Les États-Unis dans la dépression

Par Joseph Kishore – candidat du PES à la présidence des États-Unis
11 mai 2020

Vendredi, le ministère américain du Travail a publié un rapport sur le chômage d’avril révélant un niveau de chômage sans précédent historique. Le même jour, le marché boursier augmentait fortement, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles gagnant plus de 450 points, près de deux pour cent. Wall Street continue non seulement à se régaler de la mort alors que le nombre de victimes du coronavirus ne cesse d’augmenter, mais aussi à profiter de la misère sociale de masse engendrée par la pandémie.

Le rapport du ministère du Travail fait état de pertes d’emploi touchant 20,5 millions de personnes. Il s’agit non seulement du plus grand effondrement mensuel de l’histoire, cela dépasse encore de plus de dix fois le précédent record. Le taux de chômage officiel est passé de moins de 4 pour cent à 14,7 pour cent, ce qui est bien supérieur à tout ce qui a été vu depuis la Grande Dépression des années 1930.

Si mauvais soient ces chiffres, ils sous-estiment considérablement l’ampleur de la dislocation sociale. Le rapport d’avril est basé sur des estimations faites au milieu du mois et ne tient donc pas compte des millions de gens ayant perdu leur emploi dans les trois dernières semaines. Quelque 33,5 millions de personnes ont déposé des demandes de chômage depuis le début des confinements régionaux et nationaux il y a sept semaines.

En outre, selon ce rapport, 6,4 millions de travailleurs de plus ne font plus partie de la population active et ne sont pas comptés comme chômeurs, ce qui porte le taux d’activité à son niveau le plus bas depuis 1973. 11 millions de travailleurs ont déclaré travailler à temps partiel, ne pouvant trouver de travail à temps plein, soit une augmentation de 7 millions par rapport à avant la pandémie.

Si l’on tient compte de tous les facteurs, un tiers de la population active est sans emploi.

Le chômage de masse touche presque tous les secteurs de la classe ouvrière. La baisse d’emploi a été la plus extrême dans le secteur des loisirs et de l’hôtellerie, avec un moins de près de 50 pour cent, soit 7,7 millions de personnes. Il y eut 2,1 millions de pertes d’emploi dans les services commerciaux et professionnels, 2,1 millions dans le commerce de détail, 1,3 million dans l’industrie manufacturière et 1 million dans la construction.

Fait incroyable dans un contexte de pandémie croissante, on a supprimé 1,4 million d'emplois dans le secteur de la santé, et 650 000 emplois dans le secteur de l'assistance sociale au milieu d’une crise sociale énorme.

Le rapport note, en outre, que le chômage de masse a eu des répercussions sur les travailleurs de toutes races et de tout genre. Le taux de chômage des hommes adultes a grimpé à 13,0 pour cent, celui des femmes adultes à 15,5 pour cent et celui des adolescents à 31,9 pour cent. Ce taux était de 14,2 pour cent pour les blancs, 16,7 pour cent pour les noirs, 14,5 pour cent pour les Asiatiques et 18,9 pour cent pour les Hispaniques.

Si on classe comme «temporaires» un grand nombre des suppressions d’emplois, une part croissante est définitive, les entreprises commençant à procéder à des licenciements massifs. Deux millions d’emplois permanents ont effectivement été perdus en avril. Pris isolément, ce chiffre serait la plus forte augmentation du chômage dans l’histoire américaine de l’après-guerre.

Des dizaines de millions de travailleurs vivent au jour le jour et dépendent de leurs cartes de crédit et d’autres formes de dettes pour compenser la différence entre dépenses et revenus. La dette des ménages est montée de 1,1 pour cent au premier trimestre pour atteindre plus de quatorze mille milliards de dollars, un nouveau record. Ce chiffre ne tient pas compte de l’accumulation de dettes par des dizaines de millions de gens alors que la crise économique s’intensifiait en avril et mai.

Sans épargne et sans aide gouvernementale, les travailleurs se tournent en nombre record vers les banques alimentaires, qui sont à court de produits de base. Un rapport du projet Hamilton publié en début de semaine révèle que 41 pour cent des familles ayant des enfants de moins de 12 ans connaissent l’insécurité alimentaire, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas les moyens de se nourrir suffisamment.

La classe dirigeante n’a pas de politique pour faire face à la catastrophe sociale. Vendredi, le gouvernement Trump a déclaré que les emplois détruits allaient « revenir et reviendront bientôt» ajoutant «ne pas être pressé» d’adopter un projet de loi qui apporterait une certaine aide. Le principal conseiller économique du gouvernement, Larry Kudlow, a déclaré que les discussions sur de nouvelles mesures de «stimulation» connaissaient «une relâche en ce moment».

Quant aux Démocrates, tout en parlant du bout des lèvres d’aide supplémentaire, ils barguignent sur des mesures mineures dont ils savent que le Congrès ne les adoptera jamais. Les deux partis affichent un mélange d’indifférence, de perplexité et de réaction face à la plus grande crise économique depuis la Grande Dépression. Comparé à leurs propositions face à cette crise, les États-Unis de l’époque d’Herbert Hoover on l’air presque philanthropiques.

Cette paupérisation de masse est en fait une politique délibérée, soutenue par l’ensemble de l’establishment politique. Elle vise à créer des conditions où: 1. la classe dirigeante peut imposer le retour au travail alors que la pandémie continue de se propager partout aux États-Unis; 2. les travailleurs seront contraints d’accepter de fortes réductions de salaires et d’avantages sociaux, et une augmentation de l’exploitation pour payer les distributions massives d’argent aux super-riches.

Pour faire pression sur les travailleurs afin qu’ils risquent leur vie en retournant au travail, la majorité de la population est systématiquement privée de ressources. Six semaines après l’adoption de la loi CARES – la gigantesque dilapidation de fonds au profit des grandes sociétés adoptée à l’unanimité par les démocrates et les républicains – la majorité des Américains n’ont pas reçu leur chèque de «relance» de 1.200 dollars.

Des États font faillite et commencent à mettre en place des mesures d’austérité brutales. Un rapport de l’Institut de politique économique du début du mois révèle que le nombre de ceux qui sont au chômage est de 50 pour cent supérieur à ceux qui ont tout juste réussi à déposer une demande d’ allocation ; cela, du aux systèmes de demande surchargés et aux conditions rebutantes. Des millions de personnes ayant demandé une allocation n’ont rien reçu.

Les quelque 11 millions d’immigrants sans papiers des États-Unis sont exclus de toute prestation. Des millions de travailleurs de l’économie «à la pige», bien que censés pouvoir prétendre à l’aide gouvernementale, se heurtent pour l’obtenir à des obstacles insurmontables. Dans l’État de l’Illinois, par exemple, ces travailleurs ne pourront faire des demandes qu’à partir du 11 mai, et ensuite n’auront aucune possibilité d’obtenir de l’aide pendant plusieurs semaines.

Dans le même temps, la classe dirigeante a utilisé la pandémie pour organiser un transfert de billions de dollars vers les marchés financiers par l’intermédiaire de la Réserve fédérale. Le total des actifs inscrits au bilan de la banque centrale américaine est passé cette semaine à plus de 6,7 mille milliards de dollars, contre moins de quatre mille milliards de dollars avant le déclenchement de la pandémie. Chaque jour, la Réserve fédérale dépense 80 milliards de dollars pour acheter des actifs aux banques et aux sociétés pour alimenter la hausse du marché.

L’enrichissement de l’oligarchie par la hausse de la valeur des actions a pour condition un appauvrissement massif de la classe ouvrière et une intensification de son exploitation. L’élite financière et industrielle sauve ses profits et sa richesse aux dépens de la société.

Deux agendas s’opposent. L’un est la défense de l’oligarchie financière et signifie à la fois une expansion de la pandémie, avec toutes ses horrifiantes conséquences et une nouvelle paupérisation de la population. L’autre agenda est celui de la classe ouvrière, qui veut combattre la pandémie, sauver des vies et défendre les intérêts de la grande majorité de la population.

La lutte contre la pandémie n’est pas qu’une question médicale. C’est une lutte politique pour mobiliser la classe ouvrière contre le gouvernement Trump, l’ensemble de l’establishment politique et le système capitaliste qu’ils défendent.

C’est sur cette base politique que le Parti de l’égalité socialiste (PES/SEP Socialist Equality Party) conduit son travail et sa campagne électorale. Nous appelons tous ceux qui sont d’accord avec cette perspective à rejoindre le PES/SEP dès aujourd’hui et à le construire.

(Article paru d’abord en anglais 9 mai 2020)

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