Le nombre de morts aux États-Unis dépasse les 40.000, Trump intensifie sa campagne irresponsable de retour au travail

Par Andre Damon
21 avril 2020

Dimanche, le bilan de la pandémie de COVID-19 a dépassé les 40.000 morts aux États-Unis ; la semaine écoulée a vu à elle seule près de 20.000 décès.

La pandémie a mis en évidence le total dysfonctionnement de la société américaine et son incapacité à fournir à ses citoyens les produits de première nécessité – soins médicaux, équipements de protection et même nourriture.

Le gouvernement n’a rien fait pour se préparer à la pandémie, Trump a minimisé la maladie, la qualifiant de «canular» et les médias l’ont ignorée pendant des mois. Alors que des milliers de travailleurs de la santé héroïques contraints de travailler dans des conditions dangereuses, tombaient malades et mouraient, les banques et les grandes sociétés recevaient les renflouements les plus importants de l’histoire de l’humanité.

Les images de fosses communes à New York, de corps entassés dans des remorques réfrigérées ou tassés dans des chambres à l’hôpital Sinai Grace de Detroit sont gravées à jamais dans la conscience des travailleurs de la santé qui en ont été témoins ou de la classe ouvrière en général.

Une employée sans masque désinfecte des caddies attendant d’être réutilisés par les clients qui attendent devant le 365 «Whole Foods Market» à Los Angeles, mardi 31 mars 2020. (AP Photo/Damian Dovarganes)

Dans tout le pays, des centaines de milliers de gens pleurent la perte de leurs amis ou leurs proches. Les licenciements se comptant par millions, d’innombrables ménages sont à quelques jours de la misère totale et se tournent vers des banques alimentaires débordées.

Malgré les dires de Trump qu’on avait contenu la pandémie, celle-ci s’étend à de nouvelles régions du pays. Chaque État fait état d’au moins un décès, alors que la maladie sévit dans les maisons de retraite et les prisons.

Au milieu de ce désastre, l’Administration Trump se concentre uniquement sur la réouverture des entreprises américaines, malgré l’absence des mesures nécessaires pour contenir la pandémie. Le souci primordial de l’Administration Trump est de s’assurer que la pandémie n’entrave pas l’enrichissement de Wall Street et des grandes sociétés.

La Maison Blanche a clairement montré qu’elle demandait la réouverture des entreprises dans des conditions où l’infrastructure nécessaire n’existe pas pour tester tous les cas suspects, mettre en quarantaine les personnes infectées et retrouver leurs contacts.

Et ce, malgré l’avertissement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des principaux épidémiologistes qui ont dit qu’il était totalement irresponsable de rouvrir les entreprises dans ces conditions et que cela ne ferait qu’attiser une résurgence de la pandémie.

La demande de Trump d’un retour au travail a été soutenue par une bonne partie des médias. Dimanche soir, le journal télévisé de NBC n’avait pas pour thème principal le nombre énorme des victimes mais les manifestations d’extrême droite, certaines de quelques dizaines de participants, exigeant la réouverture des entreprises. Les médias ont ignoré le rôle des groupes d’extrême droite dans l’organisation des manifestations, l’occupation des capitoles [sièges des gouvernements] des États avec des fusils d’assaut et le port de drapeaux sudistes et à croix gammées.

Les informations diffusées ont minimisé les nombreuses grèves, les licenciements et les protestations des travailleurs ayant eu lieu dans tout le pays et dans le monde contre un retour au travail dans des conditions dangereuses. Au contraire, elles ont présenté les minuscules protestations de la droite comme l’expression légitime de la volonté populaire.

La proposition de Trump de rouvrir les entreprises dans une grande partie des États-Unis d’ici le 1er mai, initialement présentée comme une chimère absurde, sert à présent de référence. Même la gouverneur du Michigan, Gretchen Whitmer, a annoncé que son État, confronté au taux de mortalité le plus élevé du pays, rouvrirait les entreprises d’ici début mai.

«La confrontation sur le confinement» était le thème du «talk-show» dominical d’ABC News. ABC présentait la perspective de réouverture des entreprises comme un conflit entre ceux qui, comme Trump, préconisent un «big bang» et ceux, comme le gouverneur de l’Utah Gary Herbert, qui disent que le processus devrait être «plus comme un cadran».

Trump et les médias dominants posent la question de la réouverture du pays comme un choix entre perte de vies humaines ou appauvrissement de masse. Mais c’est là une fausse dichotomie. Elle pose comme intangibles les prérogatives du système capitaliste où l’État accorde des ressources illimitées à l’élite financière et industrielle mais ne peut assurer la subsistance des travailleurs pendant une pandémie.

La demande d’un retour prématuré au travail s’est accompagnée d’efforts massifs des États-Unis pour faire de la Chine le bouc émissaire de la pandémie. Comme pour la demande de réouverture des entreprises, c’est Trump qui a donné le ton aux démocrates et aux médias. Il a a annoncé mardi dernier, dans une déclaration accusant à tort la Chine d’être responsable de la pandémie, que la Maison Blanche terminerait le financement américain de l’OMS.

Le lendemain, l’Associated Press publiait un article intitulé «La Chine n’a pas averti le public de la probabilité d’une pandémie pendant 6 jours clés». Le but de l’article était de renforcer les fausses allégations de Trump que la Chine était responsable de la pandémie. Cet article – qui se réfère à la semaine du 14 au 20 janvier – se trouve contredit par une analyse même superficielle des informations des médias américains à cette époque, qui montre clairement que la progression de la maladie fut rapportée largement et de façon précise dans la presse internationale, dès la première semaine de janvier.

Les Démocrates et les médias qui leurs sont associés cherchent à battre Trump à son propre jeu. Dans un article publié en première page dimanche, le New York Times décrit Trump comme trop désireux d’apaiser la Chine. «Désireux de poursuivre les négociations commerciales, inquiet d’ébranler davantage les marchés et désireux de protéger sa relation avec le président Xi Jinping à un moment où les États-Unis comptent sur les fabricants chinois pour leurs fournitures médicales vitales, M. Trump a brouillé les efforts des Républicains pour blâmer la Chine, à plusieurs reprises».

Le candidat Démocrate à la présidence Joe Biden a repris ce thème, accusant Trump, dans une nouvelle publicité de campagne, de laisser «l’Amérique vulnérable et exposée à cette pandémie» en mettant «plutôt sa confiance dans les dirigeants chinois».

Mardi dernier, le Washington Post publiait un article cherchant à légitimer, sans preuve, une théorie droitière du complot, promue agressivement depuis des mois par l’ancien directeur de campagne fasciste de Trump, Stephen Bannon, selon laquelle le COVID-19 a été créé dans un laboratoire chinois. Le Post a été récupérer ces assertions dans l’égout privé de Bannon et les a blanchies pour qu’elles soient utilisées dans les talk-shows du dimanche, où elles ont fait l’objet de beaucoup de discussions.

La lutte des classes ne s’arrête jamais et l’impérialisme ne relâche jamais ses visées prédatrices. Cela est particulièrement vrai en période de crise. Alors que les travailleurs font tous ces sacrifices, le gouvernement américain a accordé un renflouement de six mille milliards de dollars à Wall Street et aux grandes sociétés. En réaction à la crise, la politique d’assouplissement quantitatif et des taux d’intérêt ultra-bas, en vigueur durant plus d’une décennie avant la pandémie, a été intensifiée.

Si la classe dirigeante arrive à faire ce qu’elle veut, la société qui sortira de la crise sera caractérisée par une intensification de toutes les tendances qui prévalaient avant la pandémie: plus d’inégalités, plus d’exploitation, plus de pauvreté et plus de guerre.

Si l’affirmation des intérêts de la classe dominante dans la crise est plus immédiate et plus directe, celle de la classe ouvrière sera plus puissante. Partout dans le monde, de l’Italie à la Californie, les travailleurs refusent de travailler dans des conditions dangereuses et luttent pour s’opposer à un retour prématuré au travail. Les efforts des oligarques pour utiliser la crise afin d’accroître leurs richesses aux dépens de milliers et de milliers de vies provoqueront d’immenses troubles sociaux.

La pandémie a mis en évidence la faillite du système capitaliste. Dans leur lutte contre la campagne de retour au travail de l’Administration Trump, les travailleurs doivent entreprendre le combat pour la transformation socialiste de la société.

(Article paru d’abord en anglais 20 avril 2020)

 

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