Trump menace de mobiliser l’armée pour tirer sur les manifestants

Une colère de masse éclate à travers les États-Unis pour protester contre le meurtre de George Floyd par la police

Par Anthony Bertolt
30 mai 2020

Mise à jour: 18h00 (Heure avancée de l'Est)

Le document qui accuse le policier Derek Chauvin de meurtre au troisième degré et d'homicide involontaire dans la mort de George Floyd révèle que Chauvin a cloué le cou de Floyd au sol avec son genou pendant près de neuf minutes, dont trois minutes après que Floyd soit devenu inconscient. Pendant cette même période, deux autres policiers, Thomas Lane et J. A. Keung, aidaient Chauvin à maintenir Floyd cloué au sol, l'un sur son dos et l'autre sur sa jambe. Un quatrième policier, Tou Thoa, s'occupait de retenir les passants qui plaidaient pour la vie de Floyd. Les quatre policiers ont été renvoyés, mais seul Chauvin a été arrêté.

Mise à jour: 14h00 (Heure avancée de l'Est)

Le policier qui a tué George Floyd a été mis en détention par les enquêteurs, a annoncé le commissaire à la sécurité publique du Minnesota, John Harrington, en fin de matinée vendredi. Derek Chauvin a été licencié après que la vidéo le montrant en train d'enfoncer son genou dans le cou de Floyd jusqu'à ce que celui-ci perde connaissance et meure a été publiée sur Internet et visionnée par des millions de personnes dans le monde, ce qui a provoqué des manifestations à Minneapolis et dans d'autres villes américaines. Les trois policiers qui ont aidé Chauvin dans le meurtre ont également été licenciés, mais ils n'ont pas été arrêtés jusqu'à présent.

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Des manifestations ont éclaté partout aux États-Unis en réaction explosive au meurtre de George Floyd par la police à Minneapolis, dans le Minnesota.

À Minneapolis, des milliers de personnes se sont rassemblées dans le quartier où Floyd s’est fait tuer et ont défilé jusqu’au bâtiment du troisième commissariat de police de Minneapolis. De nombreux incendies ont éclaté jeudi, y compris au Troisième commissariat de police (Third Police Precinct), qui est toujours en feu au moment où nous écrivons ces lignes. La Garde nationale du Minnesota a annoncé tard jeudi soir que 500 soldats ont été mobilisés et se préparaient à être déployés.

Jeudi soir également, le président américain Donald Trump a menacé de déployer l’armée contre les manifestants et de tirer sur eux. «Je ne peux pas rester en arrière et regarder cela arriver dans une grande ville américaine, Minneapolis», a tweeté Trump. «Soit le très faible maire de la gauche radicale, Jacob Frey, se ressaisit et met la ville sous contrôle, soit j’envoie la Garde nationale et je fais le travail correctement».

La police se déplace dans une zone pendant les manifestations du jeudi 28 mai 2020 à Saint Paul, Minnesota. (AP Photo/Julio Cortez)

Trump a appelé les manifestants «DES VOYOUS» et a dit qu’il «vient de parler au gouverneur [du Minnesota] Tim Walz et lui a dit que l’armée est avec lui tout le temps. En cas de difficulté, nous prendrons le contrôle, mais quand les pillages commencent, les tirs commencent».

Des manifestations ont également eu lieu à New York, où 33 manifestants ont été arrêtés après une mêlée avec la police. Des centaines de personnes ont également participé à des manifestations à Columbus (Ohio), Albuquerque (Nouveau-Mexique), Pensacola (Floride), Louisville (Kentucky) et Los Angeles (Californie). À Columbus, les manifestants ont tenté de s’introduire dans le parlement (Statehouse) de l’Ohio.

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre-ville de Louisville et ont défilé dans les rues pour demander l’arrestation des policiers qui ont tué Breonna Taylor en mars. À Denver, dans le Colorado, un manifestant s’est fait renverser par une voiture qui a foncé sur la foule.

Floyd a été assassiné lundi après avoir été saisi par quatre flics de Minneapolis qui répondaient à une prétendue «contrefaçon en cours». Jeudi, aucun des flics impliqués dans le meurtre n’avait été arrêté ou inculpé.

Floyd a crié à plusieurs reprises à l’aide, criant «Je ne peux pas respirer» et «Je vais mourir» alors que Derek Chauvin s’agenouillait sur son cou et que Tou Thao aidait à empêcher la foule d’intervenir.

Lors d’une conférence de presse tenue le jeudi après-midi, le maire démocrate Jacob Frey a tenté d’apaiser les manifestants et les a suppliés d’«être meilleurs que nous ne l’avons été». Le chef de la police de Minneapolis, Medaria Arrodondo, s’est joint à l’appel pour rétablir l’ordre dans la ville. «Je sais qu’actuellement un déficit d’espoir existe dans notre ville… Mais je ne permettrai à personne de continuer à augmenter ce déficit en traumatisant à nouveau les gens dans notre communauté.»

La colère populaire a encore été alimentée jeudi par les commentaires du procureur qui a compétence sur l’affaire, le procureur du comté de Hennepin, Mike Freeman. Il a déclaré aux journalistes que nous avons «d’autres preuves qui ne soutiennent pas une accusation pénale… Je ne précipiterai pas le cours de la justice».

Freeman est responsable de la décision de ne pas porter d’accusations contre l’officier qui a tué Jamar Clark en 2016. Cela a suscité des jours de manifestations. Il était aussi responsable d’un retard de plus de six mois dans la décision d’inculper et d’arrêter l’officier qui a abattu Justine Damond en 2017.

L’explosion de colère ne concerne pas seulement le meurtre de George Floyd. Ce n’est que le dernier d’une série ininterrompue de meurtres et de brutalités. Chaque année, la police américaine tue 1.000 personnes dans les villes et les États du pays, peu importe qu’ils soient dirigés par des démocrates ou des républicains.

À l’indignation suscitée par la violence policière s’ajoute la situation explosive créée par la réaction de la classe dirigeante à la pandémie de coronavirus. Des billions (1000 milliards) de dollars ont été distribués aux riches, tandis que des dizaines de millions de travailleurs sont sans emploi et n’auront pas de travail à retrouver.

Le gouvernement Trump cherche à utiliser la détresse sociale de masse pour forcer un retour au travail qui entraînera une forte augmentation du nombre de cas et de décès. Déjà, plus de 100.000 personnes sont mortes du coronavirus.

Les représentants de l’élite au pouvoir ont fait les déclarations hypocrites habituelles qui suivent chaque horrible assassinat de policiers. Le candidat démocrate à la présidence Joe Biden a déclaré que le meurtre de Floyd «fait partie d’un cycle d’injustice systémique bien ancré qui existe toujours dans ce pays». Le département de la justice d’Obama a blanchi à plusieurs reprises les meurtres de la police, refusant de porter des accusations fédérales contre des flics tueurs.

Cela s’ajoute aux efforts de personnalités du Parti démocrate comme Al Sharpton et Jesse Jackson pour présenter la violence policière comme le produit d’un conflit racial. Ils l’ont fait de nouveau dans leurs discours lors de la manifestation de Minneapolis jeudi.

Il ne fait aucun doute que le racisme était impliqué dans le meurtre de Floyd et d’autres incidents horribles de violence policière. On recrute délibérément dans la police les éléments les plus arriérés et les plus fascisants. Le gouvernement Trump, en particulier, a encouragé en toute impunité la violence policière sans retenue.

Cependant, la police est fondamentalement un instrument de l’oppression de classe. Alors que les tensions sociales atteignent un point de rupture aux États-Unis, la classe dirigeante se tourne de plus en plus directement vers la mobilisation de son appareil de répression.

(Article paru en anglais le 29 mai 2020)

 

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