Grève générale pour l'emploi et les retraites au Pays basque espagnol

Par Alejandro López
4 février 2020

Des grèves et des manifestations éclatent dans toute l'Espagne, démasquant rapidement le peu qui reste des prétentions «de gauche» du nouveau gouvernement du Parti socialiste (PSOE) et Podemos.

Au Pays basque (Euskadi) et dans la région basquophone de Navarre, des dizaines de milliers de manifestants et de grévistes se sont joints à une journée de grève générale appelée par les syndicats nationalistes basques sous le slogan «Emplois, retraites et vie décente». Outre les demandes visant à lier les retraites à l'inflation et à augmenter les pensions de l'État, des revendications plus larges de la classe ouvrière ont été formulées. Parmi celles-ci figurent «la fin de la précarité», un salaire minimum de 1200 euros, une semaine de travail de 35 heures et «un système de services sociaux public, universel et gratuit».

Le jeudi matin, les rues, les lieux de travail et les écoles du Pays Basque ont été désertés, des centaines de milliers de personnes ayant rejoint la grève. Les principales usines de la région - celles du constructeur automobile Volkswagen, du constructeur de chemins de fer et d'autobus CAF, et des aciéries Sidenor et Arcelor Mittal - ont été fermées, ainsi que des bars, des restaurants et des petites entreprises. Dans le secteur public, le soutien a été écrasant, les conseils municipaux, les hôpitaux, les écoles et les universités ayant également fermé leurs portes.

Des piquets ont bloqué les routes principales et les principales villes de la région ont connu des manifestations de masse: 50.000 personnes ont défilé à Bilbao (350.000 habitants), 35.000 à Saint-Sébastien (185.000 habitants), 35.000 à Pampelune et 25.000 à Vitoria-Gasteiz.

Fait remarquable, les grévistes se sont associés aux travailleurs de l'autre côté de la frontière en France pour bloquer la gare centrale d'Hendaye, desservie par les TGV français et les services locaux TER, ainsi que les services Arco exploités par les compagnies ferroviaires espagnoles RENFE et EuskoTren.

La police du gouvernement PSOE-Podemos a arrêté 10 manifestants au Pays Basque pour diverses raisons, notamment pour avoir dessiné des graffitis et endommagé des caméras de sécurité.

Les principaux syndicats espagnols, l'Union générale du travail (UGT), un syndicat social-démocrate, et les Commissions ouvrières (CCOO) staliniennes se sont opposés à la grève. Ils l'ont déclarée «non conforme» au soutien du gouvernement PSOE-Podemos.

Il est essentiel que les travailleurs retirent la grève des mains des syndicats, forment leurs propres comités d'action indépendants et lancent un appel au soutien de la classe ouvrière dans toute l'Espagne contre ce gouvernement réactionnaire. Podemos a commencé à soutenir le gouvernement régional du Parti nationaliste basque (PNV) après que le PNV eut soutenu l'installation du gouvernement national du PSOE-Podemos à Madrid. Avant la grève, dans une tentative de la briser, Podemos avait soutenu les exigences du PNV en matière de «service minimum», selon lesquelles

30 % des services publics étaient obligés de fonctionner.

Cette grève fait partie d'une recrudescence mondiale de la lutte des classes, alors que les travailleurs de toute la planète se rebellent contre les niveaux obscènes d'inégalités sociales produits par le capitalisme. Des grèves ont éclaté dans les industries automobiles américaine et mexicaine, dans les plantations de thé du Sri Lanka et contre les réductions des retraites du président français Emmanuel Macron. Dans tous ces cas, les travailleurs ont été en opposition directe avec les syndicats. La voie à suivre est une lutte internationale pour transférer le pouvoir de l'État à la classe ouvrière.

Podemos a lancé des attaques à peine voilées contre la grève pour avoir prétendument perturbé l'unité nationale. Son compte Twitter au Pays Basque a déclaré: «Nous respectons l'appel du 30 janvier. Mais nous constatons que la grève a perdu son caractère de revendication ouvrière et a acquis une nature sociale et politique, d'où le fait que l'unité sociale et syndicale n'a pas été réalisée.» Lander Martínez, le chef du parti dans la région, a déclaré sans ambages: «La grève ne donne pas confiance à un gouvernement nouvellement installé», c'est-à-dire le gouvernement pro-austérité du PSOE-Podemos.

Craignant une opposition ouvrière croissante, la faction pabliste Anticapitalistas de Podemos, dirigée par Teresa Rodríguez, a déclaré: «Nous ne pouvons pas dire en Euskadi que nous ne devons pas faire une grève générale, car nous faisons partie du gouvernement.»

Les syndicats espagnols, basques et français jouent tous un rôle réactionnaire. Ils cherchent tous à diviser le mouvement ouvrier contre le chômage, les faibles retraites et la baisse du niveau de vie selon des critères nationaux et à le subordonner à des partis anti-travailleurs comme Podemos.

Les syndicats CCOO, UGT et la Confédération générale du travail (CGT) d'Espagne se sont opposés à la grève basque, affirmant qu'elle avait une dimension «nationaliste». Il s'agit d'une fraude politique cynique. Le soutien des syndicats basques à la bourgeoisie régionale basque et à ses appels à un État capitaliste séparé est nationaliste et réactionnaire, mais les appels de CCOO, UGT et CGT à défendre le gouvernement espagnol contre les travailleurs le sont également. Leurs critiques des syndicats basques visent simplement à donner une couverture «de gauche» à leur hostilité à la grève.

En France, pendant ce temps, la CGT française est profondément engagée en pourparlers avec le président Emmanuel Macron pour financer les réductions des retraites largement détestées, alors même que des centaines de milliers de travailleurs et de jeunes manifestent en signe de protestation.

La CGT vise à étouffer une colère explosive contre Macron, même après que les travailleurs des chemins de fer et des transports en commun, privés de leurs indemnités de grève, aient été contraints de reprendre le travail il y a deux semaines, mettant fin à une grève de six semaines.

Une éruption beaucoup plus large d'opposition à l'Union européenne et au gouvernement PSOE-Podemos est en préparation. Au milieu des grèves de défense des retraites de la semaine dernière, une manifestation de trois jours s'est déroulée dans le secteur agricole espagnol, intitulée «Pour défendre leur avenir.» Les agriculteurs protestent contre les faibles bénéfices, les restrictions commerciales liées au Brexit, les droits de douane du président américain Donald Trump, les sanctions de l'UE contre la Russie et les réductions attendues des subventions de la politique agricole commune (PAC) de l'Union européenne.

La répression policière des manifestations d'agriculteurs par le gouvernement PSOE-Podemos a fait des dizaines de blessés. Une puanteur d'hypocrisie entoure les tentatives de Podemos de dissimuler son rôle dans la répression étatique des protestations de masse contre ses politiques de droite.

La ministre de l'égalité, Irene Montero (Podemos), a versé des larmes sur la «situation difficile» des agriculteurs et a fait l'éloge du droit de manifester: «J'ai déjà défendu ce droit auparavant et je le défendrai encore plus maintenant.» Au même moment, le chef du gouvernement dans lequel elle siège, le Premier ministre Pedro Sánchez, autorisait la police à tirer des balles en caoutchouc sur les agriculteurs qui manifestaient.

Alors que le PSOE et Podemos répriment les travailleurs et les agriculteurs qui luttent contre leur programme d'austérité, ils répètent le vieux mensonge utilisé contre les manifestations des «Gilets jaunes» français selon lequel les grèves ou manifestations contre un gouvernement social-démocrate seraient fascistes.

L'un des principaux défenseurs de Podemos, le journaliste Antonio Maestre, a écrit dans une chronique d'eldiario.org intitulée «La base rurale du fascisme», que «la stratégie de l'extrême droite dans les manifestations des agriculteurs ne peut être ignorée.» Rappelant que les propriétaires terriens des XIXe et XXe siècles ont mobilisé les petits agriculteurs contre leurs propres intérêts, il écrit: «Nous devons enfin rompre cette unité d'action réactionnaire» entre l'oligarchie et «les intérêts des journaliers et des petits exploitants.» Il a appelé à «isoler les "paysans de salon" qui reçoivent des millions d'euros de subventions de la PAC et utilisent les campagnes et leur souffrance pour briser le progrès social.»

C'est un mensonge politique. Tout d'abord, la chronique de Maestre ne donne aucune preuve que les partis d'extrême droite mènent les manifestations des agriculteurs; les dirigeants de Podemos, en revanche, sont vus en vidéo en train de discuter et de rire avec les membres fascistes du parti Vox au Parlement. Deuxièmement, s'il y a un danger que Vox établisse une base parmi les travailleurs ruraux, c'est parce que Podemos et ses alliés ont travaillé pendant de nombreuses années pour réprimer l'opposition de gauche au PSOE. Ils s'efforcent à nouveau de stimuler Vox, en menant des politiques anti-ouvrières tout en dénonçant toute opposition comme fasciste.
La lutte des classes nécéssite une rupture sans compromis avec Podemos. Il est essentiel d'amener des couches plus larges de la classe ouvrière à lutter contre le gouvernement PSOE-Podemos en Espagne, et d'unifier les luttes en Espagne, en France et dans toute l'Europe contre l'UE. Contre le poison nationaliste et le militarisme de la classe dominante, la question décisive est de forger l'unité internationale de la classe ouvrière dans la lutte révolutionnaire.

(Article paru en anglais le 3 février 2020)

 

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