La Conférence mondiale sur la santé dominée par le conflit entre États-Unis et Chine alors que le coronavirus s’étend dans le monde entier

Par Bill Van Auken
20 mai 2020

Au milieu de prédictions que la pandémie de COVID-19 continuerait de se propager et infligerait des morts et des souffrances massives aux pays pauvres et opprimés du Sud, Washington a voulu faire de la conférence annuelle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) une arène pour sa campagne acharnée visant à faire de la Chine un bouc émissaire.

La 73e Assemblée mondiale de la santé, qui réunit les représentants des 194 États membres de l’OMS, s’est tenue lundi, alors que le nombre de cas de coronavirus confirmés s’élevait à environ 4,8 millions dans le monde et le nombre des décès à 317.000. Des centaines de millions de travailleurs ont déjà perdu emploi et revenus.

Les patients COVID-19 se trouvent dans un système de ventilation non invasif pour aider leur respiration appelé «Vanessa Capsule» à l’hôpital municipal de campagne Gilberto Novaes à Manaus, au Brésil, le lundi 18 mai 2020. (AP Photo/Felipe Dana)

Dans ces conditions, le gouvernement Trump a présenté une vidéo préenregistrée belliqueuse de son secrétaire à la Santé Alex Azar, qui a encore amplifié les allégations infondées de Washington envers l’OMS et la Chine.

«Nous devons être francs sur l’une des principales raisons pour lesquelles cette épidémie a échappé à tout contrôle», a déclaré Azar. «Cette organisation n’a pas réussi à obtenir les informations dont le monde avait besoin, et cet échec a coûté de nombreuses vies.»

L’attaque d’Azar est intervenue alors que l’on apprenait que Donald Trump avait décidé de prolonger indéfiniment le gel imposé par son gouvernement au financement américain de l’OMS, 400 millions de dollars qui constituent un cinquième du budget annuel de l’organisme mondial de santé.

Tournant son feu sur la Chine, Azar s’est fait l’écho des théories complotistes de la Maison-Blanche et présenta la réponse de Pékin à l’apparition de la pandémie comme une tentative délibérée d’infecter et d’affaiblir les États-Unis.

«Dans une tentative apparente de dissimuler cette épidémie, au moins un État membre s’est moqué de ses obligations de transparence, avec des coûts énormes pour le monde entier», a déclaré Azar. «Nous avons vu que l’OMS a échoué dans sa mission principale de partage de l’information et de transparence lorsque des États membres n’ont pas agi de bonne foi».

Tout cela est absurde. Comme le chef de l’OMS, Tedros Adhanon Ghebreysus, l’a clairement indiqué dans son propre discours à la conférence, l’OMS «a tiré la sonnette d’alarme très tôt, et nous l’avons souvent fait». Le 30 janvier, l’OMS avait déclaré une urgence sanitaire mondiale, son niveau d’alerte le plus élevé, sur la base d’informations fournies par la Chine. À l’époque, moins de 100 cas étaient confirmés et il n’y avait pas un seul décès hors de Chine.

Le gouvernement américain a décidé d'ignorer l'alerte, soucieux avant tout de minimiser les dangers du coronavirus afin de maintenir la hausse du cours des actions à Wall Street. Sa réponse, une fois que l'impact de la pandémie a été indéniable, a été de diriger l'écrasante majorité des ressources vers un sauvetage massif des marchés financiers à hauteur de plusieurs milliers de milliards de dollars.

La négligence criminelle et l’indifférence de Washington ont eu un effet inévitable, qui a placé les États-Unis, et de loin, au premier rang pour la propagation du coronavirus et le nombre des décès. Comptant tout juste 4 pour cent de la population mondiale, les États-Unis ont enregistré près du tiers des infections confirmées dans le monde et 29 pour cent des décès.

Il ne pourrait y avoir condamnation plus irréfutable de la politique américaine. Les attaques fallacieuses contre l’OMS et la Chine visaient à détourner l’attention du bilan abject du gouvernement américain, tout en faisant avancer sa poursuite d’intérêts géostratégiques mondiaux de l’impérialisme américain en intensifiant la campagne de guerre contre son principal rival dans le monde.

Alors qu’aux États-Unis et en Europe, principaux épicentres de la pandémie, les classes dominantes capitalistes tentent de lancer une «réouverture de l’économie» prématurée afin de reprendre l’exploitation effrénée de la classe ouvrière – quel qu’en soit le coût pour la santé et les vies – la pandémie continue de se propager dans le monde.

Dans ses remarques à la conférence, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres. a averti que le virus s’était « répandu dans le monde entier et se déplaçait maintenant vers le sud, où son impact pourrait être encore plus dévastateur».

Le directeur général de l’OMS, Tedros, a lancé un avertissement similaire. «Les États en développement et ceux qui souffrent de la violence et des conflits tentent de faire face à cette menace dans les circonstances les plus difficiles» a-t il déclaré.

«Comment pratiquer la distanciation physique quand on vit dans des conditions de promiscuité?» a-t-il demandé. «Comment restez-vous à la maison quand vous devez travailler pour nourrir votre famille? Comment pratiquez-vous l’hygiène des mains lorsque vous manquez d’eau propre?»

Ce sont là les conditions auxquelles la majorité de l’humanité est confrontée, ce qui a conduit à la croissance la plus explosive de la pandémie dans les anciennes colonies et les pays historiquement opprimés.

En Amérique du Sud, le nombre de cas confirmés est passé à plus de 443.000, et le nombre de décès à plus de 23.000. Le Brésil, le plus grand pays du continent, compte bien plus de la moitié des cas confirmés, soit plus de 244.000 ; des études indiquent que le nombre réel est probablement 15 fois plus élevé. Le nombre de décès confirmés s’y élève à plus de 16.000.

À Sao Paulo, la plus grande ville du Brésil et l’épicentre de l’épidémie de COVID-19, le maire a admis que les hôpitaux publics de la ville étaient «au bord de l’effondrement». Déjà remplis à 90 pour cent de leur capacité, ils devront refuser de nouveaux patients dans les deux semaines à venir.

Alors que le nombre de cas et de décès augmente, le président brésilien fasciste Jair Bolsonaro, a exigé une reprise effrénée de la production capitaliste, exhortant l’oligarchie financière et industrielle du pays à entrer en «guerre» contre les mesures de distanciation sociale, même limitées, imposées par les gouvernements régionaux. Il a également signé un décret accordant une immunité totale aux autorités publiques pour toute «erreur» commise dans la gestion de la pandémie.

Alors même que Bolsonaro et ses partisans au sein de l’armée s’efforcent de consolider des formes de gouvernement toujours plus autoritaires pour imposer l’enfermement des travailleurs dans des usines et des lieux de travail dangereux, on a assisté à une croissance explosive des protestations et des grèves des travailleurs de la santé qui ont subi le plus grand nombre de décès au monde; 116 infirmières y sont décédées depuis le début de la pandémie.

L’Asie du Sud connaît également l’un des taux d’augmentation des infections les plus élevés de la planète. En Inde, le nombre de cas confirmés est passé à plus de 100.000 et le nombre de décès à plus de 3.000. C’est dans les bidonvilles de Delhi et de Mumbai que le virus mortel fait le plus de victimes. Le gouvernement nationaliste hindouiste d’extrême droite de Narendra Modi a imposé l’un des verrouillages les plus extrêmes au monde. Mais, le système de santé délabré du pays n’est pas préparé pour faire face à l’épidémie. Le pays consacre à peine 1 pour cent de son PIB aux soins de santé. Le résultat sont les maladies, la faim, la violence et la brutalité policière pour les masses de travailleurs et d’opprimés.

Le régime et les entreprises utilisent la paupérisation et la faim pour pousser les travailleurs à retourner dans les usines. Le gouvernement lui, exploite la crise pour faire passer un programme massif de privatisation et de restructuration économique visant à attirer les investissements industriels et financiers et les éloigner de la Chine.

Le 18 mai, le nombre de cas de coronavirus confirmés atteignait 986 au Sri Lanka – pour neuf décès. Malgré le danger de propagation du virus, le gouvernement du président Gotabhaya Rajapakse a mis fin au confinement et rouvert l’économie le 11 mai. Bien que Colombo et le district voisin de Gampaha restent sous couvre-feu, toutes les entreprises du public et du privé ont été autorisées à opérer dans toute l’île avec un tiers de leur main-d’œuvre normale. En même temps, conformément à sa politique d’utiliser la pandémie pour intensifier ses plans de militarisation, le gouvernement Rajapakse a déployé des soldats à Colombo, dans les trains, les gares et les stations de bus, supervisant les mouvements du public.

Les Philippines ont enregistré 12.718 cas confirmés et 831 décès. Le président Rodrigo Duterte a prolongé le confinement jusqu’en juin. Duterte a intensifié sa répression des droits démocratiques sous couvert de crise pandémique. Son gouvernement a fermé le plus grand réseau de télévision du pays, ABS-CBN, sous le prétexte juridique, peu convaincant, de l’expiration de sa franchise. Mais la vraie raison était l’attitude critique de la chaîne face aux manœuvres autoritaires de Duterte.

L’Afghanistan est devenu l’un des pays les plus durement touchés d’Asie méridionale. Dévasté pendant près de deux décennies par la guerre impérialiste américaine, l’épidémie de COVID-19 n’a fait qu’intensifier les souffrances de sa population. Actuellement, l’Afghanistan compte 7.072 cas confirmés de COVID-19 et environ 173 personnes décédées à cause du virus. Vu le peu de tests, ces chiffres ne représentent sans aucun doute qu’une fraction de l’impact réel du virus.

L’Afrique a vu ses cas confirmés passer à près de 87.000, avec près de 2.800 décès. Le Lesotho ayant déclaré sa première infection, chacun des 54 pays du continent est à présent touché par la pandémie. Les systèmes de santé appauvris de l’Afrique étant les moins aptes à lutter contre ce virus mortel, l’OMS a prédit qu’environ 250 millions d’Africains seraient infectés et que 190.000 d’entre eux mourraient au cours de la première année de l’épidémie.

L’Afrique du Sud comptait 15.515 cas confirmés et 264 décès à la date de lundi. La province du Cap a connu le taux le plus élevé de transmission communautaire du virus, concentré dans des townships pauvres et densément peuplés comme Khayelitsha, le plus grand township de la région.

Le plus grand nombre de décès confirmés en Afrique, 630, se trouve en Égypte, qui a fait état de 12.229 cas confirmés. La dictature du général Abdel Fattah al-Sisi, soutenue par les États-Unis, a exploité la pandémie pour intensifier la répression policière. Il a enfermé des journalistes pour avoir écrit des articles mettant en doute les chiffres donnés par le régime et sa gestion de la crise.

Une forte augmentation du nombre de cas a également été signalée au Nigeria, le pays le plus peuplé du continent, avec près de 6.000 cas confirmés et 182 décès. Ayant seulement effectué 28.000 tests qui ont donné 21 pour cent de résultats positifs, les chiffres réels de ce pays sont incontestablement beaucoup plus élevés.

Le Ghana a également connu une forte augmentation des cas ; plus de 500 travailleurs d’une usine de transformation du poisson ont testé positifs au coronavirus.

Depuis le 1er mai, l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Ghana ont tous vu leur nombre de cas doubler. Face à cette pandémie, les gouvernements de ces trois pays ont malgré tout introduit une réouverture progressive des entreprises et de la production.

Au Moyen-Orient, le nombre de cas de COVID-19 est passé à plus de 465.000 lundi. Le plus grand nombre de cas, 150.000, a été enregistré en Turquie. L’Iran compte plus de 122.000 cas et le plus grand nombre de décès confirmés de la région, soit 7.057. Ce pays a enregistré lundi sa plus forte augmentation de cas en une journée, 2.294 personnes supplémentaires ayant testé positif. Le gouvernement a commencé à assouplir les restrictions de quarantaine et à rouvrir l’économie du pays fin avril.

Alors que le virus mortel se propage également à travers la Syrie, la Libye et le Yémen, trois pays dont les infrastructures sociales ont été décimées par les interventions impérialistes soutenues par les États-Unis, l’absence de tests effectués par les autorités locales ou les organisations internationales fait que l’ampleur de la crise reste inconnue.

Partout dans le monde, des États-Unis à l’Afrique en passant par l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Europe occidentale et l’Asie, la pandémie COVID-19 a révélé et intensifié les conditions omniprésentes d’inégalité sociale. Le transfert de richesse des masses de travailleurs vers l’oligarchie financière au pouvoir s’opère de plus en plus impitoyablement. L’érosion des formes démocratiques de gouvernement et le virage croissant vers l’autoritarisme se font d’une manière de plus en plus ouverte, tout comme la marche vers la guerre impérialiste.

Alors que la vie de millions de personnes dans le monde entier est en jeu, la lutte contre la pandémie apparaît de plus en plus clairement comme une lutte politique ne pouvant être menée avec succès qu’à travers une mobilisation politique indépendante et d’une unification internationale de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme.

(Article paru d’abord en anglais 19 mai 2020)

 

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