Les États-Unis exploitent les manifestations de Hong Kong pour leur campagne anti-Chine

Par Peter Symonds
28 mai 2020

Le gouvernement Trump s’est emparé des dernières manifestations contre le projet de loi de la Chine sur la sécurité nationale à Hong Kong pour ouvrir un autre front dans sa guerre de propagande visant à vilipender le régime de Pékin. Encore une fois, l'impérialisme américain utilise cyniquement la bannière des «droits de l'homme» pour faire avancer ses intérêts économiques et stratégiques et affaiblir ses rivaux.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a condamné la nouvelle législation, qui proscrira les activités considérées par Pékin comme « trahison, sécession, sédition ou subversion » à Hong Kong. Il a déclaré que cela signerait « l’arrêt d mort » pour l'autonomie du territoire et a prévenu que Hong Kong pouvait perdre son statut spécial en vertu du droit américain si Pékin ne respectait pas les institutions démocratiques et les libertés individuelles du territoire.

En vertu de la législation promulguée à la fin de l'an dernier par le président américain, Pompeo doit certifier que Hong Kong conserve un « haut degré » d'autonomie afin de conserver ses droits commerciaux spéciaux auprès des États-Unis. Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Robert O'Brien, a menacé d'utiliser la législation américaine pour imposer des sanctions à la Chine si elle adoptait la loi sur la sécurité nationale.

Cette législation a été adoptée l'année dernière sur fond de manifestations de masse prolongées à Hong Kong contre la tentative d'introduire une loi d'extradition qui aurait pu ouvrir la porte à des arrestations et procédures judiciaires en Chine contre les détracteurs du régime chinois.

Dimanche, des milliers de manifestants étaient descendus dans les rues de Hong Kong après cette annonce, au début de l'actuel Congrès national du peuple chinois, que celui-ci envisageait une nouvelle Loi sur la sécurité nationale, applicable à Hong Kong. L'adoption de cette loi mettrait effectivement à l’écart le parlement de Hong Kong, qui avait été obligé de retirer une loi similaire en 2003 après avoir provoqué des manifestations de masse.

Le vice-Premier ministre chinois Han Zheng a tenté de minimiser l'importance de la nouvelle loi, affirmant qu'elle ne viserait « qu'un petit groupe de personnes ». Cependant, son caractère large pourrait faire qu’elle soit appliquée aux manifestants ayant participé aux manifestations de masse contre la loi d'extradition l'année dernière.

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a déclaré que la loi devait être adoptée « sans le moindre retard » pour créer une plus grande stabilité à Hong Kong. La principale crainte de Pékin est qu'un mouvement de protestation à Hong Kong au sujet des droits démocratiques puisse déclencher une éruption d'opposition dans toute la Chine par les travailleurs et les jeunes, durement touchés par le ralentissement rapide de l'économie du pays.

Les partis et groupements de droite qui, à terme, ont pris la tête des manifestations à Hong Kong n’envisagent cependant pas la construction d'un mouvement unifié basé sur la classe ouvrière chinoise pour défendre les droits démocratiques et sociaux fondamentaux. Au contraire, les dirigeants des dernières manifestations ont avancé une perspective réactionnaire fondée sur l'esprit de clocher de Hong Kong et appellent à l’intervention des puissances impérialistes.

Selon les médias, beaucoup des manifestants de Hong Kong scandaient dimanche le slogan «Libérez Hong Kong, révolution de notre temps» ; un slogan inventé par Edward Leung, un leader du groupe politique Indigènes de Hong Kong, connu pour ses attitudes xénophobes envers les continentaux chinois. D'autres ont scandé «l'indépendance de Hong Kong, la seule issue» et arboré des drapeaux favorables à l'indépendance.

Les dirigeants des manifestations de l’an dernier ont donné au mouvement une direction pro-impérialiste en réaction aux grèves importantes des travailleurs de Hong Kong en faveur des droits démocratiques fondamentaux, qui menaçaient de soulever des questions sociales plus larges et provoquer des actions similaires des travailleurs de toute la Chine. Des manifestants ont commencé à brandir le drapeau américain et à chanter «Stars and Stripes», appelant Washington à intervenir.

Une vidéo de l'Australian Broadcasting Corporation montre une manifestation cette semaine dans un centre commercial qui en appelle aux États-Unis pour qu’ils envoient leur armée pour aider Hong Kong. Des drapeaux américains ont été brandis lors des protestations. Une telle orientation fait directement le jeu de Pékin, qui exploite de telles images pour creuser un fossé entre les travailleurs de Chine et ceux de Hong Kong.

Les États-Unis ne sont pas plus préoccupés par les «droits de l'homme» à Hong Kong qu’ailleurs dans le monde. Ce faux étendard a été déployé comme prétexte pour des opérations de changement de régime et des interventions militaires au Moyen-Orient, en Asie centrale et ailleurs, alors que Washington ferme les yeux sur les abus flagrants des droits démocratiques par des alliés tels que l'Arabie saoudite.

Le gouvernement Trump a considérablement intensifié ses condamnations de la Chine au milieu de la pandémie de COVID-19, lançant une campagne d'allégations infondées et de mensonges effrontés selon lesquels Pékin était responsable de la crise sanitaire mondiale et du lourd bilan de la pandémie.

Cette propagande ne vise pas seulement à détourner l'attention de la négligence criminelle et de l'indifférence de Trump face au coronavirus, responsable de 100 000 décès aux États-Unis. Elle fait aussi partie de l'intensification des préparatifs pour une guerre économique et un conflit militaire avec la Chine, que Washington considère comme le principal obstacle à ses ambitions de domination mondiale.

L'intervention du gouvernement Trump dans la politique de Hong Kong est une nouvelle étape vers la répudiation de la politique de longue date de la Chine unique, initiée par le président américain Richard Nixon en 1972, qui reconnaissait Pékin, et non Taipei, comme le gouvernement légitime de toute la Chine, y compris Taiwan. Hong Kong, bien que reconnue comme ayant un statut autonome spécial après son transfert par la Grande-Bretagne en 1997, fait néanmoins partie de la Chine.

Sous Trump, les États-Unis ont de plus en plus abandonné les protocoles établis dans le cadre de la politique de la Chine unique et renforcé les liens politiques et militaires avec Taiwan. Ils ont développé des relations étroites avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, dont le Parti démocrate progressiste plaide pour une plus grande indépendance vis-à-vis de Pékin. De manière significative, celle-ci est intervenue pour soutenir les manifestations de Hong Kong, promettant « d'améliorer de manière proactive et de poursuivre le travail pertinent de soutien et de fournir au peuple de Hong Kong l'aide nécessaire ».

L'encouragement de Washington au sentiment séparatiste, y compris parmi les minorités ethniques en Chine comme les Ouïghours, ne repose sur aucune préoccupation pour les droits démocratiques. Il vise plutôt à affaiblir et finalement fracturer le pays rival. Ces objectifs transparents génèrent une opposition de plus en plus ouverte à Pékin, qui a répondu aux menaces de sanctions de Washington à propos de Hong Kong en avertissant de représailles économiques.

L'aggravation de la crise du capitalisme mondial, révélée et accélérée par la pandémie de COVID-19, exacerbe fortement les tensions géopolitiques et le danger de guerre entre puissances nucléaires à mesure que le gouvernement Trump adopte une approche délibérément conflictuelle et provocatrice envers la Chine.

(Article paru en anglais le 27 mai 2020)

 

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