En pleine campagne de retour au travail et de relance de l’économie

Le gouvernement américain se prépare à ce que des centaines de milliers de personnes meurent du COVID-19

Par Patrick Martin
4 mai 2020

Le vendredi 1er mai a marqué une nouvelle étape dans le crime social perpétré contre la population américaine, alors que le président Trump laissait expirer les directives fédérales qui recommandaient le «confinement» pendant la pandémie de coronavirus. Des dizaines de gouvernements d’États, avec la bénédiction de Washington, ont levé les mesures d’isolement, permettant la réouverture de magasins, de restaurants et même de cinémas et ordonnant à des milliers de travailleurs de reprendre leur travail sous peine de voir leurs allocations de chômage supprimées.

L’administration justifie l’assouplissement des restrictions avec des affirmations selon lesquelles la pandémie de COVID-19 s’atténue et que les gens peuvent désormais commencer à travailler, faire des achats, manger au restaurant, voyager et aller à l’église comme naguère, sans risque excessif. Mais ce n’est pas vraiment ce à quoi l’administration Trump s’attend. Au contraire, des enquêtes de la presse ont révélé que le gouvernement fédéral prévoit une augmentation considérable du nombre de morts et se prépare en conséquence.

Un corps est étendu sur une civière à côté d’un vélo avant d’être préparé pour la crémation dans un funérarium à Manresa, dans la province de Barcelone, en Espagne, le 14 avril 2020 [Source: AP Photo/Felipe Dana]

NBC News rapporte que l’Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) a commandé le mois dernier «plus de 100.000 nouvelles housses mortuaires pour contenir les victimes de COVID-19». Le ministère de la Sécurité intérieure, dont la FEMA fait partie, a passé une commande de 5,1 millions de dollars auprès d’une société californienne.

Le reportage ajoute: «À peu près au même moment où elle a rédigé le contrat pour les housses mortuaires, la FEMA a lancé un appel d’offres pour la fourniture d’environ 200 remorques frigorifiques louées pour des emplacements dans tout le pays. L’appel d’offres spécifie une préférence pour les remorques de 53 pieds, qui, avec plus de 100 mètres cubes, sont les plus grandes de leur catégorie».

La FEMA n’est pas la seule agence à se préparer à la mort à une échelle qui éclipse ce qui s’est déjà passé au cours des deux derniers mois. Selon de multiples reportages et documents, l’Administration des vétérans (VA) a payé à un distributeur près de 300.000 dollars pour des housses mortuaires à livrer le 30 avril. C’était le dernier des huit contrats attribués à la même société pour un montant total de 12,1 millions de dollars. En supposant que l’AV ait payé un prix similaire à celui de la FEMA, 12,1 millions de dollars lui permettraient d’acheter près de 240.000 housses. Pour les neuf millions de patients vus par le VA au cours d’une année typique, cela suppose un taux de mortalité d’environ 2,7 pour cent.

Même ces chiffres stupéfiants pourraient s’avérer des sous-estimations grossières de la vague de décès qui s’annonce. Le Centre de recherche et de politique sur les maladies du Minnesota a affirmé jeudi que le COVID-19 se propagerait probablement en une série d’épidémies au cours de l’année prochaine, jusqu’à ce que 60 à 70 pour cent de la population soit infectée. Le nombre de décès se chiffrerait alors en millions.

NBC News a ajouté qu’un «haut responsable de la Maison-Blanche» avait confirmé dans un courriel que l’administration Trump «tient compte les dangers liés à l’assouplissement des restrictions sur le confinement». Lors d’une réunion tenue le 25 avril à laquelle participaient le directeur de la FEMA, Pete Gaynor; Brett Giroir, un amiral à la retraite qui est secrétaire adjoint à la santé et aux services sociaux pour la santé; le contre-amiral John Polowczyk, directeur adjoint de la logistique de l’état-major interarmées qui est le responsable de la chaîne d’approvisionnement pour le groupe de travail sur le coronavirus; et du personnel du Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche, la probabilité d’une augmentation considérable du nombre de décès a été discutée.

La prépondérance de militaires et de responsables de la sécurité est en soi une indication que le gouvernement fédéral considère la pandémie de coronavirus non pas principalement comme une crise sanitaire, mais comme une menace pour l’ordre public, où la police et l’armée pourraient être appelées à jouer le rôle principal dans la répression de l’opposition publique, au fur et à mesure que les conséquences mortelles de la campagne de «retour au travail» exigée par le patronat deviendront évidentes.

Sur les 50 États américains, 23 d’entre eux, qui une population combinée d’environ 115 millions de personnes, auront levé la plupart des restrictions sur le coronavirus d’ici lundi. Huit autres États, avec une population totale de 53 millions d’habitants, ont annoncé leur intention de suivre l’exemple d’ici la mi-mai.

Alors que 19 États, avec 161 millions de personnes, seront toujours sous une forme ou une autre de confinement, les ordonnances de maintien à domicile présentent de nombreuses failles qui peuvent être exploitées: Boeing a rappelé 27.000 travailleurs à leur travail dans la région de Seattle, dans l'État de Washington, malgré les restrictions imposées par l'État, et prévoit de rouvrir des usines automobiles dans le Michigan.

Quelle que soit la protection qui était offerte par les mesures de confinement, elle est érodée progressivement par les gouverneurs démocrates et républicains qui se plient aux exigences des grandes entreprises – avec l’appui de manifestations fascistes, comme au Capitole de l’État du Michigan, jeudi dernier – voulant que les usines et autres lieux de travail soient rouverts. La fin des restrictions dans 31 États accélérera la pénétration du virus dans les zones rurales, qui n’ont été que légèrement touchées jusqu’à présent, tout en fournissant une nouvelle source d’infection pour les parties du pays où l’on pensait que les pires conséquences de la pandémie étaient déjà passées.

Les déclarations du gouvernement fédéral et des États révèlent le caractère de classe de la volonté de «rouvrir l’économie» et de relancer le moteur du capitalisme: l’extraction de profits du travail des travailleurs.

Après avoir rapporté jeudi une nouvelle augmentation massive des demandes d’indemnisation de chômage – 3,84 millions, portant le total des six semaines à plus de 30 millions – le ministère américain du Travail a averti que lorsque les usines et les lieux de travail rouvriront, les travailleurs devront retourner au travail ou se voir retirer leurs allocations, peu importe les risques pour la santé.

«Sauf circonstances exceptionnelles», a déclaré l’agence, «une demande de retour au travail d’un employé en congé constitue très probablement une offre d’emploi convenable que l’employé doit accepter».

Les gouvernements des États ont été encore plus directs. La Commission de la main-d’œuvre du Texas a déclaré que pour qu’ils aient accès aux allocations de chômage, les travailleurs doivent être «disposés et capables de travailler tous les jours et toutes les heures nécessaires pour ce type de travail».

Le Texas a connu son pire jour de pandémie, avec 50 décès et 1.000 nouvelles infections le 30 avril, la veille de l’entrée en vigueur de l’ordre du gouverneur Greg Abbott de rouvrir l’État. Abbott a annulé les mesures de confinement plus larges mises en place par les autorités locales à Houston, San Antonio, Austin et Dallas, où se trouvent actuellement la plupart des cas de coronavirus au Texas.

Dans le Missouri, le gouverneur, Mike Parsons, a déclaré: «Lorsque nous rouvrirons l’État, si vous devez retourner au travail, si votre patron vous appelle et vous dit que vous devez retourner au travail, vous devez retourner au travail».

Le gouverneur de l’Iowa, Kim Reynolds, a déclaré: «Si vous êtes un employeur et que vous proposez à votre employé de le ramener au travail et qu’il décide de ne pas le faire, c’est un départ volontaire… Par conséquent, il n’aura pas droit à l’argent du chômage.» En même temps, à Sioux City, dans l’Iowa, qui ne comptait que 158 cas de coronavirus au 23 avril, le total s’est fait multiplier par six. En une semaine, il a atteint 851, en grande partie à cause de l’apparition de foyers du virus parmi les travailleurs des usines locales de conditionnement de la viande.

L’industrie du conditionnement de la viande fournit certaines des indications les plus horribles sur ce qui va se passer, car des millions de travailleurs actuellement licenciés sont contraints de retourner au travail sous la menace de perdre leurs indemnités de chômage et leur capacité à payer leur loyer et à nourrir leur famille.

Dans un abattoir de Tyson Foods à Wallula, Washington, le plus grand de cet État, 15 pour cent des travailleurs ont été testés positifs pour le coronavirus après la mort d’un d’entre eux. Dans une autre usine de Tyson à Logansport, dans l’Indiana, le virus a infecté 890 des 2.200 travailleurs.

Mais lundi, Trump a ordonné la réouverture des usines de conditionnement de viande qui avaient fermé. En même temps, il a suggéré que les employeurs avaient besoin de se faire protéger «de leur responsabilité juridique» contre les réclamations probables des travailleurs infectés sur le lieu de travail. Un chroniqueur a fait une remarque acerbe: «Si vous travaillez dans une usine de conditionnement de viande, sur ordre du président Trump, vous êtes maintenant officiellement considéré comme moins essentiel que le steak que vous coupez».

Par le biais de la campagne de retour au travail, l’élite dirigeante capitaliste vise à imposer à la classe ouvrière le fardeau de la pandémie de coronavirus – tant sur le plan économique qu’en termes de souffrance et de morts. Elle cherche à normaliser la mort, à faire accepter que l’infection et la mort en masse font simplement partie de la vie – du moins pour les travailleurs – d’où les efforts en cours pour minimiser ou dissimuler le nombre de morts. On tente de créer un mouvement populaire artificiel contre le confinement et d’établir une base juridique qui va permettre de refuser le chômage et d’autres prestations afin de forcer les travailleurs à retourner au travail.

Les démocrates et les républicains n’ont que des divergences tactiques sur les méthodes à employer, alors qu’ils sont d’accord sur l’objectif de base, car ce sont des partis capitalistes déterminés à défendre le système capitaliste. La classe ouvrière peut défendre ses droits sociaux, y compris le droit à la vie elle-même, d’une seule manière: elle doit rompre résolument avec toute la structure politique capitaliste et construire un mouvement politique de masse pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 2 mai 2020)

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