Le préfet de Seine-Saint Denis se prépare aux émeutes de la faim

Par Anthony Torres
27 avril 2020

La pandémie mondiale du COVID-19 a mis à nu le gouffre de classe qui sépare les travailleurs de l’aristocratie financière, incapable d’assurer la sécurité sanitaire et alimentaire des masses. Alors que les États impérialistes injectent des milliers de milliards de dollars dans les marchés financiers, le Programme alimentaire mondial prévoyant le doublement de personnes pouvant mourir de faim à 265 millions personnes dans le monde. Des émeutes de la faim se développent en Afrique et en Amérique Latine, du Cap jusqu’à Caracas, mais pointent aussi les centres impérialistes.

Dans un mail adressé au préfet d’Île-de-France Michel Cadot, le préfet de Seine Saint Denis, Georges François Leclerc fait part de son inquiétude de voir se développer des émeutes de la faim dans ce département, le plus pauvre de métropole. Le journal satirique Le Canard Enchaîné révèle le contenu du mail de Leclerc: «Mon principal risque dans les quinze jours qui viennent est, si l’on excepte le risque sanitaire, le risque alimentaire...».

Toujours selon le préfet, si le «risque» guette le Val d’Oise, il est «maximal» dans son département car «nous comptons entre 15.000 à 20.000 personnes qui entre les bidonvilles, les hébergements d’urgence et les foyers de travailleurs migrants vont avoir du mal à se nourrir. L’économie souterraine, de rapine, d’‘uberéconomie’, et l’effondrement de l’intérim ont provoqué une baisse importante et brutale des revenus des précaires de Seine Saint Denis.»

Ceci fait suite à des heurts en région parisienne après qu’un policier de Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine au nord de Paris, ait ouvert la portière de sa voiture au moment du passage d'un motocycliste de 30 ans. Le jeune homme a subi une fracture à la jambe due à l'incident et reste à l'hôpital.

Depuis lors, on a signalé régulièrement des jets de projectile ou d’engins incendiaires en direction des forces de l’ordre, signalés dans les Hauts-de-Seine –Villeneuve-la-Garenne, Gennevilliers et Nanterre– ainsi que des voitures brûlées à Bagneux. Sur les 700 cités catégorisées comme «sensibles» par le renseignement territorial, 65 ont été touchés par les émeutes.

Le département de la Seine Saint Denis situé au nord de Paris est densément peuplé avec une concentration importante de travailleurs issus de l’immigration. Les travailleurs dans ce département vivent souvent d’emplois précaires, et le taux de chômage est le double de la moyenne nationale plus d’un sur trois des 15 à 24 ans est sans emploi.

En l’absence d’un traitement ou d’un vaccin, le seul moyen pour les travailleurs de se mettre à l’abri reste le confinement. Cependant les mesures annoncées par le gouvernement Macron de chômage partiel et de quelques centaines d’euros versés par la CAF pour les familles ne permettent pas de vivre confinés et contrastent avec les centaines de milliards d’euros donnés aux banques et aux grandes entreprises. La pandémie mondiale met à nu les inégalité sociale produit par le système capitaliste et la faillite du prétendu «modèle sociale français».

Alors que Macron a invité les entreprises privées à verser une prime de 1.000 euros défiscalisés aux travailleurs encore au travail, la plupart des travailleurs n’ont pas vu de prime. «Moi, la prime de 1.000 euros, je n’y ai pas droit!», Stéphane Lafeuille, un éboueur intérimaire, a dit aux médias en se plaignant du danger qu’il y a à faire la queue attendre les distributions de nourriture: «Avec mes collègues intérimaires, on vit dans la grande précarité. Si on remplit le frigo, on chope le corona.»

«L’angoisse est permanente. Si j’attrape le virus, je n’ai rien, aucun filet de sécurité», a-t-il ajouté.

Nombre d’enfants ne peuvent bénéficier d’un repas équilibré uniquement dans les établissements scolaires. Le conseil départemental de Seine Saint Denis a réquisitionné une cantine d’un collège de Clichy sous Bois pour préparer 1.500 repas alors qu’il faudrait en produire 3.000 en attendant qu’une deuxième cantine scolaire soit réquisitionnée.

Dans son mail le préfet Leclerc avertit que «ce qui était jouable sur un mois de confinement ne le sera pas sur deux ... quand nous ne pouvons distribuer les tickets, pour quinze jours, qu’à 9 500 personnes quand il faudrait en nourrir 15 000 à 20 000.» Les gens font la queue pendant des heures pour la soupe populaire, qui enregistre selon le préfet «des salariés.»

Les travailleurs et notamment en Seine Saint-Denis paient le plus lourd tribut face à cette pandémie: leur présence aux travail les expose au virus, alors que le manque d’infrastructures les empêche de respecter les mesures de distanciation sociale. Les dernières données gouvernementales disponibles, du 13 mars au 6 avril, révèlent que – après l'Est de la France où le coronavirus s’est d’abord concentré – la Seine-Saint-Denis a connu la plus forte augmentation de mortalité par rapport à l'année dernière de toute zone du pays: 101,8 pour cent.

Le département de Seine Saint Denis fournit la main-d’œuvre sacrifiée par la bourgeoisie pour maintenir la société en marche, la soigner et la nourrir. Les infirmiers, livreurs, agents territoriaux, et aides soignants de ce département ne peuvent pas faire du télétravail comme 57 pour cent des cadres, ou déserter les villes pour se réfugier à la campagne comme une partie des classes moyennes aisées et la bourgeoise.

Les travailleurs de Seine Saint Denis non seulement sont les plus exposés au COVID-19, sont en insécurité alimentaire mais aussi seront moins bien soignés puisque la Seine-Saint-Denis ne compte que 0,5 lit d'hôpital pour 10.000 habitants, soit environ un tiers du pourcentage de Paris proprement dit, qui lui-même a un dispositif de lits tout à fait insuffisant et qui a été rapidement submergé par la pandémie.

La maire de Bondy, Sylvine Thomassin, affirme n’avoir jamais signé autant de certificats de décès par jour. La surmortalité serait selon elle liée à la précarité: «On a beaucoup de logements sociaux, souvent trop petits, et donc des difficultés à ne pas se croiser dans la maison … Évidemment que la promiscuité en rajoute.»

Frédéric Adnet, chef du Samu dans le département, dit: «En Seine-Saint-Denis, il y a plus de morts car il y a plus de contaminés, tout simplement. ... Le virus circule beaucoup plus facilement qu'ailleurs. Le confinement est complexe dans les territoires défavorisés comme le nôtre, où il y beaucoup de familles nombreuses dans des petits logements, des foyers de travailleurs migrants, des bidonvilles. On sait que les maladies infectieuses touchent plus durement les plus précaires, car la transmission est plus facile, et qu'il sont plus difficiles à suivre.»

Il est intolérable que dans les villes où vivent les travailleurs «essentiels» qui ravitaillent et soignent le reste de la population, des milliers de personnes ont faim ou tombent malade et meurent sans des soins de qualité. Les milliards d’euros dépensés sur des plans de relances pour les banques et les grandes entreprises doivent être expropriés, afin que ces vastes ressources sociales puissent servir à soigner les masses opprimées de la classe ouvrière.

 

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