Les licenciements et les faillites d’entreprises se multiplient alors que les travailleurs américains sont confrontés à des difficultés croissantes

Par Shannon Jones
6 mai 2020

Le détaillant américain de vêtements J. Crew a déclaré faillite et le sidérurgiste US Steel et le constructeur de réacteurs d’avion, GE Aviation, ont annoncé d’importantes suppressions d’emplois alors que la catastrophe économique qui frappe les travailleurs américains s’amplifie en raison de la pandémie de coronavirus. Parallèlement à l’effondrement général de la vente au détail en magasin, l’industrie manufacturière ainsi que les soins de santé et les services publics subissent des réductions importantes.

Malgré la campagne d’abandon des normes de distanciation sociale et de relance de larges pans de l’économie américaine de l’administration Trump, le nombre de décès dus au COVID-19 se maintient à plus de 2.000 par jour. Selon le dernier décompte, le nombre cumulé de décès aux États-Unis s’élève à près de 70.000, avec plus de 1,2 million d’infections confirmées.

Un rapport des Centres pour le contrôle des maladies (CDC) publié lundi dans le New York Times a contredit les rapports officiels de la Maison-Blanche qui suggèrent que le virus est en déclin. Il prévoyait que le taux de mortalité quotidien aux États-Unis atteindrait 3.000 d’ici le 1er juin avec 200.000 nouveaux cas par jour, alors que le virus se propage dans des zones moins urbanisées qui n’étaient auparavant que faiblement touchées. Bien que l’administration Trump se soit dissociée du rapport, les chiffres du rapport étaient basés sur une modélisation faite par l’Agence fédérale américaine de gestion des urgences (FEMA).

La crise sanitaire s’aggrave par l’effondrement continu de l’économie américaine: 30 millions de personnes ont déposé une demande d’assurance chômage et des millions d’autres n’ont pas droit aux allocations de chômage ou ne peuvent pas déposer de demande en raison de la surcharge des bureaux et des systèmes informatiques des États. Ces chiffres ne tiennent pas compte des millions de petites entreprises qui risquent la ruine en raison de la pénurie de clients.

En plus des millions de personnes touchées par les fermetures temporaires d’entreprises, les grandes entreprises annoncent des suppressions d’emplois permanentes en prévision d’une récession prolongée.

Le 4 mai, la chaîne américaine de vêtements J. Crew a déclaré faillite (appelée «Chapitre 11» aux États-Unis), première victime nationale de la pandémie dans le secteur du commerce de détail. Elle a accepté de remettre le contrôle effectif de l’entreprise à ses créanciers en échange de l’annulation de 1,7 milliard de dollars de dettes. Elle a déclaré qu’elle ne prévoyait pas pour l’instant de fermer des magasins, mais son avenir, comme celui de nombreux commerces de détail, reste très incertain.

D’autres grands détaillants pourraient suivre. Neiman Marcus et J. C. Penney auraient du mal à réunir des fonds et envisagent probablement de suivre l’exemple de J. Crew.

Pendant ce temps, U.S. Steel a déclaré dans une déposition vendredi qu’elle se prépare à licencier jusqu’à 6.500 employés. Toutefois, elle s’attend à ce que le nombre réel de personnes touchées soit d’environ 2.700 sur les 27.500 qu’elle emploie actuellement. Avant même que la pandémie de coronavirus ne frappe, l’entreprise faisait face à un ralentissement de la demande alors que les ventes d’automobiles stagnaient.

L’entreprise a maintenant mis hors service sept de ses dix hauts fourneaux aux États-Unis. Parmi ceux-ci, trois se trouvent sur le site de Gary Works dans l’Indiana; un à Granite City dans l’Illinois; deux à Great Lakes Steel dans le Michigan; et un à Mon Valley Works au sud de Pittsburgh.

Lundi, General Electric a déclaré qu’elle prévoyait de réduire de 25 pour cent la main-d’œuvre mondiale de sa division aéronautique, ce qui pourrait avoir un impact sur 13.000 emplois. Ces réductions interviennent dans un contexte d’effondrement du trafic aérien et de baisse probable des commandes de nouveaux avions par les compagnies aériennes en difficulté. Ces réductions impliqueront des licenciements volontaires et involontaires.

GE a déclaré que les réductions étaient permanentes, car elle s’attendait à une dépression prolongée du transport aérien. Dans une lettre aux employés, David Joyce, PDG de GE Aviation, a déclaré: «Pour protéger notre entreprise, nous avons réagi par des mesures de réduction des coûts difficiles au cours des deux derniers mois. Malheureusement, nous devons en faire plus pour adapter notre activité aux réalités de notre marché commercial».

La spirale de la crise économique oblige les gouvernements nationaux et locaux à se préparer à des réductions massives alors que les recettes fiscales s’amenuisent. Selon une estimation de la «Ligue nationale des villes», entre trois cents mille et un million de travailleurs du secteur public pourraient se trouver mis à pied ou licenciés. Ceci aurait des répercussions sur des domaines tels que l’éducation, les systèmes sanitaires, la sécurité publique et la santé. La ville de Detroit a déjà réduit les heures de travail et mis à pied 3.000 travailleurs. La ville de Los Angeles a présenté un budget 2020-21 qui prévoit le licenciement temporaire de 15.000 employés.

Soulignant l’irrationalité de la médecine à but lucratif, les prestataires de soins de santé à travers les États-Unis ont procédé à des licenciements massifs, des mises à pied ou des réductions de salaire. Les hôpitaux ont vu leurs revenus se tarir avec l’annulation de procédures non essentielles. En même temps ils doivent faire face à des coûts élevés pour le traitement des patients atteints du COVID-19, y compris le coût gonflé de fournitures telles que les masques. Certains hôpitaux craignent que des vendeurs achètent les fournitures disponibles pour les vendre à des prix plus élevés.

La pandémie a entrainé une vague de faillites, assommant les entreprises qui étaient déjà en difficulté. Parmi les victimes récentes, on peut citer:

• Art Van Furniture, une chaîne de magasins de détail basée à Warren, dans le Michigan, a déposé son bilan le 8 mars et a fermé ses 176 magasins, entrainant la perte d’environ 3.700 emplois.

• Cinémas CMX, une chaîne de cinémas basée à Miami, en Floride, qui gère également des restaurants et des bars, a déposé son bilan le 25 avril. Ses 41 cinémas situés dans 12 États ont tous été fermés pendant la pandémie.

• La chute des prix du pétrole et de la demande a forcé Diamond Offshore Drilling à déposer son bilan le 27 avril. L’entreprise basée à Houston, au Texas, emploie 2.500 personnes et a réalisé un chiffre d’affaires de 981 millions de dollars l’année dernière.

• Une autre compagnie pétrolière touchée par la surabondance de pétrole, le producteur de l’huile de schiste Whiting Petroleum, basé à Denver, a déposé son bilan le 1er avril, tout en déclarant qu’il continuerait à exploiter son entreprise. Un analyste a prédit que ce n’était que «le premier domino à tomber» dans le secteur de l’énergie américain, dans le contexte de l’effondrement des prix du pétrole. Le secteur américain de l’huile de schiste a les coûts de production les plus élevés au monde et a besoin d’un prix mondial de 50 à 55 dollars le baril pour avoir un bilan positif.

• Frontier Communications FTR, l’une des plus grandes sociétés de télécommunications américaines a déposé son bilan le 14 avril. FTR est confrontée à une dette de 10 milliards de dollars. La société de capital-investissement BlackRock est le principal actionnaire de la société, avec un investissement de 9 pour cent de la société. Vanguard Group et Charles Schwab en détiennent chacun environ 6 pour cent. Frontier est le quatrième plus grand fournisseur de télécommunications, mais a accumulé les dettes suite à son acquisition des services filaires de Verizon dans plusieurs États, dont le Texas, la Californie et la Floride.

• Modell’s Sporting Goods, basé à New York, a déposé son bilan le 11 mars et a déclaré qu’il fermerait les 153 magasins du nord-est. L’entreprise était en activité depuis 1889.

• Le fabricant de pièces automobiles Spectra Premium a déposé son bilan au Canada le 10 mars et simultanément aux États-Unis. L’entreprise a déclaré que ses activités avaient été touchées par les droits de douane américains imposés à la Chine.

• SpeedCast International, une société d’Internet par satellite qui fournit un service Internet au secteur des croisières lorsque les navires sont en mer, a déposé son bilan le 23 avril. La société dessert 80 pour cent des sociétés de croisières dans le monde.

• La chaîne nationale de fitness Golds Gym a déposé son bilan lundi. Elle fermera 30 salles de conditionnement physique, mais poursuivra ses activités sur ses 700 autres sites, dont environ 63 qui lui appartiennent.

Une analyse de Gusto, une plateforme de soutien aux petites entreprises, a révélé que les jeunes et les travailleurs à bas salaires sont les plus touchés par l’effondrement économique. Ceux qui gagnent moins de 20 dollars de l’heure ont 115 pour cent plus de chances d’être licenciés que ceux qui gagnent 30 dollars de l’heure ou plus. En outre, les personnes de moins de 25 ans ont connu un taux de perte d’emploi de 93 pour cent supérieur à celui des personnes de 35 ans et plus.

Selon ces données, «la grande majorité des travailleurs de la restauration, de l’hébergement, des salons et des spas sont payés à l’heure» et plus de 75 pour cent gagnent moins de 15 dollars de l’heure. Ce sont les industries les plus durement touchées par les mesures de confinement.

Les prétendues mesures de relance du gouvernement américain, loin de répondre à la crise, visent à remplir les poches des super-riches et non à soulager la détresse sociale. Des dizaines de millions de personnes n’ont même pas reçu les maigres chèques uniques de 1.200 dollars de «relance». Des millions d’autres attendent toujours de recevoir des allocations de chômage, en supposant qu’elles puissent parvenir jusqu’aux bureaux d’État débordés.

Ce n’est pas seulement le résultat d’une incompétence bureaucratique, mais fait partie d’une politique. La classe dirigeante utilise la détresse économique croissante comme une arme pour forcer les travailleurs à retourner dans les usines afin d’engranger des profits pour les entreprises, alors même que la pandémie se poursuit et que le nombre de morts augmente.

À la politique antisociale, en fait meurtrière, de l’élite patronale, les travailleurs doivent opposer leur propre stratégie basée sur la lutte pour unifier les travailleurs au niveau mondial dans la lutte pour le socialisme. Les ressources pour lutter contre la pandémie doivent être mobilisées en saisissant les vastes fortunes des milliardaires. Elles permettront de fournir un soutien économique aux travailleurs et aux petites entreprises et de mettre en œuvre des tests de masse et d’autres mesures nécessaires pour endiguer la pandémie.

(Article paru en anglais le 5 mai 2020)

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