Macron tente de passer en force pour casser les retraites

2e Partie: les appareils syndicaux préparent les retraites par capitalisation

Par Jacques Valentin
5 février 2020

Malgré la fin de la grève des transports à la RATP et à la SNCF, l’opposition des travailleurs au projet de loi sur les retraites que veut imposer le gouvernement reste massive. Les grèves se poursuivent dans de nombreux secteurs et la participation aux manifestations partout en France est importante. Les sondages montrent le soutien continu aux grévistes et l’opposition grandissante à la réforme dans l’opinion, ainsi qu’un effondrement du soutien à l’action et à la réforme du président.

Les syndicats viennent de commencer à négocier le volet financier du projet de retraite, comme si de rien n’était, alors qu’une grève des transports de six semaines se termine à peine. La CGT vient de mettre fin à son opposition de façade avec la CFDT, et le chef de la CGT Philippe Martinez assiste aux négociations pour organiser l'austérité avec les autres dirigeants syndicaaux.

Tout en organisant des coupes drastiques pour le futur régime de retraite, leur réforme fait des cadeaux fastueux aux groupes financiers pour leurs produits de retraite par capitalisation et autres placements. L’asservissement de Macron à la finance s’est illustré, comme l’a révélé le Canard Enchainé, par l’organisation d’un mini-Davos au sein même du palais de l’Élysée au mois d'octobre 2017. L’Élysée a été privatisé pour l’occasion, du jamais vu en France, pour inviter les pontes de la finance internationale, dont la multinationale BlackRock. Cinq ministres, dont Edouard Philippe ainsi que le président sont venus leur faire des courbettes.

Pour satisfaire les groupes financiers, les cotisations qui sont obligatoires jusqu'à 324.000 euros de salaire annuel ne le seront plus que jusqu'à 120 000 euros dans le futur régime. Au-delà sera acquittée une cotisation de solidarité de 2,81 pour cent non génératrice de droits. Selon Les Echos, de 300 à 350.000 assurés sont concernés: 200.000 salariés, 100.000 libéraux, 30.000 artisans-commerçants agriculteurs et 15.000 fonctionnaires ou salariés des régimes spéciaux.

Un salarié payé 200.000 euros annuels verra ses cotisations allégées de 6.000 euros sur la partie supérieure à 120.000 euros. S'il gagne 300.000 euros, il gagnera 13.400 euros de revenu net.

Cela entraînera une perte de recettes de 4,5 milliards d’euros par an pour le régime de retraite. C’est une très bonne affaire pour les entreprises, qui ne paieront plus leur part des cotisations pour les salariés concernés et surtout c’est une aubaine extraordinaire pour les grands groupes financiers qui verront affluer de très nombreux gros clients à la recherche de placements pour leur épargne.

Avec la loi Pacte et via différents dispositifs, le gouvernement veut inciter les couches sociales les plus aisées à cotiser dans des systèmes de retraites complémentaires privés, tandis que la retraite de la grande majorité des travailleurs qui n’y auront pas accès sera sans cesse réduite.

Alors que le projet de loi apparaît de plus en plus pour ce qu’il est, un coup de force contre les travailleurs rejeté par l’opinion, le fait que le gouvernement ait pu déposer le projet de loi dans les délais prévu, malgré les grèves et les manifestations, tient au rôle traître joué par les syndicats. Ceux-ci ont participés sans faiblir pendant deux ans à l’imposture des négociations avec Jean-Paul Delevoye, le Haut-commissaire à la Réforme des retraites, selon un mécanisme bien rodé qu’ils ont également suivi pour tous les autres projets de casse sociale du gouvernement.

La décision des appareils syndicaux de négocier la réforme des retraites est réactionnaire et régressive, car il n’y a rien à négocier avec le gouvernement.

Le premier ministre a indiqué que les mesures proposées étaient non négociables, avec trois milliards d'euros d'économies à faire dès 2022, augmentées par palier à 12 milliards en 2027 pour préparer les mesures d’austérité encore plus drastiques qui prévaudront avec la retraite à point. Il a clairement expliqué que dans la négociation les syndicats pourront «choisir» entre porter la retraite à 64 ans ou sabrer dans le montant des retraites. Cela n’a pas dissuadé les syndicats de venir négocier.

Les fédérations syndicales oeuvrent contre leurs propres bases

La décision des centrales syndicales de négocier la casse des acquis sociaux est significative, car la réforme de Macron vise en particulier leurs propres bases: les travailleurs du secteur public. Le gouvernement a promis un âge de départ spécifique dérogatoire pour les militaires et les policiers, qui sont devenus les piliers du régime pour attaquer les manifestants. En général, par contre, la réforme appauvrit les fonctionnaires, un des objectifs essentiels de la réforme étant de débarrasser l’État de la gestion de leurs retraites.

Cétait d’autant plus urgent qu’une loi de 2019 permet d’embaucher de plus en plus d’agents de droit privé dans l’administration, aggravant ainsi le déficit du système actuel. Les fonctionnaires partent dans le meilleur des cas avec 75 pour cent du dernier salaire, pour ceux ayant effectué une carrière complète dans l’administration et ayant toutes leurs annuités. La retraite est calculée hors les primes qui sont une composante souvent importante de leur salaire. Ces 75 pour cent compensent les très longues périodes de début de carrière mal payées de la plupart des fonctionnaires.

Malgré cela les retraites restent faibles pour les agents d’exécution de catégorie C, représentant environ 50 pour cent des emplois et dont les salaires de fin de carrière restent modestes. On s’attend donc à ce que la réforme entraîne une baisse considérable du niveau des retraites.

La nécessité de comités d’action inédpendants des syndicats

Face au rôle réactionnaire des appareils syndicaux et de leurs alliés, la voie pour aller de l’avant est de construire des comités d’action, indépendants des syndicats. Déjà, les grèves et les luttes ne s’organisent que lorsque la base déborde les appareils syndicaux et leur impose la grève. Au courant de l’année dernière, à travers le monde – avec les grèves de l’automobile aux USA et au Mexique, des plantations de thé au Sri Lanka, ou dans les manifestations en Algérie et en Irak – les luttes commencent uniquement quand les travailleurs débordent les vieux appareils.

Ce phénomène de radicalisation de la base s’est progressivement amplifié au cours de 2019, notamment en France sous l’influence depuis 15 mois du mouvement des "gilets jaunes". En temps normal, les syndicats français se contentaient d’organiser des grèves ponctuelles ou perlées inefficaces, qui ont pour seul but de démoraliser les travailleurs.

Ce phénomène est lié à la transformation radicale de la fonction sociale des syndicats qui ne représentent plus les travailleurs mais sont liés par une multitude de liens à la classe dirigeante, contre laquelle ils sont impuissants dans une société capitaliste mondialisée.

Dans le contexte du capitalisme en déclin, de la montée vertigineuse des inégalités sociales et du pillage des richesses par une élite minuscule, les syndicats sont étroitement associés au démantèlement des acquis sociaux. Dépourvus d’une base ouvrière de masse, et dépendant financièrement du patronat et de l’État, ils négocient l’austérité pour assurer la compétitivité de «leur» capitalisme. Dans tous les pays, ils suivent attentivement le niveau d’exploitation des travailleurs pour que l’activité économique soit plus rentable que chez leurs rivaux économiques.

Les «gilets jaunes» ont démontré par contre la force potentielle d’un mouvement organisé indépendamment des syndicats, et qui refuse la perspective de négocier avec l’État. Le Parti de l’égalité socialiste insiste que ce mouvement, qui mobilisait à peine quelques centaines de milliers de personnes, a démontré la puissance potentielle d’un mouvement qui mobiliserait les travailleurs dans leur ensemble en France et internationalement dans une lutte pour le pouvoir. Les organes qui permettraient d’organiser une telle lutte sont des comités d’action indépendants, mobilisés sur une perspective internationaliste, socialiste et révolutionnaire.

 

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