Allemagne: Le constructeur automobile Opel va supprimer 4100 emplois

Par Peter Schwarz
17 janvier 2020

Le constructeur automobile allemand Opel prévoit de supprimer 2.100 emplois supplémentaires en Allemagne d'ici la fin 2021. La nouvelle a été annoncée par le directeur des ressources humaines de l'entreprise, Ralph Wangemann, et le président du comité d'entreprise, Wolfgang Schäfer-Klug, lors d'une réunion du personnel au siège de l'entreprise à Rüsselsheim, mardi.

Ces licenciements ne sont que la partie visible de l'iceberg. Le comité d'entreprise et le syndicat IG Metall ont donné le feu vert à la direction d'Opel pour supprimer 2.000 emplois supplémentaires d'ici la fin de la décennie. Après ces réductions, sur les 19.000 salariés qui travaillaient pour Opel en Allemagne avant la vente de l'entreprise par General Motors à l'entreprise française PSA en 2017, il n'en restera que 8.100, soit moins de la moitié.

En outre, des milliers d'emplois ont été perdus dans les industries de sous-traitance connexes, emplois qui ne sont pas couverts par la protection contre les licenciements obligatoires. Le prestataire de services logistiques Rhenus SCR, qui employait 700 personnes il y a deux ans à Rüsselsheim, a annoncé qu'il arrêtait ses activités et licenciait les 95 travailleurs restants. Opel a mis fin à son contrat avec l'entreprise et prévoit d'effectuer le même travail avec son propre personnel.

La Lear Corporation, qui produit des sièges pour Opel, prévoit également de fermer son usine de Ginsheim-Gustavsburg après avoir réduit le nombre de ses employés de 400 à 250.

Comme c'est le cas depuis longtemps dans l'industrie automobile et mécanique allemande, les plans de licenciement ont été élaborés et approuvés par les «représentants des travailleurs» dans les syndicats avant même que les travailleurs ne soient informés. Les syndicats et les comités d'entreprise considèrent comme leur priorité absolue la répression de toute opposition de la part du personnel et la facilitation de la stratégie de l'entreprise.

Citant les commentaires des «milieux syndicaux», le journal allemand Handelsblatt a écrit que l'accord est douloureux, mais qu'il s'agit de la «meilleure solution possible» dans la situation où «le patron d'Opel, Lohscheller, est farouchement déterminé à réduire encore les effectifs. Malheureusement, cela ne peut pas être entièrement évité.»

Comme il est d'usage dans de tels cas, les conseillers d'entreprise et les responsables syndicaux bien rémunérés affirment que les suppressions d'emplois seront mises en œuvre d'une manière «socialement acceptable» et que l'entreprise s'est engagée à éviter les «licenciements obligatoires» jusqu'en 2025.

Dans la pratique, cela signifie que les travailleurs sous contrat à court terme seront les premiers à être licenciés, tandis que les travailleurs plus âgés seront poussés hors de l'entreprise par le biais de retraites partielles ou anticipées et d'indemnités de licenciement. Cela s'appliquera aux travailleurs nés avant 1963, c'est-à-dire à partir de 57 ans. Pour les personnes concernées, le résultat final est une pension réduite et la perspective d'une retraite dans la pauvreté. Leur emploi disparaît à jamais, ce qui aura des effets dévastateurs pour les régions concernées.

Si Opel fait usage de l'option convenue de supprimer plus de 2.100 emplois, l'interdiction des licenciements obligatoires sera progressivement prolongée jusqu'en 2029. L'accord est tout aussi absurde que cynique: plus les travailleurs perdent leur emploi, plus la prétendue protection contre le licenciement est prolongée !

Cette dernière série de suppressions d'emplois survient à un moment où Opel affiche à nouveau des bénéfices en hausse: 859 millions d'euros en 2018 et 700 millions d'euros au premier semestre 2019.

Lorsque PSA a repris Opel il y a deux ans et demi, le patron de PSA, Carlos Tavares, a fixé un objectif de marge bénéficiaire de six pour cent d'ici 2026. Aujourd'hui, grâce aux services du comité d'entreprise et d'IG Metall, il peut atteindre cet objectif beaucoup plus tôt. Bien que les ventes aient considérablement diminué, la suppression de 6.800 emplois a entraîné une telle augmentation de la productivité des travailleurs individuels que le groupe génère à nouveau des bénéfices élevés.

En fait, le pire est encore à venir. «Avec les nouvelles suppressions de postes, écrit le Handelsblatt, le patron d'Opel, Lohscheller, réagit d'une part à la sous-utilisation dans ses usines et au passage de la construction automobile à l'électro-mobilité. D'autre part, il réagit dans une certaine mesure à la fusion attendue de la société mère PSA avec son rival italo-américain Fiat Chrysler (FCA).»

En raison de cette fusion, qui donnera naissance à un colosse composé de 16 marques différentes et d'un chiffre d'affaires annuel de 170 milliards d'euros, «des milliers d'emplois pourraient être en jeu», prévoit le Handelsblatt. Cela ne concerne pas seulement la production, mais aussi la recherche. FCA compte actuellement 18.000 développeurs automobiles, PSA plus de 19.000, dont 4.000 sont basés à Rüsselsheim, le plus grand centre de recherche et développement de PSA. «Les experts considèrent qu'au moins un tiers de ces postes» – plus de 12 000 – «est obsolète».

Le rachat d'Opel par PSA et la fusion prochaine avec Fiat Chrysler s'inscrivent dans un processus de concentration mondiale qui fait disparaître des centaines de milliers d'emplois dans le monde entier: en France, en Italie et en Espagne, ainsi qu'en Allemagne, aux États-Unis et dans de nombreux autres pays. Les travailleurs de l'automobile sont soumis à une exploitation de plus en plus brutale alors que les profits, le cours des actions et les salaires des dirigeants s'envolent vers des sommets astronomiques.

Les travailleurs sont confrontés non seulement aux entreprises mondiales de l'automobile et à leurs actionnaires multimillionnaires, mais aussi aux syndicats et aux comités d'entreprise qui soutiennent l'offensive de l'entreprise et divisent les travailleurs en opposant une usine et un site à un autre. Pas un seul emploi ne peut être défendu sans rompre avec ces organisations soudoyées par l'entreprise.

La défense de l'emploi, des salaires et des droits sociaux nécessite une stratégie internationale et un programme socialiste. Les développements dans l'industrie automobile montrent «la folie du système capitaliste, dans lequel chaque avancée technologique sert à accroître l'exploitation de la classe ouvrière, à remplir les poches d'une petite minorité et à plonger des centaines de milliers de personnes dans la misère», comme nous l'avons écrit il y a deux mois, quand Audi a annoncé la suppression de 9.500 emplois. «C'est un argument puissant pour transférer l'industrie automobile à la propriété sociale, la mettre sous le contrôle des travailleurs et la planifier rationnellement.»

Le World Socialist Web Site et le Parti de l'égalité socialiste appellent à la création de comités d'action indépendants organisés et dirigés par des travailleurs de base. Contrairement aux syndicats procapitalistes, de tels comités d'action doivent défendre les droits et les besoins de la classe ouvrière, qui sont incompatibles avec les intérêts des capitalistes. Ces comités doivent être basés sur le principe de l'internationalisme et de l'unité de la classe ouvrière, qui fait face aux mêmes sociétés et intérêts financiers dans le monde entier. Leur but est d'organiser la résistance aux attaques des sociétés et d'établir des contacts avec d'autres comités d'action dans le monde.

(Article paru en anglais le 16 janvier 2020)

 

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