Les syndicats rencontrent Edouard Philippe pour tenter d’étrangler la grève contre Macron

Par Anthony Torres
11 janvier 2020

Après que des millions de travailleurs soient descendus dans les rues jeudi pour la quatrième journée d’action rejoint par de nouvelles couches de travailleurs dans le mouvement, les syndicats se sont rendus à Matignon pour le troisième jour consécutif.

Ces «négociations» entre les syndicats et le gouvernement sont une farce. Macron n’a aucune intention de modifier sa réforme qu’il veut faire passer en force. Après avoir affirmé qu'il ne reviendrait pas sur le projet de réforme des retraites lors de ses vœux pour la nouvelle année, Macron a envoyé le projet de loi au Conseil d'Etat pour préparer leur présentation à l’Assemblée. Là, la réforme ne sera modifié que par des amendements déposés et votés par les députés.

Les syndicats utilisent ces négociations pour désorienter la lutte en colportant le mensonge que des négociations avec Macron peuvent faire changer sa réforme, et ainsi obscurcir la réalité que seule une lutte pour faire chuter Macron pourra stopper une réduction drastique des retraites.

Les travailleurs ne peuvent rien attendre des syndicats et de leurs négociations. La question décisive pour les travailleurs est d’ôter le contrôle de leur lutte des appareils syndicaux, qui tentent à chaque reprise de retarder le développement du mouvement en avançant le mensonge qu’il sera possible de trouver un accord acceptable avec Macron. Il faut construire des comités d’action, indépendants des syndicats, qui regrouperaient grévistes, «gilets jaunes» et jeunes en lutte contre Macron dans une lutte pour le pouvoir ouvrier et le socialisme contre le capitalisme.

Un gouffre sépare les organisations syndicales des aspirations des jeunes et des travailleurs. Après plus d’un mois et demi de conflit à la SNCF et à la RATP, les travailleurs des raffineries, des ports se mettent en grève contre Macron dans un contexte de lutte internationale de la classe ouvrière. Les syndicats se divisent les rôles pour imposer la fin du mouvement contre Macron. Alors que les travailleurs veulent le retrait de la réforme des retraites, l’Unsa et la CFDT ont salué les discussions avec le gouvernement avançant que des compromis seraient trouvés.

Sortant de son rendez-vous avec Edouard Philippe, le secrétaire général du syndicat Unsa, Laurent Escure, s'est voulu optimiste. Il a en effet déclaré aux journalistes présents sur place espérer que «dans les prochaines heures» le premier ministre retirera du projet de loi sur la réforme des retraites l'âge pivot: « On a demandé au Premier ministre de retirer l'âge pivot […], je crois qu'il a compris. J'attends que dans les prochaines heures, il y ait cette annonce».

Même son de cloche du côté de la CFDT et de Laurent Berger: « nous avons senti une volonté d'ouverture, mais cela doit mener aux actes, a-t-il affirmé. J'espère que ce sera rapide car cela a trop duré. Nous participerons à la conférence sur le financement, que nous avons proposée, à condition que l’âge pivot soit retiré de la loi».

Vendredi soir, Edouard Philippe a annoncé qu’il ferait des annonces samedi. Toutefois, même le retrait de l’âge pivot ou d’autres annonces ne changeraient pas fondamentalement la réforme. Le système par point serait maintenu, et l’économie de 12 milliards que devait représenter cette mesure d’âge pivot pour 2027 serait compensée par différentes mesures que les syndicats ont négociées avec le gouvernement pour que la réforme passe mieux selon leurs calculs.

FO et la CGT sont eux plus mesurés sur les futures annonces suite à leur rencontre avec Philippe, jouant le rôle de fausse opposition à la réforme. Yves Veyrier, secrétaire général de FO, a déclaré aux journalistes avoir demandé une «pause du processus» au Premier ministre pour «examiner précisément les conséquences de telle ou telle disposition»: « Alors, je le dis clairement, sur l'objet lui-même qui est celui du projet du gouvernement d'un régime unique par point, nous ne ferons pas non plus de pause quant à notre détermination à faire en sorte d'empêcher que ce projet de régime unique par point voit le jour».

La palme de la malhonnêteté revient à la CGT. Ce matin, Philippe Martinez a déclaré à la presse «J'ai vérifié toutes les boites aux lettres de la CGT pour savoir où il est arrivé. Non pas du tout. Rien reçu. À la CGT, on n'a pas le texte. … C'est un comble que ce soit un excellent journaliste qui me fasse la lecture d'un texte du gouvernement. Si on discute de choses qui sont déjà écrites, ça ne me ravit pas d'aller faire l'imbécile devant le Premier ministre pour m'apercevoir que ces discussions ne servent à rien. C'est la cerise sur le gâteau».

Et pourtant, Martinez est bien allé «faire l’imbécile» et rencontrer Philippe pour ses négociations. En sortant de la réunion, le leader de la CGT a en effet déclaré que le gouvernement ne voulait rien négocier pour autant. Ensuite, Martinez s’est dit ouvert à une conférence sur le financement.

Martinez dit ne pas être au courant du contenu du projet de loi de réforme des retraites, mais il la négocie depuis deux ans avec le gouvernement et les autres organisations syndicales. La CGT est parfaitement conscient du contenu de cette réforme. Alors que Martinez affirme que la CGT est pour le retrait du texte, Martinez avoue que le gouvernement ne reculera pas mais la CGT poursuit donc les discussions pour l’imposition de la réforme des retraites impopulaire.

La position de la CGT et de la CFDT ne sont fondamentalement pas différentes puisque toutes les organisations syndicales poursuivent le processus d’imposition de la réforme. Martinez n’est pas contre cette réforme des retraites mais la CGT subi la pression des travailleurs et des gilets jaunes qui veulent lutter contre la réforme des retraites et contre Macron. Martinez tente de freiner la lutte, d’où ses déclarations faussement critiques de Macron pour ne pas être débordé par les travailleurs.

Financé par les entreprises et par l’État dans le cadre du dialogue social, les organisations syndicales sont dépendantes des intérêts de l’état et l’imposition de la destruction des acquis sociaux tout en bloquant l’émergence d’un mouvement des travailleurs contre l’austérité.

Ce mouvement est le plus important depuis Mai 68, ce qui doit servir d’avertissement pour les travailleurs. Comme en mai 68, la CGT s’opposera à une lutte politique pour faire chuter le gouvernement Macron. En mai 68, la CGT avait refusé de prendre le pouvoir avec le PCF alors que le mouvement s’était initialement développé en dehors de son organisation. Pendant plusieurs semaines, la CGT a ensuite poussé les travailleurs à mettre fin à la lutte et à reprendre le travail en laissant de Gaulle en place.

Le spectre d’un mai 68 où les organisations syndicales sont complètement discrédités hante le gouvernement et les syndicats. Le mouvement des gilets jaunes était un signal pour les syndicats du rejet de leur politique. Comme la montré le mouvement des gilets jaunes, la classe ouvrière doit créer leur propres organisations indépendantes pour diriger leur lutte en rupture avec les organisations syndicales dans une perspective de faire chuter Macron.

 

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