Lettre au WSWS d'une infirmière britannique inquiète

16 avril 2020

Cher WSWS,

Je suis une infirmière diplômée et vous suis reconnaissante de votre motivation à essayer de sauver des vies pendant cette pandémie de COVID-19. Je partage cette motivation de sauver des vies et aussi de parler au nom de ceux qui sont vulnérables et se sentent invisibles et réduits au silence par leurs employeurs. J’ai récemment fait part de certaines de mes préoccupations par courriel à l’émission TV «Bonjour la Grande-Bretagne» et par voie électronique à l’attention de Sadiq Khan (le maire de Londres). Je ne sais pas s’ils ont pris en compte mes préoccupations à ce moment-là. J’espère que vous prendrez un peu de temps pour lire et examiner ce que j’ai partagé dans ce courriel.

Je pense que plusieurs problèmes rendent la lutte et la gestion du coronavirus plus difficile. Il s’agit entre autre du problème bien connu que d’innombrables membres du personnel médical, du personnel soignant et d’une vaste gamme d’employés de divers services publics sont mis en danger du à l’absence ou à l’insuffisance des équipements de protection individuelle (ÉPI).

Il convient encore de noter que même ceux qui, dans les services de soins de santé, ont depuis reçu des ÉPI ont dit avoir reçu des masques inadéquats, dangereux et inadaptés à leur fonction. Comme si cela ne suffisait pas, j’ai été stupéfaite d’apprendre qu’un médecin d’un hôpital des Midlands et un médecin généraliste ont révélé aux médias qu’on avait ajouté de nouvelles dates limite. Les masques étaient périmés depuis des années et on a tenté scandaleusement de faire taire le personnel du NHS. Je me demande donc combien d’employés de divers autres services de santé et d’aide sociale ont reçu des masques dont la date limite était dépassée et les utilisent activement tout en travaillant directement avec des patients et des clients testés positifs pour le coronavirus.

Un chauffeur de bus londonien porte un masque pour essayer de se protéger du coronavirus lorsqu’il fait son trajet à Londres (AP Photo/Frank Augstein)

La question de l’ÉPI est très préoccupante et je ne doute pas que si les tests de dépistage du virus deviennent largement disponibles, l’échelle du virus parmi le personnel de santé, des services sociaux et des divers services publics deviendra plus évidente et plus encore peut-être «si» l’on effectue des tests d’anticorps fiables afin de révéler combien de personnels des services de santé, sociaux et publics ont été infectés par le virus et en ont infecté d’autres, du auf ait qu’ils n’étaient Cela était donc dû au fait qu’ils n’étaient pas protégés.

Si j’ai le sentiment que le gouvernement britannique a fait des erreurs en particulier aux premiers stades de cette pandémie et avec la bévue des masques faciaux, la réalité est que la confiance se construit sur l’honnêteté qui contient du bon et du mauvais. Il semble qu’au niveau gouvernemental, on se rende compte qu’au début, on s’est trompé. Cela a conduit à des tentatives ultérieures de minimiser les dégâts par des mesures plus strictes. Cela ne signifie en aucun cas que les conséquences de l’inaction antérieure soient acceptables et ce n’est en aucun cas un tentative de minimiser les horreurs qui se sont produites au cours de cette pandémie. Ce que je veux dire, c’est que la réflexion est essentielle, si dérangeante soit-elle, car des gens meurent et les employeurs ne sont pas exempts de la responsabilité de leurs actes. Ils doivent réfléchir et examiner les conséquences de leurs propres erreurs et inactions et introduire des mesures appropriées ou prendre des mesures pour mieux protéger et sauvegarder leurs employés. Malheureusement, c’est trop peu, trop tard pour certaines personnes, car elles ont tragiquement perdu la vie.

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Légende: Les travailleurs de la santé sont invités à prendre leurs distances sociales pendant les repos, mais il n’y a pas de véritable ÉPI dans les services

Cela m’a fait mal au cœur de lire l’article intitulé «14 travailleurs des transports londoniens meurent: un syndicat et le maire du Parti travailliste insistent sur le fait que “l’ÉPI n’est pas nécessaire”». Parmi des sentiments de tristesse, j’ai trouvé réconfortant d’apprendre qu’Anne Nyack, la mère du chauffeur de bus Meks Nyack Ihenacho, reste une voix pour son fils, malheureusement décédé du coronavirus. De plus, la mère et la famille de Meks Nyack Ihenacho continuent de défendre et de faire entendre la voix d’autres travailleurs qui sont mis en danger. Il est vraiment étonnant de le faire en un moment aussi triste. Dans le même article où Anne Nyack parle de son fils, j’ai lu la lettre d’avertissement que la direction a envoyé aux travailleurs. Elle les menaçait d’action formelle s’ils plaçaient des panneaux sur les portes ou scotchaient les sièges près des cabines des conducteurs de bus pour empêcher les passagers de les utiliser. C’est une honte absolue de voir comment l’employeur les a traités et comment un syndicat bien connu et respecté les a laissé tomber. Je doute que ce respect et cette confiance d’antan soient récupérables, en raison des tragédies qui se sont produites.

Il est alarmant que les employés aient dû tenter de trouver des moyens de minimiser les risques pour se protéger, ainsi que leur famille et les autres. La réalité est que les conducteurs et ceux qui travaillent dans l’industrie ont peur et craignent pour leur vie et pour leurs proches, comme c’est le cas pour tant de gens. Je suis certaine que les employeurs démasqués essaieront frénétiquement de trouver n’importe moyen de justifier des actions irresponsables. La réalité est que l’employeur devrait tous nous protéger au travail. La loi sur la santé et la sécurité au travail est très détaillée. Pour n’en citer qu’une petite partie, elle résume clairement que la fourniture et le maintien d’un environnement de travail sont la responsabilité de l’employeur. Dans la mesure du possible, ils sont tenus de garantir des installations et des dispositions sûres et adéquates pour le bien-être des salariés au travail.

Selon les informations actuelles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus peut provoquer des maladies graves et environ une personne sur cinq qui l’attrape doit être hospitalisée. L’OMS indique que n’importe qui, à tout âge, peut être infecté. Mais ce que l’on a appris jusqu’à présent, c’est que les personnes âgées et les personnes qui souffrent de problèmes médicaux préexistants (comme l’hypertension; les maladies cardiaques; les maladies pulmonaires; le cancer; ou le diabète) semblent développer des maladies plus graves que les autres. Il est donc important d’être conscient des risques encourus par les personnes qui se trouvent actuellement dans la catégorie des personnes protégées. Soyez prudents, pratiquez la distanciation sociale et soyez conscients des moyens de propagation et de l’importance du contrôle des infections pour aider à se protéger les uns les autres. Où que nous soyons, nous devons tous jouer un rôle dans notre propre sécurité et celle des autres. Il est important de ne pas perdre cela de vue, car nous comptons tous beaucoup les uns sur les autres pour nous protéger. L’OMS évalue les recherches en cours sur le COVID-19 et continuera à partager les résultats actualisés sur son site web.

Comme nous le savons tous, le conseil est le suivant: «Restez chez vous, protégez le NHS et sauvez des vies». Les directives du gouvernement prévoient que «vous ne devez vous rendre au travail que si vous ne pouvez pas travailler à domicile». Cela donne indirectement aux employeurs un laissez-passer qu’ils peuvent manipuler à leur profit. Une grande partie de la main-d’œuvre britannique a continué à travailler et a été contrainte de se rendre sur les lieux de travail pour des emplois non essentiels ou trop essentiels. Cela a entraîné une surpopulation dans les transports publics tels que les bus, les trains, les trams, etc. Les chauffeurs et les travailleurs clés qui utilisent les transports publics se trouvent poussés dans une situation terrible qui rend également très difficile le respect de la distanciation sociale. La réalité est que, même avec la distanciation sociale, il n’est pas garanti qu’on ne sera pas infecté.

Il est clair que les catégories définies par le gouvernement sont encore trop larges et qu’elles continuent d’être manipulables par des employeurs imaginatifs. J’invite instamment les employés à ne pas se laisser réduire au silence par des employeurs impitoyables et irresponsables, à se serrer les coudes et à se faire entendre, car vous ou un membre de votre famille pouvez en dépendre et vous avez le droit légal d’être protégé. En outre, le fait d’être réduit au silence peut avoir des conséquences néfastes sur la santé mentale. Les travailleurs essentiels doivent être protégés, et le personnel non essentiel devrait être à la maison.

Même ceux qui travaillent à domicile, leurs employeurs devraient les soutenir. Car une pandémie n’équivaut pas à une période normale, ce n’est pas la routine habituelle, c’est une situation pénible pour tous et il faut en tenir compte. L’attitude de routine habituelle de nombreux employeurs est irrationnelle et irresponsable pendant une pandémie. Comme beaucoup d’employeurs, ils peuvent parler, mais les employés parlent aussi à leurs amis et à leurs proches et partagent ce qui se passe vraiment à huis clos et ce que leur travail implique vraiment.

Je sais que c’est difficile de parler, mais je vous prie de ne pas permettre aux employeurs irresponsables et trompeurs d’avoir ce contrôle. Nous vivons une époque sans précédent, et la véritable mesure de tant d’employeurs sera révélée au grand jour pendant et après cette pandémie. Les employés ne doivent aucune loyauté à un employeur irresponsable. Il semble que pour certains, l’ordre d’importance soit le maintien du statu quo et la priorité est «gagner de l’argent, gagner de l’argent, gagner de l’argent et protéger leurs propres intérêts», mais la vie des gens n’est pas remplaçable. Aucune somme d’argent au monde ne peut remplacer une vie précieuse qui est perdue.

Une autre conséquence du fait que les employeurs trouvent des failles dans les catégories définissant un travailleur clé essentiel est que les parents des employés doivent prendre en charge leurs petits enfants. Certains grands-parents doivent prendre en charge la garde des enfants en raison d’un chevauchement des horaires de travail des travailleurs clés essentiels. Ainsi, bien que les travailleurs clés aient accès à l’école, cela ne couvre pas les différents types d’horaires. Pour moi et pour beaucoup d’autres grands-parents, ce n’est normalement pas un problème. Cependant, une pandémie n’est pas une circonstance normale, et certains d’entre nous, grands-parents, ont des problèmes de santé sous-jacents. Nous sommes mis en danger par des employeurs qui modifient à leur avantage le sens du terme «travailleur clé». À mon avis, ces employeurs devraient être poursuivis en justice. Dans l’état actuel des choses, les membres du public peuvent être détenus pour avoir mis d’autres personnes en danger. Mais les employeurs ne devraient pas être exemptés, car beaucoup le font à une échelle beaucoup plus grande.

Beaucoup trop d’employés sont réduits au silence et ont peur de se faire entendre par crainte des conséquences ou de perdre leur emploi. Beaucoup continueront à travailler dans des endroits confinés, animés, bondés ou dangereux, comme les bus, et beaucoup continueront à utiliser les transports publics pour se rendre au travail. Le résultat est que davantage de personnes seront infectées et propageront le virus, ce qui entraînera de nouvelles pertes de vies humaines. Il est clair que les pouvoirs publics doivent fournir des orientations supplémentaires, notamment pour les rôles essentiels dans les catégories de travailleurs clés et la manière dont les entreprises doivent fonctionner en toute sécurité. La santé et la sécurité du personnel doivent être au cœur de cette démarche. En outre, on doit avoir un processus formel qui permette aux employés de dénoncer les employeurs qui mettent à tort leurs travailleurs dans la catégorie des travailleurs essentiels.

C’est évident qu’il y a trop d’employeurs auxquels on ne peut pas faire confiance pour porter un jugement correct et je ne doute pas que de nombreux employeurs continueront à modifier la définition du «travailleur essentiel» dans leur propre intérêt, quels que soient les risques. Cette terrible et tragique pandémie prendra fin, et la réalité est que les employeurs seront tenus légalement responsables de leurs mauvaises actions. Cela ne sera pas oublié, et de nombreux employés et familles d’êtres chers qui ont été négativement touchés par les actions de leurs employeurs chercheront légitimement à obtenir justice. La réalité est que les infractions à la loi sur la santé et la sécurité et sur le travail sont innombrables et de nombreux travailleurs ont été laissés tombés par leurs employeurs, et ils sont légalement responsables de leurs actes.

Je ne peux pas rester en retrait, ne rien dire ou ne rien faire. Si vous souhaitez utiliser ce que j’ai partagé dans votre campagne pour sauver des vies, vous êtes les bienvenus. J’espère que le fait de parler au nom des personnes vulnérables et de celles qui se sentent invisibles et réduites au silence sera utile.

Salutations chaleureuses d’une infirmière inquiète

(Article paru d’abord en anglais 15 avril 2020)

 

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