Reprise des liquidations en bourse

Par Nick Beams
3 avril 2020

Les marchés boursiers du monde entier ont connu une nouvelle vague de ventes mercredi, après quelques jours de reprise, Wall Street terminant la journée en baisse de plus de 4 pour cent.

Cette nouvelle vague de ventes a fait suite aux déclarations du président Trump selon lesquelles le coronavirus pourrait faire 240.000 morts aux États-Unis, tout en laissant entendre que le bilan pourrait être encore plus lourd.

D’autres facteurs ont conduit à ce glissement: des indications que les marchés du crédit se resserrent à nouveau, même après des interventions massives de la Réserve fédérale; la contraction économique en Asie; la montée rapide et continuelle du taux de chômage dans le monde; et la chute précipitée des prix du pétrole qui pourrait avoir un dur impact sur producteurs américains secondaires et d’autres.

Mercredi, l’indice Dow Jones a chuté de 973 points, soit 4,4 pour cent – son plus mauvais résultat depuis le début du trimestre – tandis que le S&P a chuté aussi de 4,4 pour cent et le Nasdaq a connu la même baisse. Ces trois indices sont au moins 25 pour cent en dessous de leurs records de février.

Plusieurs éléments indiquent que les conditions de crédit continuent à se resserrer. Le Financial Times a rapporté que les marchés obligataires «reflétaient l’inquiétude croissante concernant la santé financière des emprunteurs avec la vente massive d’obligations de pacotille».

Le mois dernier la Réserve fédérale a annoncé qu’elle intervenait sur le marché des obligations municipales qui vaut quatre mille milliards de dollars. Toutefois, malgré cette annonce, les rendements des obligations à 10 ans hautement cotées ont augmenté de 30 points de base alors que ceux des obligations à 30 ans ont grimpé de 50 points de base. Cela indique que ces obligations sont vendues à perte: le rendement augmente à mesure que le prix des obligations baisse. Normalement, les mouvements de rendement sur ce marché ne représentent qu’une petite fraction de ce qu’ils étaient hier.

Deux nouvelles actions effectuées par la Réserve fédérale mercredi indiquent qu’elle craint que les problèmes de liquidité soient loin d’être résolus, tant au niveau international qu’aux États-Unis.

Afin d’essayer d’atténuer les tensions sur les marchés internationaux des devises, où l’on s’est empressé d’acquérir des dollars, elle a annoncé qu’elle lancerait un mécanisme temporaire de prêt. Cette mesure permet aux banques centrales étrangères de convertir en dollars leurs avoirs en titres du Trésor américain.

La Réserve fédérale a également décidé d’autoriser les grandes banques américaines à augmenter leurs prêts. En même temps elle laisse les banques réduire le montant des réserves qu’elles doivent détenir auprès de la banque centrale, au moins jusqu’au 31 mars de l’année prochaine.

Dans une déclaration qui annonçait cette décision, elle a déclaré que les conditions de liquidité sur les marchés du Trésor s’étaient «détériorées rapidement» et que les restrictions réglementaires existantes pourraient limiter la capacité des banques à «servir d’intermédiaires financiers et à fournir des crédits aux ménages et aux entreprises».

Le marasme actuel dans le monde entier, qui frappe les bénéfices des entreprises, a également été un autre facteur clé de la nouvelle chute du marché.

Selon les estimations, le nombre de personnes qui n’exercent plus leur emploi régulier aux États-Unis et en Europe a atteint environ 10 pour cent de la main-d’œuvre en une seule période de deux semaines. Cette augmentation est aussi importante que celle qui a eu lieu entre 2007 et 2009.

Le nombre de demandes initiales de chômage aux États-Unis a augmenté de 3,3 millions au cours de la semaine du 21 mars. Ce chiffre est quatre fois plus élevé que le précédent record établi lors de la profonde récession de 1982. Un nouveau saut pourrait avoir lieu lorsqu’on publiera les nouvelles données aujourd’hui [jeudi].

Les indices des directeurs d’achat (PMI) en Asie indiquent une récession au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande, aux Philippines, en Malaisie et au Vietnam. Les meilleurs chiffres de la Chine et de Taïwan indiquent une stabilisation à un rythme plus faible, mais pas la reprise en V tant recherchée.

En Corée du Sud, l’indice PMI est passé de 48,7 en février à 44,2 en mars, son plus bas niveau depuis 11 ans, le chiffre 50 n’indiquant ni expansion ni contraction. Les PMI en Thaïlande, aux Philippines et au Vietnam ont atteint des planchers records.

Joe Hayes, économiste chez IHS Markit mène les enquêtes PMI. Il a déclaré que si la Corée du Sud – l’un des principaux centres manufacturiers du monde – avait réussi à «aplatir la courbe» de la propagation du coronavirus, «elle a quand même succombé à un choc économique important».

Le chaos économique causé par le coronavirus frappe toutes les économies moins développées, car leurs budgets d’État et leurs réserves de devises étrangères sont mis à mal. Les sorties de capitaux, la chute des prix du pétrole, l’effondrement du tourisme, et la chute de la demande pour leurs exportations de produits de base les ont touchées gravement.

Au moins 85 pays ont demandé au Fonds monétaire international (FMI) une aide d’urgence à court terme. C’est deux fois le nombre de pays qui ont fait une demande à la suite de la crise financière de 2008.

Le FMI a triplé sa capacité de prêt, qui atteint désormais 750 milliards de dollars. Mais même selon ses propres estimations, cela ne sera pas suffisant.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a déclaré qu’une «estimation très prudente» des besoins financiers des économies émergentes s’élevait à 2.500 milliards de dollars.

La chute du prix du pétrole est un autre facteur clé de la crise boursière et financière. Le prix du pétrole a chuté de 67 pour cent depuis le début de l’année. Cette chute a été amorcée par la guerre des prix du pétrole entre l’Arabie saoudite et la Russie, mais elle a depuis été aggravée par la propagation du coronavirus et l’effondrement de l’activité économique.

La demande mondiale de pétrole a diminué d’environ un quart, soit 25 millions de barils par jour, ce qui équivaut à la production de l’ensemble du groupe de producteurs de pétrole de l’OPEP.

Mathios Rigas, le directeur d’Energean, un producteur européen, a déclaré au Financial Times: «Avec des prix du pétrole en dessous de 20 dollars [le baril], nous allons voir beaucoup d’arrêts de production».

Les producteurs américains d’huile de schiste font partie de ceux qui sont dans la ligne de mire. Selon les analystes de l’industrie, si le prix du pétrole est inférieur à 35 dollars, aucun d’entre eux ne fait d’argent. Jusqu’à présent, cette année, les prix ont baissé de 41 dollars.

La chute du prix du pétrole pourrait toucher le système financier, car de nombreuses exploitations d’huile de schiste aux États-Unis se sont fait financer par des prêts risqués, dont la viabilité dépend du maintien du prix du pétrole autour de 50 dollars.

En cas de défaut de remboursement des prêts, cela pourrait bien être la source d’une crise supplémentaire sur les marchés déjà fragiles des obligations d’entreprises, en particulier celles qui n’ont pas le statut d’investissement.

(Article paru en anglais 2 avril 2020)

 

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