Le nombre de décès dus aux coronavirus en Europe dépasse les 10.000

Par Robert Stevens
25 mars 2020

Plus de 10.000 personnes se sont fait tuer par le coronavirus à travers le continent européen. On a franchi cette étape terrible cinq semaines seulement après que le premier décès a été enregistré sur le continent, en France, le 15 février.

Avec les 1414 nouveaux décès enregistrés hier, le total pour l’ensemble du continent a atteint 10.220 décès sur 192.663 cas. Parmi les 27 pays de l’Union européenne, 9.720 décès ont été enregistrés sur 172.407 cas.

Les membres de l’unité militaire d’urgence arrivent à la gare d’Abando, à Bilbao, dans le nord de l’Espagne, le lundi 23 mars 2020. (AP Photo/Alvaro Barrientos)

En Italie, 601 nouveaux décès ont porté le total à 6.077. On a signalé près de 5.000 nouveaux cas de virus. Bien plus de vies sont menacées, avec 50.418 cas actifs et 3.204 cas classés comme «graves, critiques». Au total, 63.927 personnes se trouvent infectées en Italie.

En Espagne, le nombre de décès a atteint 2206, avec 434 nouveaux décès signalés, contre 391 la veille. On a reporté 4321 nouveaux cas, soit un total de 27.528 cas actifs. Quelque 2355 cas se trouvent classés comme graves et critiques.

Des décennies de sous-financement, de privatisation et de manque de personnel ont miné les systèmes de santé et assistance. L’incapacité de ces services en Europe à faire face à l’impact destructeur du virus ne fait aucun doute. Appelés à désinfecter et à gérer des foyers de retraités en Espagne, ces mêmes soldats trouvent des personnes âgées mortes dans leur lit – abandonné à leur sort avec le pays sous un strict confinement.

La France a subi 186 nouveaux décès, soit une augmentation par rapport aux 112 de la veille, ce qui porte le total à 860. Parmi ces décès, on compte deux autres médecins, l’un un médecin généraliste et l’autre un gynécologue. Plus de 13.000 cas sont actifs dans le pays, avec 8.675 personnes hospitalisées et 2.082 personnes dans un état critique.

En outre, 34 personnes ont péri aux Pays-Bas, ce qui porte le total à 213, et 24 personnes sont mortes en Allemagne, ce qui porte le nombre de décès à 118.

Au Royaume-Uni, après l’annonce de la mort de 54 autres personnes, augmentant le total à 335, le Premier ministre conservateur Boris Johnson a annoncé lundi soir un verrouillage du pays. Les gens ne peuvent quitter leur domicile que pour des «raisons très limitées», notamment pour «faire des courses de première nécessité, aussi rarement que possible» et «une forme d’exercice par jour». Seules deux personnes peuvent être ensemble, sauf si elles vivent dans le même ménage. La police peut faire respecter le confinement, «notamment en infligeant des amendes et en dispersant les rassemblements», a déclaré Johnson.

Le ministère des affaires étrangères a conseillé au million de Britanniques en vacances ou en voyage d’affaires à l’étranger de rentrer immédiatement au Royaume-Uni. Le porte-parole a averti qu’autrement, ils ne trouveront probablement plus de vols commerciaux disponibles et que les lignes aériennes seraient probablement fermées sans avertissement le mardi et le mercredi.

Le gouvernement de Johnson a refusé de prendre un certain nombre de mesures essentielles pour arrêter la propagation du virus. Son plan initial, avant d’être contraint de battre en retraite, était de permettre l’infection massive de la population prétendument pour obtenir une «immunité collective». Le gouvernement conseille toujours à tous ceux qui soupçonnent d’être porteurs du virus de ne pas se faire soigner à l’hôpital, mais de s’isoler chez eux, sans subir de test.

De plus en plus d’éléments indiquent que les personnes qui contractent le virus et, dans certains cas, en meurent, appartiennent à de nombreuses tranches d’âge. Cela comprend des personnes plus jeunes et en meilleure santé, qu’il s’agisse d’un bébé né avec le virus ou d’un groupe de trois médecins en formation de 30 ans dans le même hôpital britannique. Leurs cas se sont vus confirmer dimanche et ils ont eu besoin d’un respirateur.

En réaction, l’élite au pouvoir met en œuvre des attaques draconiennes contre les libertés civiles qui créent un dangereux précédent, tout en ne fournissant aucune véritable assistance médicale.

Hier, le gouvernement Johnson a pu faire passer à la Chambre des communes toutes les étapes du projet de loi sur l’urgence concernant le coronavirus. En vertu de cette loi, Johnson et ses ministres se voient accorder des pouvoirs autoritaires extraordinaires, notamment l’interdiction de toute assemblée de personnes, à tout moment et en tout lieu.

Cette semaine, le Parlement hongrois entendra un projet de loi en vertu duquel le Premier ministre d’extrême droite Viktor Orbán devrait recevoir des pouvoirs dictatoriaux qui lui permettent de gouverner par décret. Ces pouvoirs ne prévoient pas de date limite et incluent l’emprisonnement des personnes réputées diffuser de «fausses nouvelles» pour des peines qui peuvent aller jusqu’à cinq ans.

Aucun gouvernement en Europe ou dans le monde n’effectue les tests de masse nécessaires pour mettre en quarantaine puis traiter avec succès les personnes infectées. Ces personnes peuvent ne pas présentent de symptômes, mais elles continuent de propager la COVID-19. On ne teste même pas le personnel médical de première ligne. En raison des réductions des services de santé, les installations médicales essentielles, notamment les respirateurs et les équipements de protection individuelle (EPI) pour le personnel, sont désespérément insuffisantes.

En revanche, les banques, les entreprises et les super-riches bénéficient de plans de sauvetage qui éclipsent ceux accordés aux banquiers et aux institutions financières après le krach financier mondial de 2008. Ces derniers jours, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne ont annoncé des subventions massives aux grandes entreprises. Dans des conditions où des millions de travailleurs se sont déjà fait licencier, seuls ceux des services essentiels travaillent toujours dans la plupart des pays européens.

On a débloqué plus de 1000 milliards d’euros en quelques jours pour soutenir l’aristocratie financière et les patrons milliardaires. Le gouvernement de la chancelière Angela Merkel a mis à disposition un paquet d’environ 750 milliards d’euros pour protéger les banques et les grandes entreprises allemandes. Le gouvernement français d’Emmanuel Macron a engagé 300 milliards d’euros et le chancelier de Johnson, Rishi Sunak, 350 milliards de livres.

Le Premier ministre espagnol du Parti socialiste, Pedro Sánchez, s’est engagé à verser 219 milliards de dollars aux entreprises, dont 100 milliards d’euros de garanties pour les prêts aux entreprises. Un soutien direct supplémentaire de 17 milliards d’euros est disponible pour les entreprises et 83 milliards d’euros seraient réservés aux investissements du secteur privé.

Il s’agit là d’un gigantesque raid sur les deniers publics pour la deuxième fois en dix ans. Le renflouement en Allemagne équivaut à 20,5 pour cent du PIB, celui de l’Espagne à 15,6 pour cent et celui du Royaume-Uni à 15 pour cent.

Ces renflouements ont suivi l’exemple de la Banque centrale européenne, qui a annoncé la semaine dernière un nouveau programme d’impression de monnaie de 750 milliards d’euros qui vise à maintenir les marchés financiers à flot. La BCE s’est engagée à acheter des titres de la dette publique et des titres privés avec les nouveaux fonds d’ici la fin de cette année.

Ces sommes considérables ne sont qu’un acompte, les fonctionnaires des trésors des principaux pays européens soulignant qu’il y aura des fonds «illimités» disponibles. Cela a été confirmé hier, le gouvernement de Johnson ayant accepté de nationaliser les pertes de toutes les franchises ferroviaires privées en Grande-Bretagne pour les six prochains mois dans un premier temps. Cela transfère tous les risques de revenus et de coûts au gouvernement. Mais cela laisse les entreprises privées en mesure de continuer à récolter des bénéfices et à recevoir des frais de gestion dans le cadre d’un «accord sur les mesures d’urgence.»

Les travailleurs de toute l’Europe doivent exiger un programme directement opposé à celui des entreprises et des gouvernements qui agissent en leur nom. Ils doivent rejeter cette hémorragie sans précédent des fonds publics destinés à financer les grandes entreprises et les banquiers. On doit mettre ces entités sous contrôle public et la classe ouvrière devrait les diriger dans l’intérêt de la société.

Dans une déclaration lundi, «La propagation de la pandémie et les leçons de la semaine passée», le WSWS a proposé les mesures nécessaires pour que les travailleurs puissent faire avancer la lutte contre la pandémie de COVID-19: «La classe ouvrière doit exiger un dépistage universel et un accès libre et égal aux soins de santé; la fermeture de toute production non essentielle; un revenu complet pour les personnes concernées; des conditions de travail sûres dans les industries essentielles au fonctionnement de la société; et un programme d’urgence pour construire des infrastructures de soins de santé et garantir que tous les travailleurs médicaux ont accès aux équipements nécessaires.»

(Article paru d’abord en anglais 24 mars 2020)

 

Commenting is enabled but will only be shown on the live site.