L'économie de la zone euro se contracte à un rythme record

Par Nick Beams
4 mai 2020

Les données publiées jeudi par Eurostat ont montré que l'économie de la zone euro s'était contractée de 3,8 pour cent au premier trimestre par rapport aux trois derniers mois de 2019, soit une baisse annualisée de 14,4 pour cent.

C’est la plus forte contraction jamais enregistrée et dépasse de loin la baisse annualisée de l'économie américaine de 4,8 pour cent au cours de la même période. Les baisses les plus fortes ont été enregistrées en France où des données distinctes montrent que le Produit intérieur brut (PIB) avait baissé de 5,8 pour cent au cours du 1er trimestre par rapport au précédent, et en Espagne, où il a diminué de 5,2 pour cent au cours de la même période.

L'Institut national de la statistique français a déclaré que la chute de l'économie française était due à une contraction «sans précédent» des dépenses de consommation des ménages de 6,1 pour cent et à une baisse de 11,8 pour cent des investissements.

Le PIB de l'Allemagne, la plus grande économie de la zone euro, devrait se contracter de 6,3 pour cent pour l'année, les ventes au détail ont chuté au rythme le plus rapide en plus d'une décennie malgré une augmentation des ventes en ligne et des achats de produits alimentaires.

L'agence allemande pour l'emploi signale que plus de 10 millions de travailleurs sont inscrits au chômage technique, une partie de leur salaire payée par le gouvernement, et un quart de la main-d'œuvre a été renvoyée chez elle ou est au chômage partiel.

Les chiffres du PIB de la zone euro pour le deuxième trimestre seront bien pires car les confinements sur tout le continent dus à la pandémie n'ont commencé à prendre effet que dans les premières semaines de mars.

Jessica Hinds, économiste pour l’Europe chez Capital Economics, a déclaré au Financial Times que la contraction du premier trimestre « fera pâle figure à côté de l'effondrement complet qu’on sera mené à constater au deuxième trimestre ».

Réuni jeudi alors que ces chiffres étaient publiés, le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a suivi le chemin de la Fed américaine. Il s'est engagé à injecter encore plus d'argent dans les marchés, mais fut néanmoins critiqué par les milieux financiers pour être resté en-dessous des mesures prises par son homologue américain.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré que l'économie de la zone euro pourrait se contracter jusqu'à 12 pour cent cette année et que les contours de toute reprise étaient très incertains.

« La zone euro est confrontée à une contraction économique d’une ampleur et d’une vitesse sans précédent en temps de paix », a-t-elle déclaré.

La BCE a laissé son taux d'intérêt inchangé, mais a indiqué qu'elle accorderait des prêts sur quatre ans aux banques à un taux d'intérêt de moins 1 pour cent - les payant effectivement pour emprunter de l'argent.

Les milieux financiers ont critiqué le fait que la BCE n'ait pas porté son Plan de rachat d’urgence (PEPP) de 750 milliards d’euros – par le biais duquel elle achète de la dette publique et des obligations de sociétés – à plus de mille milliard d’euros.

Indiquant que les marchés financiers en voulaient plus, Andrew Cunningham, économiste à Capital Economics à Londres, a déclaré que l'incapacité de la BCE à augmenter le PEPP « laissera les investisseurs avec des doutes persistants sur son engagement à souscrire des emprunts d'État pendant la crise du coronavirus ».

La BCE a jusque là utilisé 100 milliards d'euros de ce programme depuis son introduction à la mi-mars, ce qui indique qu'au rythme actuel, il s'achèvera en octobre. Mais le communiqué de la BCE déclare que le conseil des gouverneurs était « pleinement disposé à augmenter la taille du PEPP et à ajuster sa composition, autant que nécessaire et aussi longtemps que nécessaire ».

Dans ses remarques à la presse, Lagarde a souligné cet engagement. «Entendons toute la puissance de feu dont la BCE dispose, une puissance de feu de plus de 1.000 milliards d’euros », a-t-elle dit. La BCE recourrait à la «pleine flexibilité pour déployer cette puissance de feu» lorsqu'elle estimera qu'il y a un «risque particulier» de resserrement des conditions financières.

Lagarde a indiqué que le programme pourrait être prolongé au-delà de la fin de l'année et être utilisé pour acheter les obligations d'entreprises des soi-disant «anges déchus», c'est-à-dire des sociétés dont la dette était auparavant considérée être de première qualité mais ont vu leur note de crédit dégradée.

Elle a déclaré que les achats seraient effectués de «manière flexible» au fil du temps, comprenant toutes catégories d'actifs et juridictions.

Les propos de Lagarde visaient à apaiser enfin la tempête de controverses déclenchée lors de la précédente réunion de la BCE où elle avait déclaré que ce n’était pas à la banque centrale de fermer l'écart dans les rendements des obligations d'État. Cela a été vu comme un manque d'engagement à soutenir la dette publique italienne, sur laquelle les taux d'intérêt ont tendance à augmenter plus que ceux de l'Allemagne et des économies du Nord, du aux préoccupations sur la stabilité du système financier italien et le niveau de la dette publique.

A la question de savoir si la politique de la BCE était désormais de contrôler les écarts sur la dette publique, Lagarde a répondu: « Nous sommes totalement flexibles et nous examinerons toutes les options » pour garantir que la politique monétaire soit «correctement transmise à toutes les juridictions, de l'est à l'ouest et du nord au sud, à tous les secteurs de l'économie ».

La situation en Italie constitue un avertissement quant à ce qui est envisagé et à son impact sur la classe ouvrière europénne. Fin 2019, la dette publique italienne représentait plus de 130 pour cent du PIB et devrait continuer de croître en raison de la pandémie.

Mardi, l’agence de notation Fitch Ratings a abaissé la cote de crédit de l'Italie à un cran au-dessus du statut ‘pacotille’. Elle a averti que « les pressions à la baisse sur la notation pourraient reprendre si le gouvernement n’applique pas une stratégie de croissance économique et fiscale crédible renforçant la confiance que le rapport Dette publique/PIB aura à terme une trajectoire descendante ».

Étant donné la contraction massive de l'économie italienne et de toute la zone euro, la seule façon de réduire ce rapport est de réduire les dépenses publiques consacrées aux services sociaux essentiels. Autrement dit, la classe ouvrière, en Italie mais aussi dans toute l'Europe, sera obligée de payer l'argent fourni aux sociétés et au système financier.

Il ne s’agit pas là de prédiction, mais de précédent historique. Immédiatement après la crise financière de 2008, les gouvernements des principales économies se sont engagés à mettre en place des plans de relance pour «sauver» l'économie. Mais en juin 2010, une fois la crise financière immédiate surmontée, il y eut un changement décisif et un virage vers les programmes d'austérité. Cela a conduit à la réduction des dépenses publiques, notamment dans les systèmes de santé, créant les conditions désastreuses révélées par la pandémie.

Aujourd'hui, avec des mesures de sauvetage allant bien au-delà de celles de 2008-2009, le capital financier exigera, comme l'indique la déclaration de Fitch, que ces mesures soient mises en œuvre à bien plus grande échelle et avec plus de férocité.

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