La politique anti-asile de Trump s'étend à l'Arizona

Par Adam Mclean
6 janvier 2020

Dans une expansion marquée de la guerre de l'administration Trump contre les immigrants, le département de la Sécurité intérieure (DHS) a annoncé jeudi que les Protocoles de protection des migrants (MPP) ou la politique «Restez au Mexique» s'étendront à l'Arizona.

Une caravane de migrants d'El Salvador traverse le fleuve Suchiate, la frontière entre le Guatemala et le Mexique (Source: AP Photo/Oscar Rivera)

Les immigrants qui demandent l'asile à la ville frontalière de Nogales, en Arizona, dont la majorité est des réfugiés fuyant la pauvreté et la violence dans leur pays d'origine, seront refoulés et laissés à eux-mêmes du côté sud de la frontière.

L'extension du MPP à Nogales, à quelque 80 kilomètres au sud de Tucson, en fait le septième grand point d'entrée à la frontière mexicaine à refuser l'entrée aux immigrants. Les autres, San Diego, Calexico, El Paso, Laredo, Brownsville et Eagle Pass, ont tous vu des camps de réfugiés apparaître tout juste de l'autre côté de la frontière mexicaine.

La politique «Restez au Mexique» a causé le renvoi de plus de 60.000 immigrants, les obligeant à attendre au Mexique pendant que leurs dossiers juridiques d'entrée aux États-Unis – qui peuvent traîner pendant des années et dont la grande majorité est rejetée – sont en attente. Cela a entraîné l'apparition d'un réseau de camps de réfugiés le long de la frontière américano-mexicaine, près du principal poste frontalier, ce qui a conduit à une catastrophe humanitaire.

Les migrants qui n'ont pas d'autre choix que de rester dans ces camps non officiels et qui vivent dans la crainte d'attaques violentes contre eux sont souvent dépendants de la charité ou de la criminalité, et n'ont que peu ou pas de protection contre la température.

Un rapport récent de Human Rights First (HRF) a documenté plus de 600 cas de «viol, enlèvement, torture et autres attaques violentes contre des demandeurs d'asile et des migrants renvoyés au Mexique dans le cadre du MPP». Une autre étude du US Immigration Policy Center de l'Université de Californie à San Diego a révélé qu'une personne sur quatre renvoyée sous le MPP avait été menacée de violence physique.

Dans le cas des immigrants refoulés à Nogales, il y a un obstacle supplémentaire à leur entrée: les audiences d'immigration se tiennent actuellement à El Paso et les immigrants qui attendaient auparavant du côté américain de la frontière y étaient transportés par autobus. Maintenant, ceux qui demandent l'asile à Nogales devront organiser leur propre transport jusqu'à El Paso, à plus de 480 kilomètres à l'est.

Le voyage de Nogales à El Paso exigera en outre que les immigrants, déjà vulnérables, empruntent les routes frontalières des États mexicains de Sonora et de Chihuahua: en passant par une zone dominée par les cartels de la drogue, dans laquelle une famille américaine a été massacrée en novembre.

Le rapport du HRF fait état d'un cas dans lequel une mère et sa fille demandant l'asile ont été kidnappées et violées pendant une période de deux semaines au cours de laquelle elles étaient censées comparaître devant un juge de l'immigration pour faire valoir leurs arguments. Comme elles ne pouvaient pas se présenter à l'audience, le juge a ordonné leur expulsion.

Si c'est là une indication du caractère impitoyable général des tribunaux de l'immigration, alors pour les immigrants laissés à Nogales, pour qui même assister à leur audience sera beaucoup plus difficile, il sera pratiquement impossible d'entrer aux États-Unis. Un total de 11 migrants ont obtenu l'asile à la frontière sud depuis la mise en œuvre de la politique du MPP.

Loin d'être une conséquence involontaire de cette politique, les conditions épouvantables créées par «Restez au Mexique» visent à dissuader les immigrants de demander l'asile dans le cadre du programme fasciste anti-immigrant de l'administration Trump. L'administration Trump espère qu'en rendant les conditions aussi infernales que celles qui ont conduit les réfugiés à fuir leur demeure en premier lieu, elle pourra dissuader les futurs arrivants.

Dans une déclaration du DHS jeudi, le secrétaire d'État par intérim, Chad Wolf, a déclaré que «le MPP a été un outil extrêmement efficace alors que les États-Unis, sous la direction du président Trump, continuent de s'attaquer à la crise humanitaire et sécuritaire qui sévit actuellement à la frontière. Le ministère est pleinement engagé dans ce programme et travaillera continuellement avec le gouvernement du Mexique pour l'élargir et le renforcer. Je suis convaincu de la réussite continue du programme dans le règlement des cas justifiés et la prévention des demandes frauduleuses».

Cela serait impossible sans la collaboration du président mexicain «de gauche» Andrés Manuel López Obrador (AMLO) qui a accepté servilement le fardeau d'accueillir ces réfugiés à la demande de l'administration Trump et n'a rien fait pour alléger leurs souffrances. Tout aussi responsable est le Parti démocrate, qui a abandonné toute résistance symbolique aux attaques de Trump contre les immigrants et vote constamment pour financer ses projets fascistes.

(Article paru en anglais le 4 janvier 2020)

 

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