La pandémie et la guerre globale contre les immigrés et les réfugiés

Par Bill Van Auken
27 mai 2020

Alors que la pandémie de COVID-19 continue de se propager, infligeant morts et souffrances en masse dans le monde, les classes dirigeantes capitalistes restent sourds aux appels à la «solidarité» mondiale lancés par des institutions internationales comme les Nations unies et l’Organisation mondiale de la santé.

Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés a mis en garde dans une déclaration sur la crise du COVID-19 contre le fait que la pandémie servait de prétexte pour abolir le droit d’asile et refouler ceux qui fuient la mort et l’oppression. «En ces temps difficiles, n’oublions pas ceux qui fuient la guerre et la persécution. Ils ont besoin – nous avons tous besoin – de solidarité et de compassion, maintenant plus que jamais», a-t-il déclaré.

Bien loin de rencontrer «solidarité et de la compassion», les réfugiés et les migrants sont victimes partout de violences étatiques, de déportations massives, d’incarcérations, de la faim et de la mort. Comme pour l’inégalité sociale et l’exploitation accrue de la classe ouvrière dans les sociétés capitalistes du monde entier, et la pression implacable menant à la guerre impérialiste et le tournant vers des types de gouvernement autoritaires, la pandémie de coronavirus sert à accélérer et à justifier une guerre anti-réfugiés qui faisait déjà rage bien avant que le virus ne fasse sa première victime.

À ce jour, 177 pays ont soit totalement soit partiellement fermé leurs frontières et le droit d’asile a été effectivement abrogé dans la plupart des pays du monde.

Cela n’est nulle part plus vrai qu’aux États-Unis. Le gouvernement Trump a saisi l’occasion de la pandémie de coronavirus pour mettre en œuvre des décrets anti-immigration de grande envergure, prévus bien avant que le terme COVID-19 ne soit inventé. Elle a invoqué une obscure loi sur l’immigration promulguée comme défense contre les maladies transmissibles pour expulser des dizaines de milliers de gens vers des pays où la propagation du coronavirus est bien moindre qu’aux États-Unis.

Tout en avançant des théories du complot disant que la Chine aurait délibérément «semé» le virus aux États-Unis et en Europe occidentale, c’est exactement ce que ce gouvernement est en train de faire avec ses déportations sommaires en masse d’immigrants vers des pays pauvres d’Amérique centrale, Haïti et d’autres pays des Caraïbes. Menées à partir des centres de détention pour immigrés – dont beaucoup sont gérés par des sociétés carcérales à but lucratif – où le coronavirus s’est répandu comme une traînée de poudre, elles sont devenues un moteur de la propagation du virus dans des pays aux systèmes de santé en train d’être rapidement débordés.

Même le président d’extrême droite du Guatemala, Alejandro Giammattei, allié servile de l’impérialisme américain, a été obligé de condamner les déportations américaines, disant au Conseil atlantique, un groupe de réflexion de Washington: «Nous comprenons que les États-Unis veuillent déporter des gens, nous le comprenons, mais ce que nous ne comprenons pas, c’est qu’ils nous envoient des vols contaminés». Ses paroles sont un reflet fidèle du mépris et de la cruauté de son gouvernement envers ceux de ses compatriotes renvoyés de force des États-Unis.

Même les enfants ne sont pas à l’abri du sadisme du gouvernement américain. Plus d’un millier d’entre eux ont fait l’objet depuis mars de déportations sommaires vers le Mexique et les pays en proie à la violence du «Triangle du Nord» d’Amérique centrale.

Le gouvernement Trump est notoire pour son échec abject à mener une politique efficace pour endiguer la propagation du coronavirus, permettant que se produisent aux États-Unis, un pays avec à peine quatre pour cent de la population mondiale, environ un tiers des infections et des décès advenus dans le monde. Il avait pourtant excellé à fermer les frontières, au mépris des lois américaines et internationales, pour refuser des droits essentiels aux migrants et aux réfugiés, sous prétexte de protéger l'Amérique d'un virus qui s'était déjà propagé sans entrave d'un océan à l'autre.

L’adoption de mesures de répression draconiennes similaires à l’encontre des migrants dans le monde entier montre clairement qu’une telle réaction n’est pas seulement le fruit de l’esprit fasciste et criminel du président américain.

En Europe, les deux nations qui sont les principaux gardes-frontières de la «forteresse Europe» – la Grèce et la Hongrie, surveillant respectivement les routes migratoires de la Méditerranée et des Balkans – ont mené des politiques tout aussi barbares contre les masses de réfugiés qui fuient pour sauver leur vie.

En Grèce, des centaines, voire des milliers de demandeurs d’asile sont victimes d’expulsions extrajudiciaires depuis le début de la pandémie.

Les hommes, les femmes et les enfants fuyant les effets des guerres impérialistes en Afghanistan, en Syrie, en Irak, en Libye et ailleurs ont été reçus à la frontière grecque par des policiers tirant des gaz lacrymogènes et déployant des fils barbelés. Les réfugiés et les migrants déjà présents dans le pays sont saisis par la police dans la rue et les centres de détention, battus, dépouillés de leur argent et de leurs portables, déshabillés et forcés de passer la frontière vers la Turquie. Dans le même temps, le coronavirus sévit dans les camps de réfugiés surpeuplés du pays.

En Turquie, pays qui accueille l’une des plus grandes populations de réfugiés au monde, les conditions sont de plus en plus désespérées. L’Association pour la solidarité avec les demandeurs d’asile et les migrants y a fait une enquête révélant que 63 pour cent des réfugiés déclaraient avoir eu des difficultés à trouver des aliments pendant la pandémie. Plus de 88 pour cent n’avaient pas d’emploi. Seuls 18 pour cent avaient un travail avant l’épidémie.

La semaine dernière, la Hongrie s’est inclinée devant un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne qui déclarait illégales les «zones de transit pour migrants» à ses frontières où sont piégés les réfugiés cherchant à entrer en Serbie et en Croatie. Dans certains cas ils vivaient là depuis plus d’un an dans des conteneurs à marchandises, entourés de barbelés à lames et de gardes-frontières lourdement armés. Dans le même temps, la Hongrie a annoncé qu’elle interdirait l’accès à son territoire à toute personne demandant l’asile, une répudiation directe des conventions de Genève.

Pendant ce temps en Méditerranée, où 20.000 personnes sont mortes en essayant de rejoindre l’Europe ces quatre dernières années, les conditions ne font que s’aggraver avec la pandémie. Malte et l’Italie ayant tous deux fermé leurs ports aux migrants en invoquant la menace du coronavirus, des centaines de réfugiés sont restés bloqués en mer pendant des semaines. Lors d’un incident choquant enregistré sur vidéo, des patrouilleurs maltais effectuent des manœuvres menaçantes autour de réfugiés tombés à la mer depuis un canot pneumatique en train de couler.

Des milliers de personnes empêchées d’atteindre l’Europe ont été renvoyées en Libye depuis le début de la pandémie – avec l’aide de «garde-côtes» libyens financés par l’UE – pour se retrouver dans des centres de détention très souvent gérés par des milices armées. Là elles sont agressées, affamées, violées et même vendues comme esclaves.

Derrière ce traitement barbare des migrants et des réfugiés il y a la politique et les intérêts des classes dirigeantes de toute l’Europe occidentale, en tête desquelles on trouve l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

Dans chaque pays, des États-Unis à l’Europe en passant par les monarchies pétrolières du golfe Persique, les travailleurs migrants affrontent les pires conditions et représentent une part disproportionnée des victimes du COVID-19. Cela inclut les usines de conditionnement de la viande aux États-Unis, auparavant la cible des raids de l’ICE où les travailleurs étaient arrêtés et expulsé, et qui sont maintenant déclarées «services essentiels». Ils sont à présent forcés de retourner à la production où des centaines et des centaines d’entre eux sont infectés et beaucoup meurent.

La même réponse du capitalisme vise les masses de travailleurs d’Asie du Sud qui sont maintenant expulsés sans cérémonie de pays comme les EAU, l’Arabie Saoudite et le Koweït où ils avaient été la colonne vertébrale de la main-d’œuvre, travaillant pour de maigres salaires et sans droits fondamentaux. La même chose vaut pour un grand nombre de travailleurs d’Europe de l’Est qui travaillent dans les pires conditions dans toute l’Union européenne.

Pendant ce temps, dans les camps de réfugiés du monde entier, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont entassés dans des espaces où les autorités sanitaires les admonestent pour qu’ils combattent le coronavirus par la distanciation sociale, le lavage des mains et d’autres précautions sanitaires de base, tout entièrement hors de leur portée.

La conception fasciste que le coronavirus peut être vaincu en bouclant les frontières nationales contre une contagion «étrangère» est aussi peu scientifique que réactionnaire. Le virus ne respecte pas les frontières nationales; il n’a besoin ni de visa ni de passeport. Tant qu’il persistera quelque part sur la planète, il continuera de menacer l’humanité tout entière.

La pandémie de coronavirus impose la nécessité à la classe ouvrière de mobiliser son immense pouvoir social de manière indépendante sur la base d’un programme socialiste. Ce programme doit être en opposition irréconciliable aux intérêts économiques de la classe capitaliste et du système capitaliste dans son ensemble. Cela exige avant tout l’unification de la classe ouvrière au-delà des frontières nationales sur la base de la perspective stratégique de la révolution socialiste mondiale. La défense inconditionnelle du droit des travailleurs de tous les coins du globe à vivre et travailler dans le pays de leur choix est une partie intégrale de cette perspective. Ils doivent jouir de droits de citoyenneté complets, dont le droit aux soins de santé, à un revenu suffisant pour vivre et à la possibilité de travailler et de voyager sans craindre la répression ou la déportation.

(Article paru d’abord en anglais 26 mai 2020)

 

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