Trump intensifie sa campagne contre la Chine

Par Peter Symonds
1 juin 2020

Le président américain Trump a considérablement intensifié vendredi sa campagne téméraire contre la Chine sur tous les fronts, indiquant clairement qu'une confrontation dangereuse entre les deux pays est pratiquement inévitable.

Lors de sa conférence de presse de vendredi, Trump a non seulement déclaré que son administration réviserait complètement le statut spécial de Hong Kong en vertu du droit américain, ce qui aurait de larges implications pour Hong Kong et la Chine. Il s'est également lancé dans une tirade d'accusations et de mensonges, allant des fausses déclarations selon lesquelles Pékin avait «dissimulé» le coronavirus et était responsable de la pandémie mondiale de COVID-19, à sa démagogie de guerre commerciale souvent répétée selon laquelle la Chine avait «arnaqué» l'économie américaine pendant des décennies.

Les remarques de Trump ont fait suite à l'adoption par l'Assemblée nationale populaire chinoise, jeudi, d'une loi sur la sécurité nationale couvrant Hong Kong, qui a provoqué de nouvelles protestations à Hong Kong. Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a préparé le terrain pour l'annonce de Trump en déclarant officiellement en début de semaine que Hong Kong ne disposait plus d'un «degré élevé d'autonomie», ouvrant la voie à des mesures punitives.

La législation chinoise est sans aucun doute antidémocratique et sera utilisée pour intimider et arrêter les critiques et les opposants politiques à Hong Kong en vertu de dispositions générales sur la subversion, le terrorisme et l'influence étrangère. L'intervention américaine n'a cependant rien à voir avec la défense des droits démocratiques du peuple de Hong Kong, mais s'inscrit dans le cadre de l'intensification de la campagne américaine visant à saper la Chine, que Washington considère comme une menace pour la domination mondiale des États-Unis.

Trump a salué Hong Kong comme une «société libre» et «un bastion de la liberté», mais l'ancienne colonie britannique a été restituée à la Chine en 1997. Les droits démocratiques à Hong Kong ont toujours été limités. La Chine a repris les formes coloniales de gouvernement des Britanniques: le gouverneur colonial britannique non élu est devenu le chef de l'exécutif nommé par un comité pro-Pékin et les élections limitées pour le conseil législatif sont restées en place.

Washington a une longue histoire d'élever sélectivement la bannière des «droits de l'homme» comme prétexte pour poursuivre des guerres d'agression au Moyen-Orient et des opérations de changement de régime pour installer des marionnettes proaméricaines. L'hypocrisie flagrante des commentaires de Trump sur la liberté de Hong Kong est soulignée par la mobilisation massive de la police pour réprimer les manifestations à Minneapolis et dans d'autres villes américaines au sujet de l'assassinat de George Floyd par la police. Trump a effectivement donné à la police le droit de tirer sur les manifestants lorsqu'il a tweeté «Quand le pillage commence, les tirs commencent».

Une loi de 1992 a établi que les États-Unis continueraient à traiter Hong Kong après son retour à la domination chinoise de la même manière que lorsqu'elle était une colonie britannique. Bien qu'il n'ait pas donné de détails vendredi, Trump a annoncé qu'il prendrait des mesures qui «affecteront l'ensemble des accords que nous avons avec Hong Kong» et comprendrait «une action visant à révoquer le traitement préférentiel de Hong Kong en tant que territoire douanier et de voyage séparé du reste de la Chine».

Le statut spécial de Hong Kong en vertu du droit américain ainsi que son maintien du droit commercial britannique dans le cadre du principe «un pays, deux systèmes» lui ont permis de conserver son statut de centre financier majeur et de base d'opérations pour les entreprises mondiales qui souhaitent faire des affaires en Chine. La décision de Trump menace de saper l'économie de Hong Kong, en frappant durement la classe ouvrière.

Trump a indiqué que son administration allait systématiquement retirer à Hong Kong son statut spécial en ce qui concerne les liens commerciaux et économiques avec les États-Unis et en matière d'extradition et d'organisation des voyages. Cela menace également le statut spécial de Hong Kong pour l'accès aux équipements dits à double usage qui pourraient avoir des applications militaires.

Les annonces de Trump vont bien au-delà de la question immédiate de Hong Kong. Il a de nouveau accusé la Chine, sans la moindre preuve, d'être responsable de la pandémie mondiale de coronavirus et de son énorme bilan de morts. Il a réitéré ses demandes de «réponses» de la Chine sur ce qu'il a de nouveau appelé de manière provocante le «virus de Wuhan», dans une autre tentative de détourner l'attention de la négligence criminelle de son administration qui a conduit à plus de 100.000 décès aux États-Unis.

Trump en a profité pour fustiger une nouvelle fois l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en déclarant de manière absurde que la Chine en avait le «contrôle total». Ayant auparavant suspendu la participation des États-Unis, il a ensuite déclaré que les États-Unis se retireraient complètement et immédiatement de l'OMS parce que l’organisation n’avait pas accédé à ses demandes intimidantes de «réforme». Ses actions sont une menace pour toute organisation internationale qui ne se conforme pas aux intérêts des États-Unis.

Trump s'en est pris à la Chine, déclarant qu'elle avait «arnaqué les États-Unis comme personne ne l'avait jamais fait auparavant» et «miné» l'industrie américaine: un avertissement clair qu'il prendra de nouvelles mesures punitives de guerre commerciale visant à saper l'économie et les entreprises chinoises. Ces dernières semaines, la Maison-Blanche a annoncé de nouvelles sanctions visant à paralyser le géant chinois des télécommunications Huawei en lui coupant l'accès à des puces semi-conductrices haut de gamme vitales.

Le président américain a également dénoncé l'espionnage industriel présumé de la Chine et a annoncé de nouvelles mesures pour bloquer l'entrée aux États-Unis d'étudiants chinois considérés comme des risques pour la sécurité. Le New York Times a rapporté plus tôt dans la semaine que des responsables américains avaient décidé de bloquer ou d'annuler les visas: une mesure qui pourrait toucher des milliers d'étudiants.

Si Trump ne s'est pas attardé sur la question, son accusation selon laquelle Pékin «revendique illégalement des territoires dans l'océan Pacifique» et menace la liberté de navigation ajoute un volet militaire à sa campagne diplomatique et économique agressive contre la Chine. Au cours des derniers mois, la marine américaine a intensifié ses opérations provocatrices de «liberté de navigation» dans la mer de Chine méridionale et le détroit de Taiwan: des actions qui pourraient déclencher des affrontements dans ces zones stratégiques sensibles pour la Chine.

Interrogé sur l'imminence de la conférence de presse de Trump, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a déclaré que les États-Unis devraient cesser de s'immiscer dans les affaires intérieures de la Chine et à Hong Kong. Il a lancé un avertissement: «La Chine prendra toutes les mesures nécessaires pour riposter si la partie américaine est déterminée à nuire aux intérêts de la Chine».

Les déclarations de Trump ne se limitent toutefois pas à Hong Kong. Sa diatribe catégorique contre la Chine sur tous les fronts ne peut que conduire à une escalade rapide des tensions entre les deux puissances nucléaires, alors que Pékin cherche à défendre ses intérêts économiques et stratégiques. Comme dans les années 1930, la diffamation de Pékin par Washington et ses mesures de guerre commerciale ont une logique qui leur est propre: la volonté de déclencher un conflit militaire catastrophique qui menace l'avenir de l'humanité.

(Article paru en anglais le 30 mai 2020)

 

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