Le soutien s’accroit pour Julian Assange à la veille des audiences d'extradition

Par Oscar Grenfell
21 février 2020

À la veille des audiences du tribunal britannique pour l'extradition de Julian Assange vers les États-Unis lundi prochain, il y a une prise de conscience grandissante quant au fait qu' une grave injustice, qui aura des implications profondes pour les droits démocratiques de millions de personnes, est en voie de réalisation.

L'enjeu critique est de transformer ce sentiment latent en un mouvement politique de masse de la classe ouvrière, luttant pour bloquer l'extradition d'Assange et garantir sa liberté totale.

Les enjeux sont de taille.

La tentative d'envoyer l'éditeur de WikiLeaks dans une prison américaine pour avoir révélé des crimes de guerre est l'attaque la plus radicale contre la liberté de la presse depuis des décennies. Les avocats et collègues d'Assange, tels que l'avocate Jennifer Robinson et le rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnson, ont tiré la sonnette d'alarme: si Assange est extradé aux États-Unis, le même sort peut être réservé à tout journaliste, éditeur ou activiste qui se met à dos le gouvernement américain.

A demonstrator holds a banner outside Westminster Magistrates Court in London, February 19, 2020 [Credit: AP Photo/Kirsty Wigglesworth]

Assange a déjà subi ce que le responsable des Nations Unies, Nils Melzer, a qualifié de torture psychologique de la part des gouvernements qui le persécutent. Il risque désormais d'être traité comme un terroriste, dans les confins les plus sombres d'une prison de la CIA, pour le restant de ses jours.

Mercredi, lors d'une audience administrative, le fondateur de WikiLeaks était émacié et a récité sa date de naissance sur un ton hésitant. Ses avocats ont indiqué que lors de l'audience pleinement constituée ils mettraient en exergue l'interdiction d'extradition de la Grande-Bretagne vers les États-Unis pour des infractions politiques et détailleraient les innombrables abus dont Assange a été victime, notamment le fait qu’il a été espionné à l'ambassade de l'Équateur à Londres par des agences de renseignement américaines alors qu'ils il était un réfugié politique.

Les éléments de preuve déjà avérés font de la tentative d'extradition un simulacre de procès illégal.

Cependant, les responsables de la presse institutionnelle n’accordent pas beaucoup d’importance en général à ces questions. Au lieu de cela, ils se sont concentrés sur la révélation qu'un témoin de la défense témoignera que le président américain Donald Trump a offert une grâce à Assange par l’intermédiaire de l'ancien député républicain Dana Rohrabacher fin 2017. L'offre aurait été en échange de preuves réfutant les affirmations selon lesquelles Trump aurait été élu grâce à «l'ingérence russe» lors des élections de 2016.

Les médias alignés sur le Parti démocrate ont déjà réagi de manière hystérique, affirmant que la révélation justifie leurs théories du complot discréditées du «Russiagate» impliquant un lien entre Trump, la Russie et WikiLeaks. En réalité, les négociations entre Rohrabacher et Assange avaient été rendues publiques à l'époque, en août 2017.

Assange, en outre, n'a pas eu à se faire convaincre pour nier la participation russe à la publication par WikiLeaks en 2016 des courriels du Comité national démocrate (DNC) établissant la corruption flagrante de cette organisation. Il a déclaré à plusieurs reprises que la Russie n'était pas à l'origine des courriels. Son proche collaborateur Craig Murray a déclaré qu'ils avaient été fournis par des initiés du DNC. Et quel que soit le contenu des discussions, c'est le gouvernement Trump qui dirige désormais la tentative de poursuivre et d'emprisonner Assange.

Les calomnies du Parti démocrate contre Assange et les tentatives prolongées des élites dirigeantes au niveau international pour l'isoler sont en train de s’effondrer.

Ceci est le cas en Allemagne, où les principaux journaux, artistes et politiciens à la retraite ont condamné la persécution d'Assange, et dans la décision des députés australiens Andrew Wikie et George Christensen de rendre visite à Assange dans la prison de Belmarsh cette semaine et d'exiger que le gouvernement australien le défende comme un de ses citoyens.

Ces initiatives ont été sans aucun doute une réponse à une vague de soutien venant d'en bas. Une large sympathie populaire pour Assange est l'une des expressions d'une radicalisation politique croissante des travailleurs et des jeunes, qui sont de plus en plus attirés par les positions de gauche, antiguerre et socialistes sur fond d'une recrudescence de la lutte des classes et d'une explosion du militarisme impérialiste.

La question décisive est de savoir comment mener la lutte. La plus grande erreur – et la voie qui mènera à coup sûr à l'extradition d'Assange – serait de nourrir l'illusion que tout élément de l'État capitaliste, en Grande-Bretagne ou ailleurs, garantirait la liberté du fondateur de WikiLeaks.

Le leader travailliste britannique Jeremy Corbyn est à l'avant-garde des efforts visant à orienter les défenseurs d'Assange vers l'establishment politique, celui-là même qui est responsable de sa terrible situation.

Le chef travailliste, comme ses collègues, avait encouragé l’effort d’un coup monté contre Assange sur de fausses allégations d'inconduite sexuelle en Suède. Corbyn est ensuite resté silencieux sur Assange, prisonnier politique de la Grande-Bretagne, pendant plus de 10 mois, y compris tout au long des élections générales de l'an dernier. L'objectif évident était de réprimer l'opposition, en particulier parmi les membres du Parti travailliste de la base, à l'extradition d'Assange.

Maintenant, après avoir perdu les élections et ayant capitulé à chaque fois devant la droite de son propre parti, Corbyn a déclaré qu'il s'oppose à la persécution américaine d'Assange. Cette déclaration, quelques semaines seulement avant sa démission du poste de chef du parti, vise à redorer le blason du Parti travailliste et à détourner l’expression de la colère générée par les attaques contre Assange vers le cadre parlementaire.

Cela a été démontré par les tentatives de Corbyn cette semaine de présenter le premier ministre conservateur Boris Johnson comme quelqu’un qui a été converti sur le tard à la lutte pour la défense de la liberté de la presse.

Dans une interview à l'Australian Broadcasting Corporation, Corbyn a déclaré qu'en réponse à une question qu'il avait posée au Parlement, Johnson avait «accepté» que le traité d'extradition entre la Grande-Bretagne et les États-Unis était «bancal». Corbyn l’a proclamé comme un «grand changement» du gouvernement.

Corbyn a ensuite déclaré que Johnson «semble comprendre qu'il existe un principe selon lequel quelqu'un qui parle et dit la vérité, comme l'a fait Julian Assange, ne devrait pas être expulsé vers les États-Unis».

Johnson est une figure d'extrême droite. Son programme est le nationalisme britannique, le renforcement des forces armées, une attaque contre les droits sociaux de la classe ouvrière et la répression de l'État policier. Il a jubilé quand Assange a été illégalement traîné hors de l'ambassade de l'Équateur par des policiers britanniques l'année dernière.

Corbyn a fait ces commentaires au moment où il a été révélé que Johnson s'est entouré de conseillers fascistes, y compris des défenseurs ouverts de l'eugénisme.

Les demandes de Corbyn pour que Johnson adopte une attitude morale sont une tentative de détourner l'opposition à la persécution d'Assange vers des voies inoffensives. La défense d'Assange, comme pour tous les droits démocratiques, est indissociable de la lutte pour construire un mouvement socialiste de masse de la classe ouvrière.

En d'autres termes, la campagne pour libérer Assange est un élément clé de la lutte pour tous les droits sociaux et démocratiques de la classe ouvrière.

Elle est inséparable de la lutte pour mettre fin au militarisme et à la guerre, sur fond de préparatifs des grandes puissances à de nouveaux conflits catastrophiques. Cela fait partie de la lutte pour empêcher la censure d'Internet par les gouvernements, à mesure qu’ils se tournent vers des mesures de plus en plus autoritaires pour réprimer l'opposition sociale de masse.

[image]Campagne du Parti de l'égalité socialiste (Australie) à Toronto, Nouvelle-Galles-du-Sud - https://www.wsws.org/asset/6c1dc348-b62d-4764-b0da-828e3dd9131O/image.jpg?rendition=image480[/image]

Les millions de travailleurs qui entrent dans de grandes batailles de classe, en France, au Liban et au Chili, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Australie, constituent la base pour la défense d'Assange, la courageuse lanceuse d'alerte Chelsea Manning et tous les prisonniers de guerre de classe.

Dans le cadre de son combat pour mobiliser la classe ouvrière pour la défense d'Assange, le WSWS et les Partis de l'égalité socialiste organisent une série d'initiatives au cours des prochaines semaines, notamment des rassemblements à Sydney et Melbourne ce week-end, et une réunion publique à Londres ce dimanche. Nous encourageons vivement tous les défenseurs des droits démocratiques à y assister.

À lire également:

La chasse aux sorcières internationale contre Julian Assange

(Article paru en anglais le 20 février 2020)

 

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