Macron utilise le 49-3 pour dicter la casse des retraites aux travailleurs

Par Alexandre Lantier
3 mars 2020

Samedi, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé qu’il utiliserait l’article 49-3 de la constitution pour imposer la réforme des retraites. Ce dispositif contraint l’Assemblée à un vote où soit elle accepte la réforme, soit elle fait chuter le gouvernement, entraînant de nouvelles élections. La majorité à l’Assemblée étant du parti d’Emmanuel Macron, qui n’ose pas affronter les électeurs car il perdrait des élections législatives, ceci permettrait à Macron d’imposer la réforme sans aucun vote parlementaire sur son contenu.

Le recours à cette mesure antidémocratique, annoncé alors que l’envolée des cas de coronavirus à travers l’Europe dominait l’actualité, témoigne du mépris de Macron et de ses soutiens sur les marchés financiers internationaux envers les travailleurs. Deux-tiers des Français sont hostiles à la loi, qui augmente « l’âge d’équilibre » pour partir à la retraite à 64 ans, casse les régimes spéciaux et impose des retraites par « points ». Le montant des retraites dépendra de la valeur de ces « points », que les gouvernements successifs pourront réduire au fil des années.

Ceci démasque les directions syndicales et leurs alliés politiques, comme la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui ont prétendu qu’on pourrait stopper la réforme à travers des négociations syndicales avec Macron, où en déposant des amendements à la réforme à l’Assemblée. Mais il n’y a rien à négocier avec Macron. Comme l’ont insisté le « World Socialist Web Site » et le Parti de l’égalité socialiste (PES), il s’agit de mobiliser toute la classe ouvrière pour faire chuter Macron.

Alors que se propage le coronavirus et que Paris prépare de nouvelles mesures d’austérité et l’envoi de davantage de troupes au Mali, l’Europe est aux mains d’une classe dirigeante politiquement criminelle, qui fera tout pour enrichir les grandes fortunes aux dépens des masses. L’État lance une réforme qui à terme va profondément appauvrir les retraités, alors que les personnes âgées sont menacées par une maladie potentiellement mortelle.

La semaine dernière, alors que circulaient des rumeurs à propos d’un débat stratégique au sein du gouvernement, des membres anonymes du parti macronien confiaient à la presse que le 49-3 « marque au fer rouge » ceux qui l’utilisent. Quelques jours plus tard, le gouvernement faisait volte-face et se marquait avec son propre fer rouge: Philippe annonçait à l’Assemblée qu’il utiliserait le 49-3 pour écourter le débat sur la loi, qui autrement se serait prolongé jusqu’au 6 mars.

Le prétexte invoqué par Philippe à l’Assemblée et sur TF1, était un mensonge politique absurde. Selon lui, « beaucoup de députés ont dû faire face, dès le début de leurs travaux, à une stratégie d’obstruction délibérée de la part d’une minorité. Une stratégie qui avait pour unique finalité d’empêcher la tenue du débat. … Force est de constater que la discussion sur le fond n’a jamais vraiment pu se lier. Je le regrette profondément. Ce débat aurait dû permettre de confronter nos points de vue devant les Français ».

En clair, c’est le parti de Macron, la République en Marche (LRM), qui empêche la tenue du débat en le clôturant.

Pour comprendre la décision d’écourter le débat, on peut consulter l’ordre du jour de l’Assemblée et du gouvernement. Philippe a annoncé le recours au 49-3 juste après la tenue d’un Conseil de défense, instance militaire incluant le président et le premier ministre, sur le coronavirus. Puis le 49-3 a clôturé le débat juste avant la discussion à l’Assemblée des articles 9 et 10 de la réforme, qui augmentent « l’âge d’équilibre » de départ à la retraite et imposent la retraite par points.

Si le débat s’était poursuivi, même les partis d’opposition godillots à l’Assemblée auraient pu se sentir obligés, face à l’impopularité de la réforme, de citer le commentaire à présent bien connu de l’ex-premier ministre de droite, François Fillon. Selon lui, la retraite par points « permet une chose qu’aucun homme politique n’avoue. Ça permet de baisser chaque année le montant, la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions. »

Macron n’a pas voulu de débat sur une réforme si ouvertement hostile à la population alors que le coronavirus révèle au grand jour les failles profondes d’un système médical affaibli par des décennies d’austérité, et cela à deux semaines des élections municipales. Ses atteintes aux revenus et à la santé des masses, la classe dirigeante préfère les ourdir et les imposer à huis clos.

Cette décision provoque une large colère sociale sur fond de résurgence internationale de la lutte des classes. Les derniers mois ont vu des mobilisations de masse en France, mais à travers le monde avec des grèves historiques en Inde et aux États-Unis, et des mobilisations de masse depuis l’Algérie et le Liban jusqu’en Amérique latine. La défense de droits sociaux fondamentaux exige une réorientation politique fondamentale de ces luttes, l’organisation des luttes par des comités d’action indépendants des syndicats, et une nouvelle perspective révolutionnaire internationaliste.

A travers l’Europe, l’aristocratie financière fait sauter les uns après les autres les droits sociaux établis au 20e siècle, lors de luttes de la classe ouvrière européenne contre le fascisme: retraites publiques, statut des fonctionnaires ou des cheminots, accès aux soins médicaux. Aucun de ces droits ne peut être garanti sous un régime capitaliste, mais la pandémie rappelle que ces droits sont essentiels pour sauvegarder la vie des travailleurs de tous les pays.

L’exemple de la France souligne le caractère politiquement criminel de cette offensive. Le prétexte de l’état d’urgence imposé en 2015, qui a établi un État policier pour réprimer les manifestations contre la casse sociale, était des attentats par des réseaux islamistes instrumentalisés en sous-main par l’OTAN pour la guerre en Syrie. Ensuite, des hordes de CRS ont tabassé les manifestants contre la loi travail du PS et à présent la réforme de Macron, toutes deux rejetées par une écrasante majorité des Français et imposées grâce au 49-3.

Ce sont des lois scélérates sans légitimité démocratique aucune, imposées par un État policier au service d’une aristocratie financière qui pose un danger imminent et manifeste à la société.

La nécessité d’une alternative aux appareils syndicaux en faillite est patente. Subventionnés par l’État et le patronat, craignant d’être débordés par les grèves spontanées des cheminots à l’automne, ils se sont sentis obligés d’organiser une grève tout en négociant étroitement avec Macron. Mais quand en décembre-janvier les travailleurs SNCF et RATP se sont lancés dans la plus longue grève en France depuis Mai 68, les syndicats les ont isolés, sans lancer d’autres grèves illimitées, et ont fourni des aides dérisoires. Les grévistes RATP ont reçu 20 euros pour six semaines de grève.

Les partis comme LFI ou le Nouveau parti anticapitaliste d’Olivier Besancenot, qui ont encouragé les travailleurs à se fier à un front commun entre les syndicats, le PS et eux-mêmes contre la réforme, sont démasqués comme des charlatans petits-bourgeois. Comme avec la loi travail du PS, leur stratégie de déposer des centaines d’amendements à la réforme était sciemment impuissante face à une majorité gouvernementale voulant passer en force.

Le déroulement de la lutte a donné raison aux analyses du PES. En décembre, alors que commençait la grève contre la réforme de Macron, le PES lançait l’avertissement, fondé sur la longue analyse du mouvement trotskyste de l’expérience de la classe ouvrière avec l’appareil cégétiste, que les syndicats viseraient à étrangler le mouvement. Il a souligné que seule la direction indépendante par les travailleurs de leurs propres luttes, menées de pair avec celles de leurs frères et sœurs de classe à l’international dans une lutte pour faire chuter Macron, offrait une voie pour aller de l’avant.

Alors que la colère continue à monter contre l’aristocratie financière et contre Macron, cette expérience poussera des travailleurs toujours plus nombreux à tirer ces mêmes conclusions.

Voir également :

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(30 janvier 2020)

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(29 janvier 2020)

De Cavaignac à de Villiers: la lutte des classes et les leçons de l’histoire
(20 décembre 2019)

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(7 décembre 2019)

 

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