COVID-19: Podemos et les social-démocrates s’apprêtent à envoyer la police espagnole contre les protestations des travailleurs

Par Alejandro López
19 mai 2020

Le gouvernement «progressiste» du Parti socialiste (PSOE)-Podemos s’apprête à une répression de masse à l’instant où il déconfine l’Espagne et impose une politique de retour au travail impopulaire en pleine pandémie de COVID-19. Cela a été révélé dans un document confidentiel de 22 pages, «Delta Papa Ordre 21/20: Activité de la Garde civile dans le cadre du Plan transitionnel vers la Nouvelle normalité», signé par le lieutenant-général Fernando Santafé et divulgué à El Periódico mardi dernier. Santafé est le chef du commandement des opérations de la Garde civile, la police paramilitaire espagnole.

Le document a été rédigé pour réorganiser les mesures de sécurité lors de la levée progressive des mesures de confinement. Podemos et le PSOE sont pleinement conscients que ces politiques vont provoquer de nouvelles éclosions de COVID-19, mettant inutilement des millions de personnes en danger pour continuer à tirer des profits de la classe ouvrière. Le document met en garde contre une «forte probabilité» d'aggravation des troubles sociaux dans les mois à venir, et «des actes de sabotage contre des infrastructures critiques ou des bâtiments liés à des partis politiques».

La cible de la répression est la classe ouvrière. Le document indique que les troubles sociaux proviendraient des zones «les plus défavorisées économiquement» et des millions de «personnes touchées par un ERTE [chômage partiel] ou licenciées» et «des secteurs de la production ou des services qui pourraient se considérer lésés par les restrictions et limitations en cours». Il admet que «les restrictions économiques causées par l'état d’urgence ont sérieusement affecté l'économie espagnole, ce qui peut entraîner une crise économique affectant les citoyens les plus défavorisés, qui pourraient voir leurs besoins de base non satisfaits».

La situation économique est dévastatrice. Les files d'attente devant les banques alimentaires s’allongent depuis le début de la pandémie. Le chômage a augmenté de 7,9 pour cent en avril, atteignant 3,8 millions de travailleurs. La véritable situation, cependant, est cachée par les ERTE soutenus par les syndicats, qui permettent aux employeurs de cesser de payer des salaires aux travailleurs au chômage partiel, qui reçoivent à la place des allocations de chômage de l'État ce qui équivaut à une réduction de salaire de 30 pour cent. Le renflouement de facto par l'État des entreprises affecte actuellement 3,5 millions de travailleurs. Des centaines de milliers, sinon des millions, perdront probablement leur emploi lorsque les ERTE disparaîtront fin juin.

Combinant comme d'habitude les craintes traditionnelles de la bourgeoisie espagnole contre l'opposition de la classe ouvrière et le séparatisme régional, le document mentionne également «des actes à motivation politique ou séparatistes visant à troubler la paix», une référence aux séparatistes catalans et basques.

Terrifié par l'opposition massive de la classe ouvrière, le gouvernement PSOE-Podemos fait des préparatifs frénétiquement. Le document indique que la Garde civile augmentera «la surveillance des médias sociaux pour l'identification préventive d'éventuelles initiatives ou mouvements qui génèrent ou peuvent générer des conflits ou des troubles sociaux», tout cela au nom de la lutte contre les «épisodes de désinformation [fausses nouvelles]». Autrement dit, le gouvernement PSOE-Podemos procède à une censure de masse en ligne.

Cela confirme la déclaration faite lors d'une conférence de presse en avril, initialement démentie comme un lapsus, par le général de la Garde civile José Manuel Santiago, appelant «à prévenir le stress social créé par les canulars et à minimiser l'environnement [en ligne] qui s’oppose à la gestion de crise du gouvernement».

Cette surveillance vise à fournir au gouvernement PSOE-Podemos des données en temps réel sur «l'acceptation générale des mesures restrictives de chaque phase» du déconfinement et à «identifier les zones, quartiers ou groupes sociaux qui sont les plus susceptibles de violer ces réglementations».

Le document est un avertissement lancé à la classe ouvrière et aux jeunes. Comme dans les années 1930, la classe dirigeante capitaliste de chaque pays renforce fiévreusement son appareil militaire et policier en pleine pandémie, tout en attisant un nationalisme extrême en prévision d'une répression de masse interne et de guerre à l'étranger. Les mouvements fascisants, qui ne disposent toujours pas d'une véritable base de masse, dépendent du parrainage de sections des partis existants et de la promotion que leur font les médias.

La Garde civile, qui a massivement soutenu le coup d'État fasciste, mené en 1936 par Francisco Franco qui déclencha la guerre civile espagnole, a été la principale force de la bourgeoisie espagnole pour la répression de la classe ouvrière tout au long du 20e siècle. Le fait que le parti «populiste de gauche» Podemos soit prêt à l'envoyer contre la classe ouvrière souligne le fossé profond qui sépare ce parti de la classe moyenne aisée des travailleurs.

Sur le plan international, les partis «populistes de gauche» sont tous prêts à jouer un rôle réactionnaire similaire. Mélenchon offre ses services à la classe dirigeante française pour «garantir la cohésion sociale» et étouffer l'opposition des travailleurs, tout en acceptant un nombre de morts massif suite au déconfinement. En Allemagne, le Parti de gauche a conclu une alliance avec le gouvernement de droite de la Grande Coalition allemande contre les travailleurs, votant à l'unanimité en faveur du renflouement à plusieurs milliards d'euros des banques et des grandes entreprises par le gouvernement allemand. Ils sont tous terrifiés par la radicalisation croissante des travailleurs et des jeunes.

Cela souligne le cynisme et l'hypocrisie des professeurs et militants anti-marxistes «populistes» de Podemos, comme son secrétaire général, le vice-premier ministre Pablo Iglesias.

Pendant des décennies, la classe dirigeante les a vantés comme étant de «gauche», à mesure qu’ils ont nié la lutte des classes et opposé le «populisme» à la politique centrée sur les intérêts de la classe ouvrière. Cependant, ce déni était en soi une défense de leurs privilèges et positions de classe. Maintenant au pouvoir, ils reconnaissent clairement l'existence de la lutte des classes et sont résolus d'écraser cette menace posée à leur régime.

Depuis l'état d'urgence, le gouvernement PSOE-Podemos a envoyé la police espagnole pour réprimer les grèves et les manifestations des métallurgistes et des livreurs de Glovo et UberEats. Il y a quelques semaines à peine, la Cour constitutionnelle espagnole a interdit les manifestations du 1er mai, faisant valoir que la santé publique devait primer sur le droit de manifester. Avec un cynisme inégalé, cette décision est tombée à l’instant que le gouvernement levait prématurément les mesures de confinement, mettant des millions de personnes à risque de contracter le COVID-19.

Les manifestations de droite très médiatisées de quelques centaines de personnes dans le quartier aisé de Salamanque à Madrid n'ont pas eu droit à la même répression. Ils manifestent tous les jours depuis lundi dernier, sans l'autorisation de la police, comme l'exige la loi et en violation de l'état d’urgence. La police a non seulement refusé de les disperser ou de leur infliger une amende, mais elle s'est tenue à l'écart, leur permettant de continuer. Pendant ce temps, le quartier ouvrier de Vallecas dans la même ville a reçu quatre fois plus d'amendes pour violation des règles de confinement que la moyenne de Madrid.

La pandémie démasque l'ensemble de l'establishment politique. Tous préconisent la même politique, défendant les intérêts du capital financier au détriment de la vie des travailleurs. Le leader de droite du Parti populaire, Pablo Casado, a déclaré qu’«en cas de nouvelles éclosions, nous ne pouvons pas revenir à des mesures exceptionnelles, nous devons vivre avec le virus». De même, une association de grandes entreprises à Valladolid a déploré la décision de procéder à un déconfinement progressif pour sauver les personnes âgées qui sont, selon eux, un «groupe non productif du point de vue économique».

La maire de Barcelone soutenue par Podemos, Ada Colau, a déclaré: «Nous voulons le déconfinement le plus tôt possible, mais nous voulons bien le faire, nous ne voulons pas attendre longtemps.»

Il y a cinq ans, analysant le soutien de Podemos à la politique d'austérité de son allié grec, le gouvernement Syriza, le WSWS a averti: «En regardant la population depuis le palais de Moncloa séparé de plusieurs rangées de policiers antiémeutes, un premier ministre Iglesias serait aussi terrifié par les travailleurs comme Tsipras ou l'actuel premier ministre espagnol, Manuel Rajoy. » Il définissait Podemos «comme des gardiens de l'ordre. La conclusion qu'ils ont tirée de la dissolution stalinienne de l'URSS en 1991 et de la restauration du capitalisme en Europe de l'Est [...] est que le capitalisme est la seule option viable. Ils sont politiquement et idéologiquement conditionnés pour servir d'outils corrompus du capital financier».

Cet avertissement a été pleinement justifié.

(Article paru en anglais le 18 mai 2020)

 

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