Des millions de travailleurs américains n‘arrivent pas à faire une demande d‘ allocations chômage

Par Kevin Reed
30 avril 2020

Alors que le gouvernement américain a procédé rapidement à la remise de milliards de milliards de dollars aux banques et sociétés de Wall Street, des millions de travailleurs qui ont perdu leur emploi pendant la pandémie de COVID-19 n'ont pas été autorisés à s’inscrire pour obtenir des allocations de chômage.

Une enquête publiée mardi par l'Economic Policy Institute (EPI) montre que le chiffre largement rapporté de 26,5 millions de travailleurs ayant demandé une allocation chômage ces cinq dernières semaines sous-estime considérablement le nombre réel de ceux qui ont perdu leur emploi depuis le 15 mars.

L'enquête EPI révèle que pour 10 personnes ayant réussi à faire une demande d’allocations pendant la pandémie, il en existe trois ou quatre qui n’ont pas pu arriver jusqu’au dépôt de leur demande. Deux autres n'ont pas du tout essayé de postuler parce que le processus était si impossible.

L’étude EPI résume ainsi les résultats de l'enquête: «Lorsque nous extrapolons les résultats de notre enquête aux cinq semaines complètes d’allocations de chômage depuis le 15 mars, nous estimons que 8,9 à 13,9 millions de personnes supplémentaires auraient pu demander des allocations si la procédure avait été plus accessible. »

L’EPI déclare en outre: «Ces résultats impliquent que le nombre officiel de demandes d'allocations chômage sous-estime probablement considérablement l'ampleur des réductions du nombre d'emplois et la nécessité d'une aide économique pendant la crise du coronavirus.»

L'incapacité de millions de travailleurs à travers le pays à même faire la demande d’une allocation chômage contraste fortement avec les milliards de milliards de dollars transférés par le Trésor américain et la Réserve fédérale aux grandes sociétés, aux banques et aux super-riches.

À l'heure actuelle, le montant de «l'aide d'urgence» fournie aux sociétés et aux banques par le gouvernement américain – depuis que le président Trump a signé la première loi CARES de 2200 milliards de dollars le 27 mars – se situe entre 4200 et 6000 milliards de dollars.

Le refus de ressources aux chômeurs alors que des fonds illimités sont mis à la disposition de l'élite dirigeante montre que l'objectif officiellement déclaré de la loi CARES – voté à l'unanimité par les démocrates et les républicains – comme «une aide économique rapide et directe aux travailleurs, aux familles et aux petites entreprises américains» est une fraude totale.

Le programme d'allocations chômage inclus dans la loi CARES a été, dans une large mesure, un exercice complexe de tromperie délibérée. Quand le Congrès et la Maison Blanche ont présenté les 13 semaines supplémentaires d'assurance chômage au-delà des 26 semaines usuelles (plus un supplément hebdomadaire de 600 $ jusqu'au 31 juillet 2020), comme une aide sociale pendant la pandémie, ils savaient très bien que des millions de chômeurs ne pourraient pas en profiter.

Les démocrates et les républicains savaient que de nombreux travailleurs ne seraient pas en mesure de joindre les systèmes désuets des capitales des divers États. Que ceux-ci seraient complètement dépassés et pas préparés pour traiter le nombre des demandes. Ils comptaient sur le fait qu’ils seraient tellement débordés par les retards et la confusion que les travailleurs abandonneraient et finiraient par recevoir peu ou pas d’argent du tout du gouvernement.

Les banques, les sociétés et les particuliers les plus riches, en revanche, devaient obtenir sans délai de vastes sommes d'argent.

Comme exemple de la facilité avec laquelle l'argent du gouvernement afflue dans les comptes des plus grandes sociétés américaines, le Washington Post rapporte lundi que près de la moitié du «fonds de soutien à la masse salariale» alloué aux compagnies aériennes et aux sociétés de fret avait été déboursée. «À partir de cette semaine, 12,4 milliards de dollars sur les 29 milliards de dollars de subventions ont été versés à 93 opérateurs pour garder les travailleurs de première ligne au travail, ont déclaré des responsables du Trésor. Au total, les compagnies aériennes et les transporteurs de fret aérien sont éligibles à plus de 50 milliards de dollars de subventions et de prêts». Écrit le Post.

De plus, la Réserve fédérale commencera sous peu à acheter 500 milliards de dollars d'obligations émises par de grandes sociétés américaines. Bien que cet argent soit fourni officiellement comme une «bouée de sauvetage financière» remboursable, aucune disposition du programme de crédit de la Fed n'oblige les entreprises à maintenir leurs effectifs ou à ne pas utiliser ces fonds à compenser leurs dirigeants, au rachat d'actions ou aux dividendes des actionnaires.

L'enquête EPI, partant de 24,4 millions de personnes ayant demandé des allocations chômage entre le 15 mars et le 18 avril, montre que le nombre réel de chômeurs aux États-Unis se situe entre 33,3 et 38,3 millions de personnes. Cela signifie qu'entre un quart et un tiers des travailleurs qui ont perdu leur emploi pendant la pandémie (de 8,9 à 13,9 millions de travailleurs) ont été empêchés de demander une allocation.

EPI explique ainsi la méthodologie de son étude: «Pour évaluer dans quelle mesure le système d'assurance-chômage gère les nouveaux cas, nous avons utilisé Google Surveys pour demander à 25 000 personnes: ‘Avez-vous demandé des allocations de chômage au cours des 4 dernières semaines?’ »

EPI a demandé à ceux qui ont répondu à cette question lequel des six scénarios différents correspondait à leur expérience, par exemple: «J'ai fait ma demande avec succès», «J'ai essayé mais je ne suis pas arrivé à faire ma demande», «Je n'ai pas fait de demande parce que c'était trop difficile».

Si on ajoute au nombre de personnes officiellement sans emploi avant la pandémie – 7,1 millions – aux résultats de l'enquête EPI, cela placerait le taux de chômage aux États-Unis entre 24 et 27 pour cent, éclipsant les taux de chômage les plus élevés de la Grande dépression des années 1930.

En plus des travailleurs sans emploi empêchés de demander une aide gouvernementale, un certain nombre d'enquêtes ont montré qu'un nombre important de ceux qui ont fait leur demande avec succès n'ont reçu aucune allocation.

Une étude du Washington Post du 23 avril indique qu'il y a un arriéré de trois millions de demandes d’allocations non versées aux États-Unis, bien que «le véritable arriéré soit probablement bien plus important». Une étude de Pew Research montre que seulement 29 pour cent des 7,37 millions de personnes ayant demandé une allocation chômage en mars, soit 2,1 millions de personnes, l’ont effectivement reçue.

De nombreux États dans tout le pays continuent de signaler des «pépins» et des «retards» dans le traitement des demandes de chômage soumises avec succès. Parmi les États signalant des retards dans le traitement des demandes figurent:

• La Californie: un article du Los Angeles Times publié lundi déclare que pour les Californiens qui demandent une aide au chômage, « le mois dernier a été un désastre absolu pour un gouvernement d'État ayant une longue histoire de problèmes technologiques ». Sur les 3,2 millions de nouvelles demandes de chômage déposées au cours du dernier mois, 76 pour cent des demandeurs ont reçu des allocations. Cela signifie que 768 000 demandeurs n'ont pas encore touché d’argent.

• La Floride: cet État a publié un tableau de bord en ligne montrant un total de 1,9 million de demandes de «réinscription d’allocations» depuis le 15 mars. En raison de la confusion créée par l'État en demandant aux candidats ayant fait une demande avant le 5 avril de la faire une deuxième fois, il y a des demandes doubles dans ce total. La Floride rapporte ensuite 824 412 «demandes uniques confirmées soumises», dont seulement 392 051 (47,6 pour cent) ont reçu des allocations.

• L’Oregon: un grand pourcentage des 300 000 chômeurs de l'Oregon inscrits pour l'aide du gouvernement n'ont pas reçu de chèque et ne peuvent pas connaître l'état de leur demande. Les systèmes désuets de l'État ont été submergés par le volume des demandes et, selon un reportage publié dans l'Oregonian, des milliers de travailleurs ont reçu des informations erronées quant à leurs demandes. « Les lignes téléphoniques du service sont débordées, empêchant les appelants de le joindre», informe le journal.

Dans le dysfonctionnement, le chaos, l'incompétence et la mauvaise gestion bureaucratique des dispositifs de chômage des États-Unis, il y a une politique précise à l'œuvre. La classe dirigeante et ses deux partis refusent intentionnellement l'aide financière destinée à de larges sections de la classe ouvrière dévastées par l'impact économique de la pandémie, tout en offrant des fonds illimités de milliards de milliards de dollars à l'oligarchie financière et aux grandes entreprises.

Il existe une politique délibérée d'utilisation du chômage de masse et de la perspective de la misère, de l’errance et de la faim pour faire chanter une partie des travailleurs afin qu'ils reprennent le travail dans des conditions dangereuses. Cette politique vise en outre à imposer à tous les travailleurs une restructuration permanente des relations économiques et de classe telle que les emplois à plein temps, les salaires, les soins de santé, les retraites et les services sociaux comme l'éducation soient dévastés.

Il devient de plus en plus clair que l'effondrement financier de 2008 était un avant-goût de l'agression sociale et politique menée actuellement contre la classe ouvrière. En même temps, des millions de travailleurs du monde entier voient la vraie réalité du capitalisme – la subordination de tout, y compris la vie humaine, à l'impitoyable campagne de l'élite parasitaire pour augmenter sa richesse. Les conditions sont créées pour des bouleversements révolutionnaires. La conclusion à tirer est la nécessité d'une lutte internationale unifiée de la classe ouvrière pour mettre fin au système capitaliste et instaurer le socialisme.

(Article paru en anglais le 29 avril 2020)

 

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