Début du procès-spectacle de Julian Assange

Par James Cogan
26 février 2020

Le premier jour de l'audience du tribunal britannique hier pour déterminer si l'éditeur de WikiLeaks Julian Assange sera extradé aux États-Unis n'a laissé aucun doute sur le fait que ce qui se passe est une parodie judiciaire qui menace à la fois la vie d'Assange et les droits démocratiques fondamentaux.

La demande de l'administration Trump de restituer Assange aux États-Unis aurait dû être rejetée en quelques minutes, en raison des lois britanniques qui refusent l'extradition d'individus pour faire face à des accusations à motivation politique.

Assange a été mis en examen pour plusieurs chefs d'espionnage ayant trait à la publication par WikiLeaks en 2010 et 2011 d'informations divulguées révélant des crimes de guerre et des complots diplomatiques américains. On ne peut imaginer une affaire à motivation politique plus flagrante qu'un État cherchant à poursuivre ceux qui ont dénoncé sa criminalité.

Au lieu de rejeter l'affaire, cependant, la juge Vanesssa Baraister a accepté l'affirmation de l’avocat de la couronne James Lewis, représentant le département américain de la justice, qu '«il [Assange] n'est pas accusé de divulgation d'informations embarrassantes ou délicates que le gouvernement aurait préféré garder secrètes.»

Ce mensonge absurde et éhonté est contredit par le chef d'inculpation même retenu contre Assange, qui est accusé de «possession, accès et contrôle non autorisés de documents relatifs à la défense nationale, qu’il a délibérément et illégalement causé et tenté de causer de tels documents à être communiquées, délivrées et transmises à des personnes n'ayant pas le droit de les recevoir… en les publiant sur Internet.»

Autrement dit, Assange est accusé d'avoir publié des documents que le «gouvernement aurait préféré ne pas divulguer», des documents qui étaient «embarrassants» pour le gouvernement américain parce qu'ils montraient que ses forces militaires avaient tué des milliers de civils dans les guerres en Irak et Afghanistan.

Le dossier américain, préfiguré dans les déclarations d'ouverture d'hier, est axé sur l'allégation selon laquelle les noms d’informateurs du gouvernement américain et espions militaires n'ont pas été effacés des documents de WikiLeaks avant leur publication. Les agences américaines, selon Lewis, ont «identifié des centaines de personnes à risque» qui ont été nommées dans des documents. Elles ont «muté» certains, a-t-il affirmé, tandis que d'autres ont «disparu par la suite». Assange, a déclaré Lewis au tribunal, avait «sciemment» mis des personnes en danger.

La même accusation a été portée contre la lanceuse d'alerte Chelsea Manning et elle a été réfutée et discréditée lors de son procès militaire pour avoir transmis les informations à WikiLeaks.

Le général de brigade Robert Carr, l'officier de contre-espionnage qui avait supervisé l'enquête du département américain de la défense, a admis sous serment en 2013 que «je n'ai pas d'exemple précis» de toute personne qui a souffert de préjudice corporel en raison de la publication des fuites. Un nom initial donné par Carr d'une personne qui aurait été tuée à la suite des actions de Manning a été rayé du dossier officiel du procès parce que la dite personne n'avait même pas été identifiée dans les documents.

Lundi, devant le tribunal britannique, Lewis a également admis que «les États-Unis ne peuvent pas prouver la disparition [de quiconque]causée par la divulgation de WikiLeaks». En outre, l’avocat Edward Fitzgerald, représentant Assange, a souligné: «WikiLeaks n'a publié le matériel non expurgé qu'après avoir été publié par d'autres.»

L'audience d'extradition se poursuit néanmoins sur la fausse affirmation qu'Assange a commis un crime. En fait, il a fait ce que de véritables journalistes et éditeurs ont toujours été fières de faire: il a mis à disposition les preuves de la criminalité que les personnes au pouvoir à Washington et ailleurs cherchaient à cacher au peuple. Ses actions en tant qu'éditeur ont été protégées dans le passé par le premier amendement de la Constitution américaine.

La parodie judiciaire qui se déroule à Londres - et celle en préparation aux États-Unis - ne peut cacher à la population mondiale qu'Assange a été implacablement poursuivi parce qu'il a supervisé une révélation accablante pour le gouvernement américain et la réalité des guerres impérialistes et de la diplomatie.

Chelsea Manning fut arrêtée, maltraitée, torturée et condamnée à 35 ans d'emprisonnement et passa sept ans dans une cellule avant que sa peine ne soit commuée en 2017. WikiLeaks fut censuré sur Internet et Assange fut calomniée de fausses allégations d'agression sexuelle. Il fut contraint de mener une lutte prolongée devant les tribunaux britanniques pour tenter d'empêcher son extradition vers la Suède. Il fut contraint de demander l'asile à l'ambassade de l'Équateur à Londres parce que les tribunaux britanniques avaient voulu ignoré la preuve que l'affaire suédoise était montée de toutes pièces et que le gouvernement australien, qui avait la responsabilité de protéger Assange en tant que l'un de ses citoyens, refusa d'intervenir.

Pendant son séjour à l'ambassade de juin 2012 à avril 2019, Assange s'est vu refuser l'accès à des soins médicaux adéquats par le gouvernement britannique et même la possibilité d'accéder directement à la lumière du soleil. Il a enduré ce que les experts médicaux ont qualifié de mauvais traitements physiques incessants et de «torture psychologique». Comme cela a maintenant été bien documenté, UC Global, la société de sécurité censée le protéger ainsi que l'ambassade, l'espionnait en fait pour le compte du gouvernement américain. Elle a enregistré et remis à la CIA ses discussions les plus intimes, y compris celles avec ses représentants légaux.

En violation du droit international, le gouvernement Trump a menacé et soudoyé le gouvernement équatorien pour qu'il revienne sur sa demande d'asile. Assange fut emmené de force par la police et a depuis été incarcéré dans des conditions brutales dans la prison de haute sécurité de Belmarsh en attendant le début de l'audience d'extradition. Manning a été réincarcéré pour avoir refusé de témoigner devant un grand jury contre Assange.

L'argument en faveur du rejet de la tentative américaine de mettre la main sur l’éditeur de Wikileaks par le gouvernement et les tribunaux britanniques est écrasant et irréfutable. Comme c'est le cas pour le gouvernement australien d'intervenir avec tout le poids de ses pouvoirs diplomatiques et juridiques pour exiger la fin de la vendetta brutale contre un citoyen et journaliste australien.

Les actions de l'État américain peuvent être comparées à celles d'un meurtrier qui échappe à la justice mais traque les personnes qui ont fourni des preuves contre lui. Aucun politicien, officier militaire ou diplomate n'a jamais été tenu responsable des meurtres de masse et des complots antidémocratiques révélés dans les documents divulgués par Manning et publiés par WikiLeaks. Au lieu de cela, ce sont Julian Assange et Chelsea Manning qui sont dans des cellules de prison, et Assange qui risque une condamnation à perpétuité pouvant aller jusqu'à 175 ans dans un endroit reculé le plus sombre du système carcéral fédéral américain.

Des millions de personnes dans le monde et des dizaines d'organisations, aujourd'hui, élèvent la voix pour défendre Assange et Manning. Un puissant mouvement international se dessine. Mais il doit assimiler et ss'appuyer sur la leçon des grandes luttes passées pour libérer les prisonniers de guerre de classe et les victimes des coups montés d'État. Seule la peur d'une mobilisation politique de masse de la classe ouvrière obligera ses persécuteurs à les libérer.

La liberté d'Assange et de Manning ne sera pas obtenu en faisant appel aux principes démocratiques et moraux inexistants auprès de dirigeants politiques tels que le Premier ministre Boris Johnson et les dirigeants du Parti travailliste au Royaume-Uni, le Premier ministre australien Scott Morrison et le dirigeant du Labour Anthony Albanese en Australie, sans parler de Trump ou de l'establishment du Parti démocrate aux États-Unis qui sont déterminés à détruire WikiLeaks.

Au contraire, la défense d'Assange doit être basée sur les luttes croissantes de la classe ouvrière. Partout dans le monde, les travailleurs sont engagés dans une vague croissante de grèves et de protestations politiques et c'est cette force sociale qui libérera Assange et tous les autres prisonniers de guerre de classe.

Les travailleurs doivent comprendre que la défense des droits démocratiques est indissociable de la lutte pour l'égalité sociale. Comme l’a dit un intervenant lors d'un rassemblement du Parti de l'égalité socialiste en défense d'Assange à Sydney, l'Australie le 22 février: «Nous n'aurons pas de voix au chapitre sur quelque question que ce soit si nous n'avons pas d'informations honnêtes et la liberté d'expression.»

Le mouvement en développement pour défendre Assange doit consacrer son énergie à mobiliser le mouvement encore plus grand qui est à l’œuvre dans la classe ouvrière contre les inégalités sociales, la menace du fascisme et de la dictature et le danger croissant de la guerre. L'immense pouvoir de la classe ouvrière est la force qui peut mettre fin à la mascarade judiciaire qui se déroule à Londres et garantir la liberté immédiate et inconditionnelle d'Assange.

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(Article paru en anglais le 25 février 2020)

 

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