États-Unis : les manifestants défient les menaces de Trump et élargissent le mouvement contre les meutres policiers

Par Jacob Crosse
4 juin 2020

Le gouvernement Trump et les gouverneurs des États continuent à déployer des dizaines de milliers de policiers et de soldats contre des manifestations pacifiques dans plus de 200 villes des États-Unis.

Les couvre-feux, les arrestations massives et la terreur policière n’ont pas réussi à réprimer le puissant mouvement des jeunes et des travailleurs de toutes les origines en réponse à l’assassinat de George Floyd par la police le 25 mai à Minneapolis. Au contraire, la diatribe fasciste prononcée par Trump lundi, où il proclamait des pouvoirs dictatoriaux et menaçait de déployer illégalement l’armée pour écraser les manifestations, a renforcé la détermination et accru la colère des centaines de milliers de gens qui défilent dans les villes du pays.

Trump a accompagné sa répudiation de la Constitution américaine lundi de la mobilisation de centaines de policiers militaires pour une attaque non provoquée contre des manifestants pacifiques. Une attaque qui eut lieu bien avant le couvre-feu de 19 heures déclaré par la maire démocrate de Washington DC, Muriel Bowser.

Les manifestations s’étendent aussi à l’échelle internationale. Des rassemblements et des défilés ont eu lieu à Londres, Paris, Berlin, Copenhague, Amsterdam, Dublin, Auckland, Sydney, Téhéran, Halifax, Idlib (Syrie) et dans bien d’autres villes encore.

À Houston, plus de 60.000 personnes ont rejoint la famille de George Floyd dans un défilé contre les meurtres policiers. Ont jouait de la batterie dans le centre-ville de Houston où défilaient des dizaines de milliers de gens, certains à cheval. La marche s’est terminée devant l’hôtel de ville, les manifestants tenant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «Je ne peux pas respirer» et «Pas de justice, pas de paix».

À New York, des milliers de personnes ont traversé le pont de Manhattan pour aller à Manhattan à partir de 14 heures, essayant de rejoindre un autre groupe de manifestants. A l’extrémité du pont, les manifestants se sont heurtés à un mur de police, les forçant à rester sur le pont. Pendant deux heures, ils ont attendu que la police les laisse passer avant de faire demi-tour. En arrivant de l’autre côté, le groupe s’est retrouvé face à un autre mur de policiers. Pendant deux heures, la police a refusé de laisser qui que ce soit quitter le pont. Les réseaux sociaux ayant informé des tactiques de voyous des flics, la police fut contrainte de céder et de laisser passer les manifestants.

En Californie du Sud, plus de 20.000 travailleurs et jeunes ont bravé des températures torrides pour défiler dans Los Angeles et Hollywood. Ces manifestations pacifiques contrastaient avec les troupes de la Garde nationale lourdement armées et les Humvees déployés tout au long du célèbre boulevard pour protéger les propriétés privées.

Montrant l’opposition généralisée à la violence policière dans toutes les communautés ouvrières, des manifestations ont eu lieu dans des villes rurales telles que Glasgow, Kentucky. Cette ville de 14.000 habitants située au centre de cet État, où 86 pour cent des habitants se définissent comme «blancs», a réuni 400 manifestants mardi après-midi.

Malgré la nature extrêmement pacifique des manifestations, les gouverneurs, les maires et les responsables locaux ont imposé un couvre-feu à plus de 60 millions de personnes vivant dans 200 villes, dans 27 États. Cela inclut un couvre-feu à 18 heures à Los Angeles et un couvre-feu à 20 heures à New York. Tout l’État de l’Arizona est soumis au couvre-feu.

Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, un Démocrate, a imposé un couvre-feu à 23 heures lundi, ce qui a conduit à plus de 700 arrestations. Non satisfait de ce degré de répression policière, Trump a demandé dans un tweet que Cuomo «APPELLE LA GARDE NATIONALE» avant que «les minables et les perdants… ne saccagent cet endroit».

Prenant à cœur le message de Trump, lors d’une conférence de presse extraordinaire mardi, Cuomo a qualifié de «honte» la réponse de la police de New York aux protestations. Il a averti le maire Bill de Blasio, lui aussi Démocrate, que l’«option… pour remplacer le maire… c’est de faire venir la Garde nationale.»

Dans une conférence de presse précédente, mardi, de Blasio avait frappé du poing sur la table en parlant d’« attaques virulentes contre des policiers». Alors que des dizaines de vidéos sur les réseaux sociaux montrent des nervis de la police de New York en train de frapper, battre, gazer et tenter d’écraser des manifestants au cours des quatre derniers jours, de Blasio a approuvé la police, déclarant «quiconque attaque un policier nous attaque tous». Lors de la conférence de presse, il avait annoncé une prolongation du couvre-feu durant tout le week-end.

Si de Blasio a beaucoup parlé des «étrangers violents», il n’a pas mentionné le tabassage brutal par la police de New York de l’agent hospitalier Rayne Valentine, 32 ans, samedi soir à la sortie de son service au Kings County Hospital Center de Brooklyn.

Dans une interview accordée au site Daily Beast, Valentine a décrit comment il rentrait du travail à pied lorsqu’il est tombé sur un groupe de policiers qui poursuivaient un jeune. Valentine a commencé à enregistrer la rencontre lorsque les policiers sont tombés ensemble sur cette personne. Ils se sont alors tournés vers lui, lui ont dit de «reculer» et ont commencé à l’agresser.

Après ce passage à tabac, Valentine dut subir deux scanners et recevoir sept agrafes pour refermer une blessure béante à la tête. Valentine se rappelle avoir crié aux policiers qui le battaient alors qu’il était allongé sur le sol: «J’essaie juste de rentrer chez moi». L’un des policiers a répondu: «Eh bien, tu as mal choisi ton moment pour le faire.»

Au moment d’écrire ces lignes, les gouverneurs de 28 États et du District de Columbia (Washington) avaient mobilisé des milliers de soldats de la Garde nationale. En plus des 45.000 gardes nationaux déjà activés les mois précédents en réponse à la pandémie de COVID-19, 20.400 d’entre eux ont été déployés contre les manifestations, des milliers d’autres étant sur le pied de guerre.

Alors que le gros de cette force se trouve dans le Minnesota, près de 2.000 ont été activés en Californie. Actuellement, 1.200 soldats sont déployés à Los Angeles, 100 à Long Beach et 530 à Sacramento.

Mardi, le gouverneur de l’Illinois J. B. Pritzker, un Démocrate, a mobilisé 250 soldats de la Garde et les a déployés à Chicago. Lors d’une conférence de presse, Pritzker a assuré à ses électeurs de la classe dirigeante, «nous continuerons à déployer selon les besoins». Exprimant sans détour la principale préoccupation de la classe dirigeante, Pritzker a promis «nous faisons – et nous ferons – tout ce que nous pouvons pour protéger la propriété privée».

À Washington DC, des soldats ont été déployés autour des monuments nationaux. Trois énormes camions-citernes A4, capables de transporter 2.500 gallons de carburant, sont passés dans les rues de la ville en préparation de l’arrivée du 278e régiment de cavalerie blindée (ACR) du Tennessee. Ces 1.000 soldats, dont on a ordonné le déploiement mardi, devraient arriver dans la capitale samedi. Les unités de l’ACR sont connues sous le nom d’unités de «chasseurs-tueurs».

Après les champs de bataille d’Irak et d’Afghanistan, les soldats du 278e occuperont la capitale dans des véhicules de combat Bradley. Dotés d’un blindage qui réagit aux explosions, d’un canon à chaîne Bushmaster M242 de 25 mm, de missiles antichars TOW et d’une mitrailleuse M240, les Bradley ont pour mission habituelle de détruire les blindages légers et de repérer la position des chars ennemis et de les débusquer pour les chars de combat M1A1 plus puissants.

Il existe un contraste flagrant entre la réponse du gouvernement de Trump et de la classe dirigeante à la pandémie mortelle de COVID-19 et leur réponse aux manifestations de masse. Dans le cas de COVID-19, rien n’a été fait pendant des semaines alors que la Maison Blanche, les sénateurs et les membres du Congrès cherchaient à minimiser la menace, tout en préparant le renflouement de Wall Street à plusieurs milliers de milliards de dollars. La négligence malveillante de la classe dirigeante a entraîné des dizaines de milliers de morts évitables, et d’autres à venir.

Dans le cas des manifestations, en quelques heures, des milliers de policiers sont mobilisés, puis renforcés rapidement par l’armée et la Garde nationale.

Cette répression massive des manifestations comprend le ciblage des journalistes et des photographes. Selon les données fournies par Trevor Timm, directeur exécutif de la Fondation pour la liberté de la presse, 211 «violations de la liberté de la presse» ont eu lieu, dont plus de 33 arrestations, 148 agressions (118 par la police) et 30 cas de dégâts d’équipement ou de salles de rédaction.

Dans le quartier de Fishtown, à Philadelphie, la police n’a toujours pas trouvé de réponse à la question de savoir pourquoi des policiers avaient soutenu un groupe de 70 nervis fascistes, armés de battes de baseball, de marteaux et de haches. Ce groupe a eu carte blanche pour violer le couvre-feu, harceler et battre des manifestants, dont le producteur de télévision local Jon Ehrens de la chaîne WHYY.

Ehrens fut conduit à l’hôpital lundi soir après que lui et son amie furent attaqués par ce groupe pour l’avoir filmé alors qu’il agressait un manifestant. Bien que le commissariat de police se trouve dans la rue où l’agression a eu lieu et que plusieurs policiers se trouvaient à moins d’un pâté de maisons, personne ne fut accusé ou arrêté en relation avec cette agression.

(Article paru d’abord en anglais 3 juin 2020)

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