L'économie mondiale connaîtra sa plus grande crise depuis la Grande Dépression

Par Nick Beams
16 avril 2020

Le Fonds monétaire international prévoit que l'économie mondiale entrera dans sa pire récession depuis la Grande Dépression des années 1930 et que la perte de production «éclipsera» celle que le monde a subie pendant la crise financière mondiale il y a 12 ans.

Même en supposant que le deuxième trimestre enregistre le ralentissement le plus marqué, suivi d'une reprise puis d'un rebond l'an prochain, le FMI déclare que l'économie mondiale perdra 9 000 milliards de dollars de production en 2020 et 2021. Il s'agit d'un montant équivalent aux économies combinées du Japon et de l'Allemagne, respectivement troisième et quatrième au monde.

Il déclare qu'en supposant que la pandémie et les mesures de confinement atteignent un pic au deuxième trimestre pour la plupart des pays, la croissance mondiale tomberait à moins 3 pour cent cette année, une baisse de 6,3 pour cent par rapport aux prévisions publiées en janvier.

Cette «révision majeure sur une très courte période» a fait de ce que le FMI a appelé le Grand Confinement la «pire récession depuis la Grande Dépression, et bien pire que la crise financière mondiale», écrit l'économiste en chef du FMI Gita Gopinath dans un commentaire dans son rapport World Economic Outlook (Perspectives de l’Economie mondiale) publié mardi.

Gopinath déclare que les prévisions du FMI étaient fondées sur son «scénario de référence» dans lequel il prévoyait que la croissance mondiale rebondirait de 5,8 pour cent l'année prochaine. Mais même si cela avait lieu, la reprise ne serait que «partielle», avec un niveau d'activité économique inférieur à celui prévu pour 2021, avant que le virus n’apparaisse.

Cependant, étant donné l'incertitude entourant la pandémie, le FMI a prévu des scénarios plus défavorables. La pandémie pourrait ne pas reculer au cours du second semestre, entraînant des périodes de confinement plus longues qui aggraveraient les conditions financières et une nouvelle rupture des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Gopinath écrit que dans ces conditions, le PIB mondial chuterait encore davantage: 3 pour cent supplémentaires en 2020 si la pandémie se prolonge cette année, tandis que, si la pandémie se poursuivait en 2021, il pourrait chuter l'année prochaine de 8 pour cent supplémentaires par rapport au scénario de base.

Le FMI prévoit une contraction de la croissance des économies avancées de 6,1 pour cent, les économies émergentes et en développement, à l'exclusion de la Chine, devant connaître des taux de croissance négatifs entre 1 pour cent et 2 pour cent en 2020. Le revenu par habitant baisserait dans plus de 170 pays.

Les baisses réelles pourraient être plus brutales que ce que le FMI estime à ce stade, les prévisions des organisations du secteur privé pointant vers une contraction encore plus importante. Ces dernières années, le FMI a dû revoir à la baisse ses prévisions dans un contexte de ralentissement marqué de l'économie mondiale qui s'était développé bien avant le choc du coronavirus.

Un exemple de l'ampleur possible de l'effondrement a été mis en évidence dans un rapport de la Cour des comptes britannique, également publié mardi. Il déclare que si le verrouillage de l'économie britannique se poursuivait pendant trois mois, elle aurait affaire à une chute de 35 pour cent au deuxième trimestre.

Il déclare qu'il ne s'agit pas d'une prévision mais que cela devait être considéré comme un «scénario de référence» car on ne pouvait pas prédire combien de temps les restrictions à l'activité économique devraient être maintenues.

Cependant, si elles restaient en vigueur, l'éducation, l'hébergement et les services de restauration seraient les plus durement touchés, avec des contractions de 90 pour cent et 85 pour cent respectivement. Des estimations similaires ont été faites par des statisticiens du gouvernement en France.

Le FMI a déclaré que la coopération multilatérale était « vitale » pour la santé de la reprise mondiale. Mais c'est exactement le contraire qui se produit.

Dans un commentaire sur le rapport du FMI, le chroniqueur économique du Financial Times, Martin Wolf, a écrit que le monde était confronté à la «plus grande catastrophe économique depuis la crise des années 1930.

Le monde est entré dans ce moment avec des divisions parmi ses grandes puissances et son incompétence aux plus hauts niveaux des gouvernements aux proportions terrifiantes.»

Il note que le «nationalisme économique à somme négative qui a motivé Donald Trump tout au long de son mandat de président américain, et a même émergé au sein de l'UE, est un grave danger […] Si l'économie mondiale est cassée, comme cela s'est produit en réponse à la Grande Dépression, la reprise sera brisée, sinon tuée ».

Wolf a cité la conclusion tirée par le Peterson Institute for International Economics à Washington qui a déclaré: « En termes simples, dans la pandémie de COVID-19, le manque de coopération internationale signifiera qu’encore plus de personnes mourront. »

Mais tout comme l'insatiable recherche de profit via la financiarisation a sapé les systèmes de santé publique du monde entier, la division de l'économie mondiale en États-nations rivaux et grandes puissances provoque une lutte de chacun contre tous. Cela fait rapidement lettre morte de toute collaboration internationale.

Le FMI a également émis un avertissement au sujet de l'état du système financier mondial en disant qu'il avait déjà ressenti un «impact dramatique» et «une nouvelle intensification de la crise affecterait la stabilité financière mondiale».

L'injection massive d'argent par les banques centrales du monde, s'élevant à au moins 6 000 milliards de dollars, ainsi que l’indication d'une volonté d'en faire encore plus, ont stabilisé les marchés ces dernières semaines.

Mais des signes de tensions sont apparus sur les principaux marchés de financement à court terme, y compris le marché mondial du dollar américain. Les économies les moins développées ont été les plus durement touchées, avec des fuites d'environ 100 milliards de dollars, la plus importante jamais enregistrée.

Les principaux marchés pourraient également être touchés si la propagation de la pandémie nécessitait de nouvelles mesures de confinement exacerbant le choc COVID-19.

Les gestionnaires d'actifs confrontés à d'importantes sorties de capitaux pourraient être contraints de vendre sur des marchés en baisse, accélérant la baisse. Les investisseurs endettés peuvent se voir confrontés à de nouveaux appels de marge, aggravant les pressions à la vente.

«A mesure que les entreprises se trouvent en difficulté et que les taux de défaut augmentent, les marchés du crédit peuvent s'arrêter brutalement, en particulier dans les segments à risque comme les marchés à haut rendement, les prêts à effet de levier et les marchés à dettes privées. Ces marchés ont connu une expansion rapide depuis la crise financière mondiale, atteignant 9 000 milliards de dollars dans le monde, tandis que la qualité de crédit des emprunteurs, les normes de souscription et la protection des investisseurs se sont affaiblies », a déclaré le FMI.

En d'autres termes, l’heure de vérité a sonné pour les politiques des banques centrales menées depuis la crise financière mondiale. L'apport continu d'argent ultra-bon marché pour permettre la poursuite de la même spéculation et du même parasitisme qui avaient provoqué le krach de 2008 a créé les conditions d'une catastrophe encore plus grande.

Le FMI a noté que les banques ont plus de capitaux et de liquidités qu'il y a 12 ans, mais qu’elles pourraient être mises à l’épreuve face à un «ralentissement brutal qui pourrait se révéler plus sévère et plus long que prévu actuellement».

Les mesures de capitalisation bancaire basées sur les prix du marché sont désormais pires dans de nombreux pays qu'en 2008, ce qui fait craindre que «les banques et autres intermédiaires financiers ne jouent le rôle d'amplificateur si la crise s'approfondit».

(Article paru en anglais le 15 avril 2020)

 

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