COVID-19: les syndicats complices de la reprise du travail voulue par Macron

Par Anthony Torres et Alexandre Lantier
6 mai 2020

L’entrevue accordée à France Inter le 1er mai par le chef de la CGT, Philippe Martinez confirme que l’appareil syndical français ne fera rien pour mobiliser les travailleurs contre l’irresponsable reprise du travail organisée à travers l’Europe, avec comme date limite en France le 11 mai.

On découvre encore des dizaines de milliers de nouveaux cas du COVID-19 chaque jour en Europe, dont plusieurs centaines ou milliers de nouveaux cas chaque jour en France. L’Union européenne abreuve entre-temps les banques de milliers de milliards d’euros, alors que des centaines de milliers de travailleurs sont licenciés et des dizaines de millions au chômage technique. Et les appareils syndicaux persistent et signent dans une politique d’inaction doublée de négociations intensives en aparté avec Macron.

Déjà, interviewé en avril par Sud Radio, Martinez avait nié toute intention de s’opposer à une reprise du travail qui entraînerait une seconde vague du COVID-19 et des centaines de milliers de morts en Europe: «Non, non, je crois que je vous ai bien expliqué; nous appelons à travailler tant que les conditions de protection sont réunies.» Alors que ces conditions de protection ne sont pas réunies, Martinez a indiqué de nouveau sur France Inter qu’il n’organiserait pas d’opposition à l’offensive capitaliste pour imposer un retour au travail qui met en péril des millions de vies.

Sommé sur France Inter de dire si la CGT lançait un appel national aux travailleurs non-essentiels pour exercer leur droit de retrait afin de rester chez eux et échapper à une seconde vague du COVID-19, Martinez a répondu: «Si la santé des enseignants et du personnel, de l’ensemble du personnel de l’éducation nationale n’est pas assuré, celle des enfants, et bien, il ne faut pas, on ne peut pas, aller travailler. Vous et d’ailleurs, là aussi, les maires refusent de rouvrir les écoles, c’est bien qu’il y a quelque chose qui n’est pas tout à fait pour la reprise des cours.»

En clair, la CGT accorde avec magnanimité aux travailleurs individuels isolés le droite de prendre une décision, sachant que la bourgeoisie ne paie peu ou rien aux travailleurs, aux indépendants et aux petites entreprises, comptant sur la faim ou l’endettement pour les forcer à reprendre le travail. Et tout en croisant les bras face aux travailleurs, les appareils syndicaux négocient et coordonnent étroitement avec le gouvernement Macron et le patronat la reprise du travail.

Comme pour le souligner, les reporters de France Inter lui ont demandé si «le syndicalisme du monde d’après sera dans le dialogue, la cogestion plutôt que dans l’opposition» au gouvernement. Martinez a d’abord esquivé en disant que «je pense qu’il faut poser le problème autrement», car en effet la CGT participe déjà à toutes les réunions de cogestion avec les autres appareils syndicaux, le patronat et le gouvernement.

Puis Martinez a confirmé qu’il aspire à organiser la cogestion, espérant que «le Président de la République se rende compte du rôle essentiel des syndicats, et je pense à tous les militants et toutes les militantes». Il a évoqué ensuite les manifestations qui se déroulent depuis des années dans les hôpitaux. De manière totalement irréaliste, il a demandé un engagement de Macron «contre les fermetures de lits, contre les fermetures d’hôpitaux, pour plus d’emploi dans les hôpitaux, une meilleure reconnaissance des qualifications.»

La pandémie démontre la faillite de tous les organisations qui s’en remettent aux syndicats pour organiser les luttes ouvrières. Financés en France par l’État et le patronat, que ce soit «légalement» dans le cadre de la cogestion ou illégalement par le versement de pots-de-vin, ils ont négocié la casse du Code du Travail avec Hollande, la privatisation de la SNCF et la casse par Macron du système de retraites par répartition. A présent, à travers l’Europe et l’Amérique, les syndicats planifient une reprise du travail qui pourrait faire des centaines de milliers ou des millions de morts.

Il s’agit à présent de préparer une rébellion ouvrière internationale contre les appareils syndicaux et contre les tentatives des banques d’imposer un retour au travail prématuré et mortifère. Déjà, la politique de confinement n’a été imposée aux gouvernements en Europe que par la mobilisation de la classe ouvrière européenne, notamment dans le premier foyer européen de la maladie, l’Italie, qui a vu une vague de grèves sauvages dans l’industrie en mars.

Mais la lutte contre un déconfinement prématuré, y compris l’exercice en masse par les travailleurs de leur droit de retrait, ne peut s’organiser sous le contrôle des appareils syndicaux. Il faut aux travailleurs leurs propres organisations de base, des comités d’action organisés indépendamment des syndicats, pour permettre aux travailleurs de s’organiser et de vérifier eux-mêmes, en dehors des pressions patronales, si les conditions d’une reprise du travail sont réunies.

Depuis le confinement, les syndicats négocient étroitement avec le patronat contre les intérêts tant économiques que sanitaires des travailleurs.

La CGT et le Medef avaient signé une brève annonce qui déclarait, «Les confédérations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) et les organisations patronales (MEDEF, CPME, U2P) attachées à leurs libertés de comportement se sont rencontrées le 19 mars.» Relevant «le rôle essentiel du dialogue social et de la négociation collective», ces organisations ont ajouté qu’ «Elles ont convenu de rester en contact autant que besoin.»

Depuis lors, les syndicats dont la CGT rencontrent le premier ministre Édouard Philippe tous les deux jours par visioconférence. «Le dialogue social continue plus que jamais» a confié au Monde Maud Stéphan, dirigeante d’une association qui réunit syndicalistes et directeurs des relations sociales. Le journal a cité les commentaires satisfaits des patrons: «Tout le monde joue le jeu, le dialogue social se poursuit quasi comme avant» (Jérôme Fréri à Bouygues Télécom), «Rien n’a changé si ce n’est une intensification du dialogue social» (Pierre Groisy à Thales, qui a salué le vote unanime de la CFE-CGC, la CFDT, la CFTC et la CGT pour l’accord).

Les travailleurs par contre le paient par des attaques sociales et à présent même contre leur santé voire leur survie. Alors que le chef du Medef Geoffroy Roux de Bézieux exige la fin des congés payés et du paiement des heures supplémentaires, les travailleurs de Renault et de PSA ont vu la suppression de congés et de RTT et le passage de la semaine à 6 jours pour maintenir un salaire à 100 pour cent. L’accord est signé par les syndicats.

Les travailleurs ne peuvent accorder aucune confiance à de pareilles instances, achetées par l’État et la bourgeoisie et qui se réunissent avec le gouvernement Macron derrière leur dos.

Le mouvement des «gilets jaunes et l’éruption de grèves sauvages en Italie et aux USA ont montré qu’il est possible d’organiser un mouvement puissant en dehors du cadre étouffant des syndicats. A travers mille avenues, y compris les réseaux sociaux, les travailleurs peuvent s’organiser en comités d’action indépendants. De tels comités pourront mener une lutte politique contre le déconfinement, et pour faire passer le pouvoir des mains de Macron, de l’Union européenne et des banques à celles de la classe ouvrière en France et internationalement.

 

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