Les États européens exigent la reprise du travail, alors que COVID-19 touche plus d’un million de personnes

Par Johannes Stern et Alex Lantier
18 avril 2020

Le nombre de cas confirmés de COVID-19 en Europe a bondi à plus d'un million jeudi, avec l’ajout de 40.612 cas pour atteindre 1.011.369, alors que les gouvernements du continent intensifiaient la pression sur les travailleurs en mettant fin aux mesures de confinement et en encourageant la reprise du travail.

Alors que les injonctions de confinement et fermeture d’écoles et usines en Europe ont circonscrit la propagation de COVID-19, la pandémie fait toujours rage. Après la baisse du nombre de nouveaux cas en Espagne de plusieurs jours de suite pour atteindre 3.961 le 14 avril, il a soudainement presque doublé pour atteindre 6.599 le lendemain. La reprise du travail en Espagne va accélérer la contagion.

La France a annoncé jeudi 753 décès de plus et un nombre record de nouveaux cas, ajoutant 17.164 cas au total de 165.027. C'est toutefois la Grande-Bretagne qui a enregistré le plus de décès, 861, avec 4.617 nouveaux cas ce qui apporte le total du Royaume-Uni à 103.093, le sixième pays à franchir la barre des 100.000 cas.

es policiers et des soldats contrôlent les passagers au départ de la gare principale de Milan, Italie, lundi 9 mars 2020. (Claudio Furlan / LaPresse via AP)

Cela souligne le caractère politiquement criminel des appels répétés des gouvernements européens à un retour au travail dans les jours et les semaines à venir. L'Espagne ayant déjà mis fin lundi aux injonctions de rester isolés pour les travailleurs de l'industrie ce lundi, les travailleurs italiens retournent progressivement au travail avec une date butoir fixée au 4 mai, et l'Allemagne et la France ont annoncé un retour au travail les 4 et 11 mai, respectivement.

Dans une audience devant le Sénat français, le président du Conseil scientifique français, Jean-François Delfraissy, a prédit qu'un retour à la normalité entraînerait rapidement une explosion de nouveaux cas quotidiens, allant de 2.000 à 4.000 pendant le verrouillage à 10.000 ou 15.000.

Cette semaine, un rapport des Instituts nationaux de la santé et de la recherche (INSERM) a mis en garde contre les dangers du retour au travail. «La levée du confinement sans stratégie de sortie entraînerait une deuxième vague écrasant largement le système de santé», indiquent les chercheurs dans leur rapport, ajoutant que: «Le nombre maximal de lits de soins intensifs requis est estimé à plus de 40 fois la capacité si aucune stratégie n’est mise en œuvre après le confinement». Alors que le président français Emmanuel Macron a appelé à la réouverture des écoles le mois prochain, les experts conseillent d’attendre jusqu'en septembre.

«On n'a pas encore une vision très claire de comment l'épidémie va se comporter dans les semaines qui viennent», a commenté le professeur Renaud Piarroux de l'hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris, qui a caractérisé l’appel de Macron à reprendre le travail le 11 mai «de forme de pari».

La Grande-Bretagne a annoncé une prolongation de trois semaines de son verrouillage mis en place le 23 mars alors que les personnels de santé publique continuent de contracter et de mourir du COVID-19. Dimanche dernier, une infirmière enceinte de 28 ans, Mary Agyeiwaa Anyapong, est décédée après un accouchement par césarienne. L'organisation Nursing Notes a également réfuté les allégations du gouvernement selon lesquelles 27 membres du personnel soignant du Royaume-Uni seraient décédés, alors que le vrai chiffre est de 56: «Nous pensons que la différence provient d'une omission du personnel non enregistré parmi les décès, des suppléants/intérimaires, des professionnels de la santé et des soins sociaux.»

En Allemagne, après une vidéo-conférence mercredi, la chancelière Angela Merkel et les premiers ministres des différents états allemands se sont mis d'accord sur un ensemble de mesures visant à réduire progressivement les restrictions qui sont en vigueur jusqu’à présent pour contenir la propagation de la pandémie.

Selon le document des délibérations du gouvernement allemand, les «décrets publiés jusqu'à présent», tels que les réglementations en matière de distanciation sociale et les restrictions de contact, seront «prolongés jusqu'au 3 mai», mais les écoles doivent être rouvertes progressivement à partir du 4 mai au plus tard. Au départ, la vie scolaire quotidienne doit reprendre dans les écoles primaires parmi les élèves en troisième cycle et les classes qui passeront les examens l'année prochaine. De plus, dans les universités, des examens doivent avoir lieu et des bibliothèques et des archives doivent être rouvertes.

Dans le secteur de la vente au détail en Allemagne, les magasins avec des surfaces de vente allant jusqu'à 800 mètres carrés pourront rouvrir dès la semaine prochaine, «ainsi que les concessionnaires automobiles, les concessionnaires de vélos, les librairies, quelle que soit la surface de vente». Parmi les prestataires de services «où la proximité physique est essentielle, les coiffeurs devraient se tenir prêts à reprendre le travail à partir du 4 mai».

L'objectif central du gouvernement allemand est toutefois de relancer l'économie et de reprendre la production, en particulier dans l'industrie automobile. Le document se plaint que dans de nombreux cas, «des problèmes de production et des arrêts de production se sont produits ces dernières semaines indépendamment des fermetures ordonnées parce que des composants essentiels manquaient.»

Le gouvernement fédéral et les gouvernements des états allemands sont désormais principalement chargés de soutenir l'économie en «rétablissant les chaînes d'approvisionnement internationales perturbées».

Pour endormir et faire baisser la garde de la population, le document souligne que la restauration de la «vie publique» et des «chaînes de valeur perturbées» doit être «bien préparée» et «accompagnée dans chaque cas individuel de mesures de protection de telle manière que l'émergence de nouvelles chaînes d'infection soit évitée autant que possible». L'objectif est de «veiller à ce que les établissements de santé et le personnel soignant soient entièrement approvisionnés en masques médicaux qui les protègent contre les infections».

Autrement dit, les autorités fédérales et provinciales se préparent à relancer l'économie et la vie publique et à produire une explosion de nouveaux cas d’infection, même s'il n'y a même pas suffisamment de masques de protection médicale dans le système de santé! En fait, de plus en plus d'hôpitaux deviennent des foyers d’infection de COVID-19. En raison du manque dramatique d'équipement de protection, plus de 2.300 médecins et infirmières ont déjà été infectés dans les seuls hôpitaux allemands, selon l'Institut Robert Koch (RKI).

«Nous devons garantir les succès que nous avons obtenus», a demandé Merkel lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre des Finances Olaf Scholz (Parti social-démocrate, SPD), le Premier ministre bavarois Markus Söder (Union chrétienne-sociale CSU) et le maire de Hambourg Peter Tschentscher (SPD). On se demande de quoi parle la chancelière? L'Allemagne a enregistré plus de 300 morts mardi et mercredi. Jeudi, 248 décès supplémentaires ont été signalés, ce qui porte le nombre de morts à 4.052, bien plus que les 3.342 enregistrés en Chine, l'épicentre d'origine de la pandémie.

La politique des banques et des gouvernements européens les place sur une trajectoire de collision avec la classe ouvrière. Ce fut une vague de grèves sauvages et de débrayages spontanés par des travailleurs en Italie qui a forcé l'adoption initiale de quarantaine et imposé le confinement en Italie, qui se sont ensuite étendus à toute l'Europe. Le bilan de plusieurs décennies d'austérité et de coupes budgétaires dans les soins de santé de l'Union européenne (UE) jette le discrédit total sur celle-ci. Néanmoins, les banques et les grandes entreprises travaillent en étroite collaboration avec les syndicats pour planifier un retour au travail afin d'augmenter les bénéfices au détriment de la vie des travailleurs.

Alors que les sondages en France, en Espagne et en Allemagne ont tous montré que 80 pour cent de la population soutenait les confinements à domicile, il ne fait aucun doute que la bourgeoisie à travers l'Europe préférerait ordonner à des masses de travailleurs de retourner à leur lieu de travail, et pour beaucoup à leur mort, dès que possible.

Merkel appelle à la réouverture des chaînes d'approvisionnement internationales, cependant, dans des conditions où le redémarrage de la production dépend de la réouverture des usines dans le sud de l'Europe qui ont été fermées par des débrayages ou des grèves de masse.

Le mois dernier, le cabinet de conseil financier français Rexecode a mis en garde contre l'impact international du «confinement COVID-19 de parties du nord de l'Italie représentant 55 pour cent de la production industrielle du pays». Il a noté: «Le poids de l'Italie dans les chaînes d'approvisionnement industrielles européennes dépasse de loin celui de la Chine, et certains pays sont particulièrement dépendants. En France, les textiles et les machines-outils sont les plus touchés.»

Les constructeurs automobiles européens sont parmi les plus exposés aux perturbations des chaînes d'approvisionnement européennes et internationales. Volkswagen, le plus grand constructeur automobile d'Europe, a cité «la baisse des ventes et l'incertitude de la chaîne d'approvisionnement» comme raisons pour interrompre la production dans ses usines, tandis que PSA et Renault ont cité des ruptures d'approvisionnement en Espagne dans leurs déclarations faisant état de leur décision d’arrêter la production.

Les travailleurs ne peuvent pas se permettre de laisser la décision de reprendre le travail entre les mains des gouvernements et des bureaucraties syndicales dont le mépris absolu pour la vie de la population n’est un secret pour personne. Les ressources des plans de sauvetage de milliers de milliards de dollars des banques doivent être saisies et utilisées pour financer la recherche scientifique, une vaste expansion d'urgence des soins de santé et un soutien financier complet et direct aux travailleurs et aux petites entreprises touchés par la catastrophe, quelle que soit leur nationalité ou leur origine ethnique. Cela nécessite l'unification des luttes de la classe ouvrière à travers l'Europe sur un programme socialiste.

(Article paru en anglais le 17 avril 2020)

 

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