Appareillage du Charles de Gaulle: l’Europe intensifie l’ingérence au Moyen Orient

Par Anthony Torres
22 janvier 2020

Hier le porte-avions Charles de Gaulle a appareillé de Toulon, suite à l’annonce par Macron lors de ses vœux à l’armée, le 16 janvier, qu’il rejoindrait l’opération Chammal pendant trois mois, dans le cadre de la coalition dirigée par Washington qui ciblerait Daech en Syrie. Ceci intervient suite à l'assassinat par Washington du numéro 2 du régime iranien, le général Qassem Soleimani, et à la conférence sur la Libye à Berlin. Ainsi la France et les puissances européennes intensifient leur l’ingérence militaire au Moyen Orient et en Méditerranée.

Paris a aussi annoncé hier une mission européenne de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz impliquant des navires allemands, belges, néerlandais, espagnols, portugais, et grecs. Le ministre des Affaires Étrangères a publié un communiqué qui déclare que Paris envoie au Moyen Orient du Charles de Gaulle, dont les Rafale sont dotés de têtes thermonucléaires, sur fond de risque croissant de guerre.

Selon ce communiqué, «Les récents événements au Moyen-Orient sont très préoccupants car ils attisent les tensions et accroissent le risque d’un éventuel conflit de grande ampleur. Dans le plein respect du droit international, notamment de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, la mission fournira de façon concrète une connaissance et une surveillance accrues de la situation maritime, par le déploiement de moyens de surveillance maritime supplémentaires dans le Golfe et dans la mer d’Arabie.».

Sur Europe 1, la ministre des Armées, Florence Parly, a nié que ces missions constituent «une pression vis-à-vis de l’Iran. … La France a marqué son désir de pouvoir contribuer à la désescalade dans une région qui subit de très fortes tensions. Nous sommes arrivés à un point où il n’y a plus d’escalade, ou en tous cas, l’escalade semble avoir cessé». Parly a prétendu que l’envoi du porte-avions constitue un «contrepoids à la stratégie américaine de pression maximale sur l’Iran».

Contrairement à ce qu'indique Parly, cette mission témoigne de l’implication grandissante de l'Europe, dans le sillage de Washington, dans la spirale vers la guerre au Moyen-Orient. Les pays impérialistes cherchent toutes à défendre leur part des profits extraits du pillage de la région. Washington considère notamment l'Iran comme un obstacle à sa domination du Moyen Orient, et qui noue de surcroît des liens avec la Russie et la Chine après 30 ans de guerre impérialiste initiés par l’invasion par l’OTAN de l’Irak en 1991.

L’envoi du Charles de Gaulle au Moyen-Orient intervient dans un contexte de tension extrême après l'assassinat du général Soleimani par un drone américain le 3 janvier en Irak. Cet envoi peut avoir des conséquences graves non seulement pour les Français, mais pour les travailleurs du monde entier. Le monde est à une ou deux décisions d’une étincelle qui ferait basculer le monde dans une guerre régionale, voire mondiale.

Ces préparatifs de guerre démontrent aussi la témérité des classes dirigeantes impérialistes qui préparent la guerre pour tenter d’étrangler la montée des luttes de classe. L'année 2019 a été marquée par l'éruption de grèves des travailleurs de l’automobile et les enseignants américains, de nombreux pays européens, ainsi qu’en Irak, au Liban et à travers le Moyen Orient. Depuis plus d’un an, Macron est face au mouvement «gilets jaunes» lancé indépendamment des syndicats.

La réforme des retraites du gouvernement Macron a entraîné des couches plus large de travailleurs à lutter contre le gouvernement dans le plus long conflict depuis la grève générale de Mai 68.

Avant que le porte-avions ne se rende au Moyen Orient, fait inédit, le Premier ministre se rend aujourd’hui sur le Charles de Gaulle pour observer des appontages et catapultages des Rafale et Hawkeye embarqués à son bord. Ensuite Édouard Philippe et Parly iront ensuite à Lyon jeudi après-midi. Les deux ministres se rendront sur la base aérienne 942 de Lyon-Mont Verdun au sein du commandement de la défense aérienne. Ils participeront à une mission de police du ciel depuis le centre national des opérations aériennes.

Macron associe Philippe, chargé par la constitution française de politique sociale et intérieure, à la guerre et au nationalisme. D’ailleurs l’Iran n'est pas le seul pays visé par les puissances européennes dont les vaisseaux escortent le Charles de Gaulle: elles cherchent aussi à intimider la Turquie. La Turquie est visée, par exemple, par une politique française visant à reserrer ses liens avec Chypre, le Grèce et l’Égypte en cassant l’accord turco-libyen.

Selon le site Opex360, «En outre, Nicosie, Athènes et Le Caire protestent vigoureusement contre l’accord sur les frontières maritimes conclu entre le gouvernement d’union national libyen [GNA] et Ankara. Accord qui permet à la Turquie d’étendre son plateau continental et de perturber le projet de gazoduc EastMed. Évoquant les forages ‘illégaux’ de la Turquie dans la ZEE chypriote lors d’une audition parlementaire, en octobre, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, avait prévenu: ‘Nous avons décidé de mettre en place un régime-cadre de sanctions si, d’aventure, la Turquie poursuivait ces opérations. Nous allons prévoir une présence militaire dans cette zone.’»

Comme l'a souligné le WSWS après l'assassinat de Soleimani, «Personne ne devrait faire l'erreur de sous-estimer les conséquences de la guerre avec l'Iran. Le développement du conflit va rapidement acquérir une dimension mondiale. Ce n'est qu'une question de temps avant que la logique du conflit - qui affecte les intérêts vitaux d'innombrables États sur la vaste masse terrestre eurasienne - n'entraîne de nombreux pays dans le tourbillon de la guerre.»

Trente ans après la dissolution stalinienne de l'URSS, le monde entre dans une phase politique très dangereuse. Les conflits entre grandes puissances – qui sous-tendaient les tentatives du Pentagone de dominer l’Eurasie après la dissolution de l’URSS, par des guerres en Irak, en Afghanistan, en Yougoslavie, en Syrie, en Ukraine et maintenant en Iran – éclatent grand jour. Comme en 1914 ou 1939, Washington, Moscou et les autres grandes puissances se préparent toutes à se faire la guerre.

Lors du «pivot vers l'Asie» amricain pour défendre l’hégémonie mondiale de Washington en isolant politiquement et militairement la Chine, la France a également menacé d’envoyer le Charles de Gaulle en mer de Chine méridionale au nom de la « liberté de navigation ». Paris avait passé un accord avec l’Inde, puissance rivale de la Chine en Asie, avec l’option d’installer ses forces en Inde.

Alors que le Charles de Gaulle se prépare à partir pour le Moyen-Orient, Macron a annoncé que le porte-avions ira aussi dans l’Atlantique et en mer du Nord pour viser la Russie. Selon une étude de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées relayée par Opex360: «Les enjeux sécuritaires … rejoignent les intérêts stratégiques de la France. D’où, d’ailleurs, la mission française Lynx, menée sous l’égide de l’Otan dans les pays baltes.»

Face à l’accumulation de crises géopolitiques et sociales pour lesquelles la bourgeoisie mondiale n’a aucune solution progressiste, Macron et les puissances européennes jouent sur la guerre. Ainsi ils tentent non seulement de pourrir l’atmosphère politique mais de légitimer la construction d’un appareil d’État militaro-policier à même de réprimer les travailleurs. Ces dangers, ainsi que les dangers d’une guerre régionale ou mondiale posée par la politique impérialiste, souligne la nécessité pour les travailleurs en lutte de s’orienter vers la construction d’un mouvement antiguerre mondial.

 

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