Inde: indignation massive à propos de la violente agression des étudiants de la JNU par les suprémacistes hindous

Par Wasantha Rupasinghe
11 janvier 2020

L’indignation et la répulsion se font entendre dans toute l’Inde à la suite de l’attaque prévue dimanche soir contre les étudiants de l’Université Jawaharlal Nehru (JNU) de New Delhi. JNU est l’un des principaux établissements d’enseignement supérieur du pays.

Des membres d’une organisation étudiante de droite, l’Akhil Bharatiya Vidyarthi Parishad (ABVP), ainsi que des voyous hindous suprémacistes extérieurs à la JNU ont pris d’assaut le campus. Cela comprenait des foyers pour femmes. Ils ont battu des étudiants et des membres du corps enseignant à l’aide de barres de fer, de bâtons, de briques et de marteaux de forgeron. On a ciblé spécifiquement les militants et les dirigeants étudiants. Au moins 40 étudiants et deux membres du corps enseignant se sont fait hospitaliser. Plusieurs d’entre eux ont souffert de graves blessures à la tête et de membres cassés à la suite des coups infligés par la cinquantaine d’agresseurs masqués.

Une panne d’électricité, encore inexpliquée, a facilité l’attaque. Elle avait plongé une grande partie du campus dans l’obscurité.

L’ABVP est la branche étudiante du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une organisation paramilitaire hindoue extrémiste, dont émane le parti Bharatiya Janata (BJP) au pouvoir en Inde, et qui continue à jouer un rôle majeur dans ses affaires.

Les étudiants de toute l’Inde sont descendus dans la rue pour dénoncer l’attaque de dimanche

L’attaque de dimanche a été menée dans le contexte de trois mois de protestations des étudiants de la JNU contre le doublement des frais d’hébergement par l’administration de l’université. On outre, de protestations de masse dans toute l’Inde ont éclaté contre la loi antimusulmane sur la citoyenneté (CAA) du gouvernement BJP dont les étudiants avaient pris part. Le BJP l’a fait adopter à la hâte par le Parlement dans la deuxième semaine de décembre.

À ce jour, la police n’a arrêté aucun des agresseurs, dont elle prétend toujours s’efforcer d’identifier.

Le fait qu’ils traînent les pieds est délibéré. De nombreux hauts responsables de la police sont favorables au gouvernement BJP dirigé par Narendra Modi et à la droite hindoue-suprémaciste. De plus, de nombreuses preuves montrent que la police de Delhi a été de connivence dans l’attaque des voyous.

La nuit de l’attaque, 200 policiers qui étaient rassemblés à l’extérieur du campus de façon ostensible ne sont intervenus qu’après que les voyous extrémistes hindous aient terminé leur saccage et se soient enfuis.

Depuis lundi, les étudiants de Kolkata, Chennai, Hyderabad, Bengaluru, Mumbai, Chandigarh et de nombreuses autres villes indiennes se sont joints aux rassemblements et aux manifestations pour exprimer avec passion leur solidarité avec les étudiants de la JNU et dénoncer les voyous de l’ABVP et leurs commanditaires politiques au sein du gouvernement du BJP.

Tout — de la réponse de la police et de l’administration de l’université à l’attaque, à son lieu et à son moment, jusqu’à son exécution — évoque la connivence, sinon l’intervention par ordre direct, du gouvernement BJP.

Le gouvernement Modi a répondu à l’opposition de masse à la CAA discriminatoire par la répression et la violence mortelle.

Le 15 décembre, la police de Delhi a envahi l’Université Jamia Millia Islamia de Delhi et a mené une attaque brutale contre les étudiants. La police d’Aligarh a perpétré une attaque similaire contre les étudiants de l’Université musulmane d’Aligarh, à quelque 130 kilomètres au sud-est de Delhi, le même jour. Ceci était une tentative similaire d’étouffer la vague de protestations contre la CAA.

Le gouvernement Modi prend depuis longtemps les étudiants de la JNU pour cible en raison de leur association avec la politique de gauche. De surcroît, le BJP déteste leur opposition farouche au communautarisme hindou et à la culture de la réaction et de l’obscurantisme religieux.

Bien que le gouvernement Modi ait depuis pris publiquement ses distances par rapport à l’attaque de dimanche dernier, sa réponse initiale, une dénonciation à fond des étudiants protestataires, n’a fait qu’annoncer son soutien. Dimanche soir, le site officiel du BJP a tweeté sa «condamnation de la violence à la JNU», puis s’en est pris aux étudiants protestataires qui étaient la cible de l’attaque. «Ceci est une tentative désespérée», a déclaré le BJP, «par des forces anarchiques, qui sont déterminées à utiliser les étudiants comme chair à canon, de créer des troubles pour consolider leur empreinte politique qui se rétrécit. Les universités doivent rester des lieux d’apprentissage et d’éducation.»

Les principaux membres du gouvernement Modi ont à plusieurs reprises qualifié les étudiants de la JNU d’«anti-nationaux». Cela s’est vu en particulier après que certains étudiants eurent organisé une manifestation en 2016 pour marquer l’anniversaire du lynchage légal d’Afzal Guru, un militant cachemirien. L’État indien l’avait faussement condamné comme étant le prétendu cerveau d’un attentat mystérieux en 2001 contre le Parlement indien.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, le gouvernement Modi a utilisé à plusieurs reprises l’ABVP comme ses troupes de choc pour attaquer les étudiants de la JNU et d’autres campus. Le ministère de l’intérieur dispose de pouvoirs étendus en matière de police et de sécurité dans le territoire de l’Union de Delhi. Le BJP a utilisé ces pouvoirs pour envoyer la police à plusieurs reprises pour qu’elle batte les étudiants de la JNU et porte contre eux de fausses accusations, notamment de sédition.

Mme Aishe Ghosh, la présidente de l’Union des étudiants de la JNU (JNUSU) s’est elle aussi fait sévèrement rouer de coups lors de l’attaque de dimanche. Elle a subi de multiples coups de barres de fer à la tête. Elle a pris la parole lors d’une conférence de presse lundi, la tête toujours entièrement couverte de bandages.

Elle a accusé un groupe de professeurs de la JNU, qui sont des partisans du RSS, d’avoir fait campagne pour des attaques violentes contre des étudiants de la JNU dans les jours qui précédaient l’agression brutale de dimanche.

Elle a également exigé la démission du vice-chancelier de la JNU, Jagadesh Kumar. Nommé par le gouvernement du BJP, Kumar a attaqué à plusieurs reprises les droits démocratiques des étudiants et a fait montre de son mépris pour le bien-être des étudiants et des professeurs blessés, insinuant que Ghosh et d’autres dirigeants étudiants sont à blâmer pour avoir incité à la violence.

La police n’a procédé à aucune arrestation pour l’attaque sauvage de dimanche dernier. Toutefois, suite à la déposition d’une plainte par Kumar, elle a déposé à son tour des rapports de première information contre le chef de la JNUSU, Ghosh, et 19 autres personnes. On leur rapproche d’avoir prétendument endommagé un serveur informatique samedi.

Hier, des étudiants de la JNU ont subi une attaque à coups de matraque de la police quand ils ont protesté contre l’attaque de dimanche dernier. Ils avaient tenté de se rendre à la résidence officielle du président de l’Inde, le fonctionnaire qui nomme officiellement le vice-chancelier de la JNU.

Le gouvernement Modi, secoué par l’éruption soudaine d’une opposition de masse, est généralement reconnu être derrière l’attaque fasciste contre les étudiants de la JNU. Un éditorial dans l’Hindu a déclaré: «L’attaque de la JNU n’aurait pas pu se faire sans la connivence de ceux qui sont au pouvoir.»

Pour sa part, Arvind Kerjiwal, le ministre principal de Delhi et le chef du parti Aam Aadmi, a tenté d’excuser les actions de la police de Delhi, en invoquant des «ordres d’en haut». «Quel que soit le cycle des événements qui se produisent maintenant, ce n’est pas la faute de la police de Delhi», a déclaré Kerjiwal lors d’une conférence de presse jeudi. «Si on dit aux policiers de laisser la violence se produire, de ne pas entrer à l’intérieur, de rester dehors, comment peuvent-ils entrer?»

Protestation à Kolkata contre l'attaque des étudiants de la JNU par des voyous

Les correspondants de WSWS ont parlé aux étudiants de Chennai et de Kolkata pour protester contre l’attaque des étudiants de la JNU

Vinothini, un étudiant en médecine à Chennai, a dit: «L’attaque contre les étudiants de la JNU est un acte brutal perpétré par l’ABVP communautariste hindou. Elle était guidée par le RSS et le BJP avec le soutien de l’État et de la police. Le gouvernement du BJP utilise des méthodes fascistes de gouvernement et tente d’intimider les musulmans et les autres minorités.»

«Comme vous l’avez expliqué, je ressens vraiment le besoin de communisme. Ce n’est pas un combat entre le communautarisme et la laïcité, mais plutôt entre le communautarisme et le communisme. Personne n’a le droit de dire qu’il ne faut pas entrer dans tel ou tel pays, comme le fait Trump qui essaie d’empêcher les Mexicains d’aller aux États-Unis. Tout le monde est un citoyen du monde. En tant qu’étudiant en médecine, j’ai l’impression que le gouvernement s’attaque au système de santé public. Je soutiens la lutte pour le socialisme mondial et le communisme international.»

Hanish, un enseignant de 30 ans a assisté à la même manifestation à Chennai. Il a commenté: «C’est des voyous de l’ABVP et du RSS qui ont attaqué les étudiants de la JNU. Cela représente la violence commanditée par l’État et montre le lien entre l’État, la police et les extrémistes hindous. Des institutions démocratiques entières sont en train de s’effondrer. Je suis d’accord avec vous que pour contrer ce programme Hindutva pro-capitaliste. Nous devons unir les masses travailleuses contre l’État.»

Surjo Mukherjee, est une étudiante de l’Université de Jadavpur à Kolkata. Elle a déclaré au WSWS: «Les attaques contre les étudiants et le corps enseignant de la JNU ne sont pas du tout acceptables. Il y a eu des passages à tabac dans le foyer des filles de la JNU. Tout cela a causé de graves blessures à 18 étudiants. Nous savons que le gouvernement veut augmenter fortement les frais d’inscription dans de nombreuses universités publiques et les privatiser et c’est pourquoi il envoie des hommes de main pour imposer cela.»

(Article paru d’abord en anglais le 10 janvier 2020)

 

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