La Chine, bouc émissaire des échecs de l'Administration américaine

Le «grand mensonge» de Trump et Pompeo

Par Andre Damon
5 mai 2020

Dans sa version modernisée du «grand mensonge», l’Administration Trump affirme que la pandémie de COVID-19 est le produit d’actes délibérés du gouvernement chinois.

Dimanche, dans un assemblée publique retransmise par Fox News, Donald Trump a accusé la Chine de prendre des mesures destinées spécifiquement à infecter des millions d’Européens et d’Américains.

Il a répété la fausse assertion que le coronavirus provenait d’un laboratoire de recherche de Wuhan, ce que la Chine avait selon lui essayé de dissimuler. «Ils n’ont pas empêché les gens d’aller aux États-Unis et dans le monde entier… Ils ont dit, eh, regardez, cela va avoir un impact énorme sur la Chine, et autant laisser le reste du monde » l’attraper aussi, a déclaré Trump.

Secretary of State Mike Pompeo and President Donald Trump at Osan Air Base, Korea in 2019. (Image Credit: Official White House Photo by Shealah Craighead)

«Ils ont permis que cela se produise dans notre pays, ils ont permis que cela se produise dans d’autres pays», a -t-il ajouté.

De hauts responsables de l’Administration avaient fait ce genre d’affirmation à plusieurs reprises ces derniers jours. Dimanche matin, le secrétaire d’État Mike Pompeo a déclaré qu’il existait «une montagne de preuves» que le virus provenait d’un laboratoire de Wuhan, ajoutant: «Souvenez-vous, la Chine a tout un passé de contamination du monde».

Dans une autre interview dimanche, Peter Navarro, conseiller à la Maison Blanche, a déclaré que la Chine avait «ensemencé le monde avec ce qui est devenu la pandémie», ajoutant «j’ai écrit un livre en 2006 intitulé « Les guerres de Chine à venir ». À la page 150, j’ai prédit que le Parti communiste chinois créerait une pandémie virale qui tuerait des millions de personnes dans le monde. Maintenant, ce que la Chine a infligé au monde dépasse mon pire cauchemar».

Ce sont là des mensonges éhontés et sans fondement. Ni Trump, ni Pompeo, ni Navarro, ni personne d’autre, n’a fourni la moindre preuve pour étayer ces assertions.

La méthode rappelle celle de l’Allemagne nazie, qui s’est effondrée il y a 75 ans ce mois-ci. Hitler, qui s’est suicidé le 30 avril 1945 parmi les décombres du Troisième Reich, l’a utilisée pour justifier l’invasion de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et d’autres crimes.

Le but de ce «grand mensonge» est d’intimider par son énorme effronterie. Selon Wikipedia: «c’est une technique de propagande et de la fausse logique. L’expression a été inventée par Adolf Hitler, lorsqu’il a dicté son livre Mein Kampf en 1925, pour désigner l’utilisation d’un mensonge si “colossal” que personne ne croirait que quiconque “puisse avoir l’impudence de déformer la vérité de manière aussi immonde”».

Cette méthode est utilisée par Trump au moment même où le gouvernement américain abandonne tout effort systématique pour ralentir la propagation de la pandémie, permettant ainsi la contamination de larges pans de la population.

Son administration cherche à se fabriquer une sortie de secours. Quoi qu’il arrive, ce sera la faute à la Chine. La Maison Blanche sait que son programme entraînera une montée rapide et considérable du nombre des décès et elle espère que, quand sera venu le moment d’acquitter la facture de sa désastreuse politique, elle pourra dévier les tensions sociales vers l’extérieur, contre la Chine.

Ces allégations ont une logique bien définie. Si le gouvernement chinois a délibérément permis et encouragé le coronavirus à infecter les États-Unis et l’Europe, il s’agit d’un acte de guerre biologique allant bien au-delà des attaques terroristes du 11 septembre. Cela signifierait que la Chine a accompli un acte de guerre contre les États-Unis.

D’une irresponsabilité sans limites et pour justifier sa propre indifférence criminelle à l’égard de la vie de millions de gens, l’Administration Trump construit une situation capable de rendre inévitable une confrontation militaire avec la Chine.

Ses assertions sont sapées par les conclusions mêmes de ses propres services de renseignement. Le New York Times fait remarquer dans un article publié le 30 avril: «La plupart des agences de renseignement restent sceptiques quant à la possibilité de trouver des preuves concluantes d’un lien avec un laboratoire, et les scientifiques qui ont étudié la génétique du coronavirus disent que la probabilité écrasante est qu’il soit passé de l’animal à l’homme dans un cadre hors laboratoire, comme ce fut le cas avec le V.I.H., le virus Ebola et le SRAS».

Mais les mensonges de l’administration sont facilités par les médias et l’ensemble de l’establishment politique, qui ne les démasquent pas comme des fabrications mais les présentent au contraire comme des positions légitimes. Quelles que soient leurs divergences, la campagne anti-Chine sert des intérêts géostratégiques précis et des impératifs politiques intérieurs soutenus par l’ensemble de la classe dirigeante.

Dans son édition dominicale, le Washington Post, aligné sur le Parti démocrate, a condamné «les efforts de la Chine pour éviter de rendre des comptes sur la pandémie de coronavirus par le biais d’une campagne de propagande mondiale», et déclare: «La réponse à une telle belligérance ne peut être l’apaisement». Le mois dernier, le candidat démocrate à la présidence Joe Biden avait publié une publicité attaquant Trump pour «s’être dégonflé» devant le gouvernement chinois au sujet du coronavirus.

Toutes les variantes du discours contre la Chine – la théorie que la Chine aurait délibérément créé le virus comme une arme biologique, l’affirmation que le virus s’est échappé d’un laboratoire ou les allégations que la Chine aurait dissimulé au monde entier l’existence de la maladie – se trouvent contredites par les informations publiquement disponibles.

La Commission sanitaire municipale de Wuhan a rendu public l’existence d’une accumulation de cas de pneumonie le 31 décembre 2019. La Chine a identifié le virus causant le COVID-19 le 7 janvier et les scientifiques chinois ont averti que la maladie pouvait être transmissible entre humains.

Mais ce n’est que près de huit semaines après les premières déclarations publiques des responsables chinois de la santé que des tests systématique ont du tout commencé aux États-Unis. Le 4 mars, deux mois après les premiers avertissements des autorités chinoises, les États-Unis n’avaient effectué que 1.000 tests pour le COVID-19. La Chine, la Corée du Sud et d’autres pays asiatiques avaient effectué des millions de tests dès début février.

Alors même que le virus se répandait aux États-Unis, Trump, les médias et le Congrès ont systématiquement minimisé l’importance de la maladie. Le 28 février encore, Trump affirmait que le coronavirus allait « disparaître» comme « par miracle». Il a condamné ceux qui affirmaient que le COVID-19 se répandait rapidement dans tout le pays, déclarant que c’était là « leur dernier canular».

L’Administration Trump agissant en représentante de l’oligarchie financière n’a rien fait pour protéger la population de la pandémie. Après s’être servi de la crise pour orchestrer une massive distribution d’argent à Wall Street, la classe dirigeante a lancé une campagne agressive de retour au travail qui coûtera des dizaines, voire des centaines de milliers de vies.

Le «grand mensonge» visant la Chine est à la fois une excuse pour sa propre négligence criminelle et une tentative de couvrir la politique tout aussi criminelle qu’elle met en œuvre à présent.

(Article paru d’abord en anglais 4 mai 2020)

 

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