États-Unis : alors que General Motors veut du bénéfice, la pénurie de ventilateurs met en danger des dizaines de milliers de vies

Par Andre Damon
30 mars 2020

Dans toutes les villes des États-Unis, les hôpitaux atteignent leur limites d’accueil, le nombre de personnes infectées par la COVID-19 doublant tous les deux jours. Vendredi, le nombre de cas a dépassé les 100.000 ; il y eut près de 20.000 nouveaux cas en un jour. Plus de 250 personnes sont mortes, ce qui porte le nombre total de décès à plus de 1.500.

Pendant ce temps, les médecins et les infirmières sont confrontés dans tout le pays à une pénurie d’équipements de protection et de soins de santé.

Des infirmières de l’hôpital Mount Sinaï West (New York) enveloppées dans des sacs poubelles. (Photo: Facebook, Diana Torres)

La pénurie de respirateurs, vitaux pour sauver des vies, apparaît rapidement comme un facteur décisif qui entraînera une vaste augmentation du nombre de décès dus au coronavirus.

Dans la région métropolitaine de Détroit, qui devient rapidement un centre de la pandémie aux États-Unis le «Système de santé Henry Ford» a averti les patients qu’«en raison de la pénurie», ceux qui sont «extrêmement malades» pourraient ne pas être «éligibles aux soins intensifs ou aux ventilateurs». Le maire de Detroit, Mike Duggan (ancien cadre de la santé), a fait l’éloge de la lettre hier, déclarant «ce qu’ils publient est honnête».

D’autres systèmes de soins de santé préparent des mesures encore plus horrifiantes. Les États de Washington et de l’Alabama mettent en place des lois qui leur permettraient de refuser des soins vitaux aux handicapés mentaux.

Le Programme de défense des droits des personnes handicapées en Alabama a intenté un procès à l’État et fait remarquer que son ‘plan d’urgence’ pour le rationnement des ventilateurs «distingue et exclut spécifiquement certaines personnes souffrant d’un handicap intellectuel de l’accès aux ventilateurs en cas de rationnement… Les hôpitaux sont tenus de ‘‘ ne pas offrir d’assistance respiratoire mécanique aux patient qui souffrent d’un ‘retard mental grave ou profond’”… Cette politique s’applique également aux enfants».

Dans quelques jours, les professionnels de la santé vont vivre leur pire cauchemar, contraints qu’ils seront de déterminer qui doit vivre et qui doit mourir.

L’affirmation de Trump au sujet de l’épidémie que «personne dans ses rêves les plus fous n’aurait jamais pensé que nous aurions besoin de dizaines de milliers de ventilateurs» est un mensonge. En fait, d’innombrables rapports et articles d’épidémiologistes, de professionnels de la santé et même d’agences gouvernementales ont fait précisément de telles mises en garde.

Un rapport de 2003 du Bureau de la responsabilité gouvernementale (GAO) avertissait que «peu d’hôpitaux disposent d’équipements médicaux adéquats, tels que les ventilateurs qui sont souvent nécessaires pour les infections respiratoires». En 2005, le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié un plan de lutte contre la pandémie de grippe, dans lequel on indiquait que «lors d’une grave pandémie, il est possible que des pénuries, par exemple de ventilateurs mécaniques, se produisent…».

En juin 2017, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont publié un rapport d’épidémiologistes, «Constitution de réserves de ventilateurs pour les pandémies de grippe», qui déclarait :«On craint fortement que les unités de soins intensifs (USI) ne disposent pas de ressources suffisantes pour traiter toutes les personnes qui nécessitent un ventilateur. Des études antérieures affirment que les capacités actuelles sont insuffisantes pour faire face à des pandémies même modérément graves…»

Cependant, le gouvernement fédéral, tant sous la direction des Démocrates que des Républicains, n’a rien fait. Le montant dépensé chaque année pour l’armée au cours des deux dernières décennies est plus de 50 fois supérieur à ce qu’aurait coûté la constitution d’un stock national d’un million de ventilateurs. La production d’un tel stock aurait coûté environ 15 milliards de dollars, une minuscule fraction du montant utilisé pour renflouer les banques.

Aujourd’hui, face à une grave pénurie de ventilateurs, les grandes entreprises voient dans la pandémie de COVID-19 une occasion de générer d’énormes profits en gonflant les prix et les bénéfices.

Vendredi, le New York Times rapportait que les plans de General Motors pour produire des ventilateurs avaient échoué parce que l’Administration Trump avait refusé le prix exigé par la société.

Cette décision était « intervenue après que l’Agence fédérale de gestion des urgences a déclaré qu’elle avait besoin de plus de temps pour évaluer si le coût estimé était prohibitif». Ce prix s’élevait à plus d’un milliard de dollars, dont plusieurs centaines de millions de dollars à payer d’avance à General Motors». L’an dernier, GM faisait état de bénéfices à hauteur de 6,5 milliards de dollars.

Le Times ajoutait: «Le prix de 1,5 milliard de dollars correspond à environ 18.000 dollars par ventilateur. Et le coût global, en comparaison, est à peu près égal à l’achat de dix-huit F-35, l’avion de chasse le plus avancé du Pentagone».

GM a ensuite annoncé qu’il allait produire les ventilateurs, en partenariat avec la société de dispositifs médicaux Ventec.

Pour sa part, l’Administration Trump s’est abstenue pendant des semaines d’invoquer la Loi sur la production de Défense pour imposer la production de ventilateurs et d’autres équipements car elle ne voulait pas forcer les entreprises à quoi que ce soit. Vendredi, Trump a annoncé qu’il utiliserait la loi pour «contraindre» GM à faire quelque chose à quoi il s’était déjà engagé.

Du à la pénurie de pièces, presque aucun des ventilateurs ne sera disponible pour l’accroissement massif de la demande prévue dans les deux prochains mois. Le Times a noté que «l’augmentation d’ensemble n’aura pas d’impact majeur avant le début de l’été, ont déclaré les dirigeants de l’industrie, peut-être à temps pour une “deuxième vague” d’infections».

Alors que l’Administration Trump et le géant de l’automobile marchandent sur le montant qui sera payé et sur les bénéfices que GM en tirera, les gens meurent.

Le Parti de l’égalité socialiste se bat pour la conversion de toutes les grandes entreprises, y compris les gigantesques sociétés de soins de santé et de fabrication, en services publics, et leur mise sous contrôle démocratique. Il faut mobiliser toutes les ressources non pas pour renflouer les grandes sociétés et racheter les actifs des investisseurs de Wall Street, mais pour soutenir un programme d’urgence visant à produire des ventilateurs et d’autres équipements, et à construire des hôpitaux.

Dans la mesure où la propriété privée empêche de sauver les vies, elle doit être écartée. Les vastes progrès technologiques et scientifiques et les énormes forces productives de l’humanité doivent être libérés des contraintes que leur imposent la recherche du profit et le système des États-nations.

La propriété privée des moyens de production a miné et saboté tout effort sérieux pour faire face à cette crise et s’y préparer. La question fondamentale est la suivante : est-ce que c’est l’élite dirigeante qui dirige la vie économique sur la base du profit et de l’accumulation de richesses, ou est-ce que c’est la classe ouvrière qui la dirige, sur la base des besoins sociaux? Capitalisme ou socialisme.

Nous appelons tous les travailleurs et les jeunes à rejoindre le Parti de l’égalité socialiste aujourd’hui et à mener ce combat.

(Article paru d’abord en anglais 28 mars 2020)

 

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