour George Floyd qui est aux États-Unis qui est notre frère.»

Elle a ajouté, «Toutes les personnes qui sont là aujourd’hui, vous êtes entrées dans l’histoire. Vous pourrez dire que vous avez participé à un renversement … Ce n’est que le début!»

Soulignant la portée historique et internationale du soulèvement des jeunes et des travailleurs de toutes les origines aux États Unis, elle a déclaré: «Ce qui se passe aux États-Unis met en lumière aujourd’hui ce qui se passe en France».

Elle a continué en évoquant plusieurs victimes de violences policières en France au courant de la dernière décennie: «Aujourd’hui, quand on se bat pour George Floyd, on se bat pour Adama, on se bat pour Ibrahima Bah [mort en 2019], on se bat pour Gaye Camara [mort en 2018], on se bat pour Babacar Gueye [mort en 2015], on se bat pour Angelo Garand [mort en 2017], la liste est trop longue.»

Évoquant l’impact en France et à travers l’Europe de l’éruption de luttes sociales aux États-Unis, elle a déclaré: «Aujourd’hui nous avons une police qui est dans l’impunité totale. Nous avons une police qui se considère comme une mafia dans la France entière. Elle fait ce qu’elle veut. Mais il n’y a aucune impunité. Aujourd’hui il y a un nouveau rapport de forces qui est en train de se faire.»

Reprenant les méthodes déjà utilisées contre les «gilets jaunes», les forces de l’ordre, déployées en nombre, ont tiré des lacrymogènes et attaqué les manifestants pourtant pacifiques. Ceux-ci ont bloqué le périphérique parisien porte de Clichy, à proximité du tribunal de Paris, et des accrochages et incendies de poubelles se sont déclarés dans le quartier alentour. Il y a eu 18 interpellations. Au courant de la soirée, France Télévisions a rapporté que la police avait «repris le contrôle du quartier du palais de justice de Paris», mais «que la situation reste néanmoins encore tendue.»

A Lyon, 2.000 personnes ont manifesté devant le Palais de justice. Alors que les forces de l’ordre leur tiraient des lacrymogènes pour les empêcher de pénétrer dans le Vieux Lyon, ils ont scandé les dernières paroles de George Floyd: «Je n’arrive pas à respirer!»

A Marseille, 500 personnes ont manifesté aux slogans de «Police assassins» et «Zineb on n’oublie pas, on ne pardonne pas», évoquant la mort de Zineb Redouane à 80 ans, frappée en plein visage par une grenade lacrymogène chez elle, en marge d’une manifestation des «gilets jaunes».

Des «gilets jaunes» ont réagi au coup d’état de Trump auprès du WSWS: «On est dans un point très dangereux partout. Dans l’armée américaine, il y a des gens dangereux. … On est toujours solidaire des luttes contre les injustices sociales et raciales. C’est dommage qu’on soit si loin!»

Ils ont souligné la portée internationale de la suspension des droits constitutionnels et des droits démocratiques par Trump: «Cette suspension n’est pas qu’aux États-Unis, elle est partout dans le monde. Dans presque tous les pays où il y a une constitution, elle est bafouée. Ce n’est pas nouveau, mais c’est de plus en plus flagrant.»

Le mouvement de masse parmi les jeunes et les travailleurs américains et la réaction de Trump, qui lance un coup d’état au mépris de la constitution américaine, a coupé l’herbe sous les pieds de la classe politique établie. La colère contre l’austérité, les inégalités sociales et les violences policières a déjà explosé dans de nombreuses grèves et luttes en France et à travers l’Europe. La campagne illégale de Trump met à nu le fait que toutes les classes dirigeantes vont vers une dictature militaro-policière afin d’imposer le diktat capitaliste aux travailleurs en révolte.

Une large partie du gouvernement, ayant cultivé les forces de l’ordre contre les «gilets jaunes» à l’instar de Macron qui a traité Pétain de «grand soldat» au début de ce mouvement, s’aligne sans ambages sur la stratégie du tout-répressif indiquée par Trump. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a dénoncé hystériquement des «débordements (que) rien ne justifie» et insisté que «les rassemblements de voie publique sont interdits».

D’autres fractions du gouvernement, sous le choc d’une mobilisation à laquelle ils ne s’attendaient pas, tentent de temporiser avec la colère des travailleurs et des jeunes. Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a salué un rassemblement «incroyable» qu’il a dit «comprendre», alors que le secrétaire d’État à la jeunesse Gabriel Attal disait: «Le fait qu’il y ait 15 000 jeunes dans cette manifestation et que l’écrasante majorité soit non violente dit quelque chose du rapport d’une partie de la jeunesse à la police et du sentiment qu’elle a de ne pas être protégée.»

La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) se sont livrés à une passe d’armes sous forme de clichés. Mélenchon a salué des manifestations «impressionnantes de calme et de détermination tranquille … un écho direct de l’encouragement venu» des États-Unis. Marine Le Pen a dénoncé Mélenchon en prétendant qu’il applaudissait «ces scènes de guerre civile, de lynchages, de pillages» et qu’il voulait «importer ces guerres raciales sur le territoire national» depuis les États-Unis.

En réalité, LFI applaudit la police et tente de désarmer les manifestants alors que le RN incite les forces de l’ordre. Sur France Inter, le député LFI François Ruffin a insisté que son but était de réconcilier la population avec la police malgré les violences: «Mon objectif est d'éviter une guerre, des batailles rangées entre la police et la population: maintenant, la rupture de confiance, elle est lisible dans les statistiques. Comment on la rétablit?»

En fait, la mise en cause directe par l’aristocratie financière de la démocratie américaine, vieille de 244 ans, est un avertissement que toute le capitalisme lui-même vit une crise mortelle.

Le renseignement français lui-même dit craindre un embrasement généralisé en France qui unifierait les travailleurs de différentes origines en une lutte commune contre l’élite dirigeante et la répression policière. Le magazine financier L’Opinion, qui a épluché un rapport des services d’espionnage intérieurs sur la manifestation parisienne, rapporte: «Alors que les minorités s’étaient tenues à l’écart des ‘Gilets jaunes’, le renseignement intérieur s’inquiète d’une ‘convergence des luttes de fait entre la crise sociale et la crise raciale’.»

Face au danger de dictature militaire et de répression policière, la tâche est de construire un mouvement dans la classe ouvrière, par-delà des frontières nationales et des barrières d’ethnie ou de genre, en une lutte internationale pour renverser le capitalisme et construire le socialisme.

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