Le gouvernement canadien appuie tacitement l'assassinat du général iranien Soleimani par les États-Unis

Par Roger Jordan
10 janvier 2020

Le gouvernement libéral du Canada a effectivement appuyé l'assassinat illégal et provocateur par les États-Unis du général iranien Qasem Soleimani, ce qui équivaut à une déclaration de guerre contre Téhéran. Quelques heures seulement après que le président américain Trump eut ordonné l'attaque par drone pour exterminer le commandant de la force Quds du Corps des gardiens de la révolution iranienne à l'aéroport international de Bagdad, le gouvernement canadien a publié une déclaration dénonçant l'«agression» iranienne au Moyen-Orient et appelant cyniquement à la désescalade.

Le meurtre calculé par Washington de Soleimani, qui est largement considéré comme la deuxième personnalité la plus puissante de Téhéran, et de sept autres personnes, était un crime de guerre et un acte de terrorisme d'État téméraire. Reflétant la descente vers la criminalité de la politique étrangère américaine, qui est motivée par l'aggravation de la crise géostratégique au Moyen-Orient, Trump s'est ouvertement vanté d'avoir «tué» Soleimani, qu'il a qualifié de «terroriste numéro un dans le monde». Au cours du week-end, il a brandi la menace effrayante de nouvelles attaques, déclarant que les États-Unis avaient sélectionné 52 cibles iraniennes à oblitérer, dont des institutions culturelles.

La réalité, comme la population qui souffre depuis longtemps dans tout le Moyen-Orient ne le sait que trop bien, est que les plus grands actes de terreur de ces deux dernières décennies ont été perpétrés par l'impérialisme américain, qui a semé la terreur dans des sociétés entières et massacré des centaines de milliers de civils dans une guerre illégale après l'autre, de l'Afghanistan à l'Irak, en passant par la Libye, la Syrie, la Somalie et, par le biais de son soutien à ses alliés saoudiens, le Yémen.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui ne perd jamais une occasion, lors d'apparitions hautement chorégraphiées, de vanter publiquement ses qualités de «progressiste», n'a pas prononcé un seul mot sur le meurtre d'État d'un haut responsable militaire et de politique étrangère par le plus proche allié du Canada, un meurtre qui, de plus, a été perpétré en violation flagrante de la souveraineté irakienne.

Dans une déclaration lâche et cynique publiée quelques heures seulement après le meurtre de Soleimani, le ministre canadien des Affaires étrangères François-Philippe Champagne a évité d'aborder directement la question du meurtre de Soleimani. Au lieu de cela, Champagne a déclaré: «Le Canada est depuis longtemps préoccupé par la Force Quds du Corps des gardiens de la révolution islamique, dirigée par Qasem Soleimani, dont les actions agressives ont eu un effet déstabilisateur dans la région et au-delà.»

Adoptant une position hypocrite de diplomatie et de neutralité, Champagne a poursuivi en disant: «Nous appelons toutes les parties à faire preuve de retenue et à poursuivre la désescalade. Notre objectif est et reste un Irak uni et stable.»

La déclaration de Champagne est à l’opposé de la réalité. D'abord, ce sont les interventions militaires et l'incitation à la guerre des États-Unis et de leurs alliés, y compris le Canada, plutôt que la réponse défensive du régime bourgeois clérical de Téhéran, qui ont déstabilisé tout le Moyen-Orient. Depuis les années 1990, Washington tente de compenser l'accélération de son déclin économique et de consolider son contrôle incontesté sur la région riche en énergie par des guerres pratiquement ininterrompues. Chaque conflit a eu pour but de repousser l'influence iranienne et de bloquer l'expansion de la présence russe et chinoise au Moyen-Orient et en Asie centrale.

Avec l'appui du Canada, Washington a réuni une alliance de l'Arabie saoudite, d'Israël et des cheikhs du Golfe pour se préparer à la guerre avec l'Iran. En plus de déployer des troupes et du matériel militaire dans la région, les États-Unis et le Canada ont vendu pour des dizaines de milliards de dollars de matériel militaire à la région en prévision d'un conflit militaire. Washington a maintenant effectivement déclenché une guerre totale avec Téhéran avec l'assassinat de Soleimani.

Le Canada sera inévitablement un participant direct à la guerre imminente avec l'Iran. Près de 1000 soldats canadiens sont déployés en Irak et au Moyen-Orient aux côtés des forces américaines et de l'OTAN dans le double but de subordonner l'Irak ravagé par la guerre à une occupation impérialiste néocoloniale et de jeter les bases d'une guerre régionale avec l'Iran qui entraînerait rapidement la participation des grandes puissances.

Le gouvernement libéral a pratiquement reconnu le danger de guerre imminent au cours de la fin de semaine en émettant un avertissement aux voyageurs pour que tous les Canadiens au Moyen-Orient fassent preuve d'une «grande prudence». Dans l'avertissement, émis pour l'Arabie saoudite, la Jordanie, le Koweït, le Liban, Bahreïn, Oman et les Émirats arabes unis, le gouvernement canadien a déclaré: «La situation en matière de sécurité pourrait s'aggraver rapidement. Il y a un risque accru d'attaques en général.»

Le Canada compte 955 soldats qui servent dans six missions au Moyen-Orient. Il a actuellement du personnel militaire déployé en Irak, en Jordanie, au Liban, au Koweït et au Qatar.

Le gouvernement canadien a suivi l'OTAN en annonçant la suspension samedi de la Mission de l'OTAN en Irak, une opération de formation qui est dirigée par 250 soldats canadiens depuis sa création à l'automne 2018. Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a déclaré que la mission, qui visait apparemment à former les forces irakiennes à la lutte contre l'État islamique, était suspendue pour protéger la sécurité des personnes concernées. Une mission d'entraînement distincte menée par les troupes des forces spéciales canadiennes auprès des militants dans le nord de l'Irak a également été suspendue.

La décision de l'OTAN reflète sans aucun doute la crainte de l'alliance militaire occidentale que ses forces puissent être confrontées à une réaction brutale de la population locale et des forces militaires qu'elles entraînent. Alors que l'Iran a juré de se venger des États-Unis, le parlement irakien, en signe d'hostilité populaire à la présence de troupes étrangères dans le pays, s'est senti obligé d'adopter une résolution demandant le retrait des forces américaines d'Irak.

L'appui tacite du gouvernement Trudeau à l'assassinat de Soleimani par les États-Unis a été largement salué au sein de l'establishment politique canadien. La seule critique formulée par les conservateurs de l'opposition était que les libéraux n'avaient pas déclaré leur accord explicite avec l'attaque illégale de drones de Trump. Comme l'a dit Shivaloy Majumdar, qui a été directeur de la politique des affaires étrangères dans le gouvernement conservateur de Harper, le Canada n'a pas déclaré son soutien «sans équivoque» aux États-Unis. «Je pense que la désescalade est certainement un appel approprié, mais insinuer d'une manière ou d'une autre que la politique étrangère américaine a inutilement aggravé la situation n'est pas la meilleure façon de la présenter», a ajouté Majumdar.

Dans une tentative cynique d'exploiter l'opposition populaire généralisée à la guerre et les actions de voyous de l'administration Trump, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a critiqué le meurtre de Soleimani. L'assassinat, a écrit Singh sur Twitter, nous a «rapprochés d'une autre guerre désastreuse au Moyen-Orient». Il a appelé Trudeau à «agir rapidement avec d'autres pays pour désamorcer la situation et ne pas se laisser entraîner dans la voie empruntée par le président Trump.»

Ces platitudes n'auront aucune incidence sur l'appui indéfectible du NPD au gouvernement libéral minoritaire de Trudeau, comme l'a montré l'appui récent du NPD aux libéraux lors de leur premier vote de confiance parlementaire. L'appui du NPD au gouvernement Trudeau est fondé sur l'approbation par le parti du vaste programme de réarmement de Trudeau, qui comprend une augmentation de plus de 70% des dépenses militaires d'ici 2026. L'élite au pouvoir considère que le renforcement des forces armées canadiennes est essentiel si l'impérialisme canadien veut partager le butin de l'agression militaire menée par les États-Unis dans le monde entier, y compris au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et en Europe de l'Est.

De plus, la représentation absurde que fait Singh de Trudeau et de l'impérialisme canadien en général en tant qu'intermédiaires honnêtes dans le Moyen-Orient ravagé par la guerre est un piège politique délibéré visant à renforcer l’image «humanitaire» discréditée de l'élite dirigeante canadienne. Les travailleurs et les jeunes du Canada qui cherchent à s'opposer au danger de la guerre ne peuvent pas se permettre un seul instant de se faire des illusions que le Canada, ou que tout autre pays, puisse servir de frein pacifiste sur la course à la guerre. Ils doivent plutôt s'efforcer d'unir leur lutte contre le conflit militaire à l'opposition généralisée à la guerre des travailleurs du monde entier dans un mouvement international antiguerre fondé sur un programme socialiste.

(Article paru en anglais le 6 janvier 2020)

 

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