Sauvant Wall Street, pas des vies

La dissimulation de la pandémie responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes aux États-Unis

Par Andre Damon
25 mai 2020

Mercredi, des chercheurs de l’université de Columbia ont publié une étude qui montre que le nombre massif de morts aux États-Unis, qui approche maintenant les 100.000, est une conséquence directe des décisions prises par le gouvernement Trump.

L’étude, publiée en ligne sur le site medRxiv.org, a révélé que si les États-Unis avaient commencé à prendre des mesures de distanciation sociale et d’autres mesures de contrôle seulement deux semaines plus tôt, ils auraient sauvé la vie de 54.000 personnes. L’application de ces mesures une semaine plus tôt aurait permis de sauver 36.000 vies.

Ces chiffres quantifient les conséquences des efforts déployés par le gouvernement Trump en janvier et février pour minimiser la menace posée par la pandémie. En dépit de preuves et d’avertissements clairs de la part des scientifiques, Trump et les membres de son cabinet ont systématiquement minimisé l’importance de la maladie. Le 28 février encore, Trump affirmait que le coronavirus «va disparaître» comme «un miracle». Trump a condamné ceux qui affirmaient que le COVID-19 se répandait rapidement dans tout le pays, déclarant: «C’est leur nouveau canular».

Le président Donald Trump parle du coronavirus lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, vendredi 13 mars 2020, à Washington.

Mais au sein du gouvernement, d’éminents scientifiques sonnaient l’alarme depuis près de deux mois dans une tentative futile de faire prendre à la Maison-Blanche les mesures les plus élémentaires pour se préparer à une pandémie majeure. «Les responsables de la santé publique étaient pleinement conscients de la menace émergente du COVID-19 au début du mois de janvier 2020», a écrit Rick Bright dans un document de lanceur d’alerte. Ce dernier est l’ancien directeur de l’Autorité pour la Recherche-Développement avancée dans le domaine biomédical.

Dans une interview ultérieure, Bright a ajouté: «Je savais que tous les signes d’une pandémie étaient présents. Un nouveau virus, causant une mortalité importante, et se propageant. Tous les signes étaient présents. C’était juste une question de temps avant que ce virus se propage en dehors de la Chine».

Les déclarations de Bright mettent en pièces les affirmations du gouvernement que «personne n’aurait pu prévoir» la pandémie et que la réponse tardive des États-Unis était due aux mensonges de la Chine sur la propagation de la maladie.

Le gouvernement Trump, selon Bright, avait plutôt «l’intention de minimiser cette menace catastrophique».

Les efforts délibérés du gouvernement fédéral pour museler les scientifiques et minimiser la maladie, combinés à des retards massifs dans le déploiement des tests, ont conduit les États à commencer les restrictions bien trop tard.

L’État de New York a mis en œuvre son ordonnance de confinement le 22 mars, plus de deux mois après le début de la transmission communautaire aux États-Unis à la mi-janvier. On a pris des mesures de confinement dans la plupart des villes américaines trois mois et demi après la découverte du virus par des chercheurs chinois, sonnant l’alerte d’une possible pandémie mondiale.

Alors que le gouvernement Trump et les médias reprochent à la Chine de retarder la publication des informations, il apparaît aujourd’hui que pas moins de 50.000 décès ont été causés par la décision de la Maison-Blanche de reporter le plus longtemps possible la mise en place d’un confinement.

Le 31 décembre, des scientifiques chinois ont annoncé un ensemble de maladies inexpliquées, et cette annonce a été largement diffusée aux États-Unis, notamment par Reuters, l’Associated Press et le New York Times.

Le 24 janvier, le «World Socialist Web Site», sur la base des seules données disponibles au public, a pu avertir que «des preuves sont apparues indiquant qu’une infection de personne à personne est en train de se produire». Quatre jours plus tard, le WSWS écrivait: «L’épidémie a exposé l’énorme vulnérabilité de la société contemporaine à de nouvelles souches de maladies infectieuses, des dangers auxquels aucun gouvernement capitaliste ne s’est préparé de manière adéquate».

Mais pendant des mois, les responsables américains n’ont rien fait pour se préparer à la pandémie à venir. Ce n’est que près de huit semaines après les premières déclarations publiques des autorités sanitaires chinoises que tout test systématique du COVID-19 a commencé aux États-Unis.

Trump n’a rien fait pour se préparer à la propagation de COVID-19. Cependant, il a imposé une interdiction de voyage à la Chine contre l’avis de l’Organisation mondiale de la santé et de ses propres conseillers scientifiques, même si au sein du gouvernement fédéral, Bright et d’autres scientifiques du gouvernement avertissaient désespérément qu’une interdiction de voyage n’empêcherait pas la maladie d’entrer aux États-Unis.

Pourquoi, malgré les avertissements des scientifiques au sein de son administration, Trump a-t-il mis en œuvre une mesure purement cosmétique, dont le but serait de construire l’histoire selon laquelle le COVID-19 n’entrerait pas au pays?

Ce n’est pas la menace de COVID-19 pour les vies humaines, mais son impact sur le marché boursier qui a motivé la réponse de la Maison-Blanche à la pandémie dès le début. La Maison-Blanche était bien consciente que la pandémie aurait un impact dévastateur. Mais elle se produirait dans des conditions où Wall Street était déjà soumise à une pression énorme. Les marchés ont été artificiellement gonflés par des années de taux d’intérêt très bas et d’«assouplissement quantitatif», alimentant une hausse massive de l’endettement qui sapait la rentabilité des entreprises et menaçait d’entraîner l’effondrement du marché boursier déjà fortement gonflé.

Trump et ses conseillers savaient que l’impact de la pandémie déclencherait une liquidation du marché. Un tel mouvement ne pourrait être contenu et inversé que par l’injection de milliers de milliards de dollars en liquidité de la part de la Réserve fédérale et du Trésor. Afin de gagner du temps, la Maison-Blanche a censuré les informations et a induit le public en erreur pendant que ce renflouement pouvait être préparé.

Un article d’Edward Luce paru dans le Financial Times la semaine dernière a permis d’ouvrir une fenêtre sur ce processus. «Rien ne pouvait être autorisé qui pourrait effrayer le Dow Jones», a écrit le Times, expliquant la pensée de du gouvernement Trump. «Tout signal indiquant que les États-Unis se préparent à une pandémie – y compris en prenant des mesures concrètes pour s’y préparer – a été découragé».

Le Financial Times a cité une personne proche de la Maison-Blanche qui a déclaré: «Jared [Kushner, le gendre de Trump] a insisté sur le fait que de tester trop de personnes ou de commander trop de respirateurs effraierait les marchés et que nous ne devrions donc pas le faire».

Derrière le silence public, une activité intense se déroulait en arrière-plan alors que les législateurs préparaient ce qui serait le plus grand renflouement de grandes entreprises par le gouvernement dans l’histoire. Le gouvernement Trump tentait de gagner du temps, gardant le public dans l’ignorance pendant qu’un programme complexe de sauvetage de Wall Street pouvait être mis en place.

Ce temps a été utilisé pour rédiger ce qui allait devenir un projet de loi de 800 pages connu sous le nom de la loi CARES, qui a créé le cadre d’un sauvetage du système financier de plusieurs milliers de milliards de dollars par la Réserve fédérale et l’acheminement de centaines de milliards de dollars du Trésor vers les grandes entreprises.

Le leader de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a présenté le projet de loi le 25 mars. En deux jours, la loi CARES s’est fait adopter par le Sénat à l’unanimité et par la Chambre des représentants par acclamation. La loi a été promulguée le jour même. En d’autres termes, la plus grande redistribution de fonds publics de l’histoire de l’humanité n’a pris que 48 heures.

Un article paru dans le magazine Foreign Affairs note que ce renflouement «brouillerait les lignes, jamais claires au départ, entre les secteurs public et privé et transférerait une grande partie de l’économie mondiale sur les bilans des gouvernements». Ce niveau de dépenses n’a pas de précédent dans l’histoire – il n’y a rien qui s’en approche. Pas en temps de guerre. Pas en temps de paix. Jamais.»

Dès qu’on a obtenu ce renflouement, les médias ont immédiatement changé de ton. Ils se sont détournés des images de morts en masse et d’hôpitaux surpeuplés pour se concentrer sur les «signes d’espoir» et les «points positifs». Leur objective était de pouvoir déclarer que la pandémie était presque terminée et que les travailleurs devaient reprendre le travail.

Alors même que 1.500 Américains continuent de mourir chaque jour à cause du COVID-19, les 50 États ont rouvert leurs entreprises, ramenant les travailleurs au travail dans des conditions dangereuses et ouvrant la voie à une résurgence massive de la maladie.

Le même mépris total pour la vie humaine qui a poussé la Maison-Blanche à minimiser la pandémie et à entraver la réponse fédérale est à l’œuvre dans la campagne de retour au travail.

Le directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), Robert Redfield, a averti que les États-Unis étaient face à une résurgence majeure du COVID-19. Avant-hier, la réponse de Trump était: «Que ce soit une braise ou une flamme… nous ne fermons pas notre pays».

En d’autres termes, peu importe l’augmentation du nombre de morts, on ne laissera pas les besoins de la société interférer avec la rentabilité de Wall Street. La priorité du gouvernement continuera à être les intérêts de l’oligarchie financière, et non de sauver des vies.

C’est pour cette raison que la lutte contre la pandémie doit être menée non seulement sur le front médical, mais aussi sur le front politique. La lutte contre le COVID-19 est inséparable de la lutte la plus large possible contre les politiques criminelles du gouvernement Trump et de ses facilitateurs au sein du Parti démocrate.

Comme l’a écrit le Parti de l’égalité socialiste dans sa récente déclaration, «Construire des comités de base dans les usines et sur les lieux de travail pour prévenir la transmission du virus COVID-19 et sauver des vies», les travailleurs doivent:

Former des comités de sécurité de base dans chaque usine, bureau et lieu de travail. Ces comités, contrôlés démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes, doivent formuler, mettre en œuvre et superviser les mesures nécessaires pour protéger la santé et la vie des travailleurs, de leurs familles et de la communauté au sens large.

On ne peut pas faire comme si tout était normal! La pandémie met en évidence la nécessité urgente d’une restructuration complète des processus de production, de distribution, et de l’activité économique en général. La vie des travailleurs et de leurs familles ne doit pas être sacrifiée pour les profits du patronat et la richesse privée d’oligarques milliardaires.

Nous demandons à tous ceux qui sont d’accord avec ces exigences de tirer les conclusions politiques nécessaires et de se lancer dans la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 22 mai 2020)

L'auteur recommande également:

Le grand hold-up de Wall Street en 2020[29 avril 2020]

 

Commenting is enabled but will only be shown on the live site.