Alors que l'Australie brûle, la colère monte contre le Premier ministre climatosceptique Morrison

Par James Cogan
4 janvier 2020

Alors que les incendies se propagent à travers de pans entiers du pays, le Premier ministre australien Scott Morrison - qui a bâti sa réputation politique en tant que climatosceptique et le rejet de la nécessité de toute réduction de l'utilisation des énergies fossiles - est devenu la cible légitime de la colère populaire de masse. Aux yeux de millions de personnes, il incarne la responsabilité de l'élite dirigeante des conséquences sociales du changement climatique en cours et de l'impact drastique qu'il a sur leur vie.

Le Premier ministre australien Scott Morrison a été confronté à des habitants en colère alors qu'il visitait Cobargo ravagée par les incendies, en Nouvelle-Galles du Sud, le jeudi 2 janvier 2020 (source :AuBC via AP)

Les premiers jours de 2020 ont vu des scènes déchirantes. Le feu a menacé des vies et des biens à travers le continent, de l'Australie-Occidentale au Queensland au nord-est, en passant par l’Australie-Méridionale et le sud de l'État insulaire de Tasmanie. Les communautés de la région orientale de l'État méridional de Victoria et de la région adjacente de la côte sud de la Nouvelle-Galles du Sud (NSW) ont subi les effets les plus graves des destructions.

Des images saisissantes qui ont fait le tour du monde montrent quelque 5000 habitants et touristes bloqués dans la ville côtière victorienne de Mallacoota en train de se réfugier sur la plage sous un ordre lancé le 31 décembre, pour y attendre ensuite le signal de la sirène pour s’enfuir vers l’océan. Avec toutes les routes d'accès bloquées par le feu, un navire de transport de troupes de la Marine a maintenant été expédié pour évacuer la population de Mallacoota.

Au moins 450 maisons ont brûlé depuis mercredi. Depuis la fin août, lorsque la saison des incendies a commencé des mois plus tôt que d'habitude, quelque 1300 maisons ont été détruites. Au moins cinq millions d'hectares de brousse ont été incinérés. On pense que des centaines de millions d'animaux sauvages ont été tués, dont jusqu'à un tiers de la population de koala. Les pertes de bétails n'ont pas encore été comptabilisées.

Mallacoota n'est qu'une des dizaines de communautés de Victoria et du sud de la Nouvelle-Galles du Sud qui sont devenues inaccessibles par la route. Dans de nombreuses régions, l'électricité et les réseaux de téléphones portables ont été coupés en raison de la destruction des lignes électriques et des antennes de relais.

Et le bilan humain s’accroît. Trois pompiers volontaires en Nouvelle-Galles du Sud ont été tués en combattant les flammes. Au total, au moins 19 personnes ont perdu la vie dans les incendies. Sydney et sa banlieue tentaculaire sont cernées par le feu au nord-ouest, à l'ouest et au sud-ouest. Des incendies ont affecté les confins de Melbourne. Les régions les plus peuplées d'Australie sont couvertes de fumée toxique et la contamination de l'air devrait provoquer un grand nombre de décès prématurés.

Les températures devraient dépasser les 40 degrés Celsius dans la majeure partie du continent ce week-end. Combinée à des vents violents, qui dépasseront les 100 kilomètres à l'heure dans certaines régions, la dernière vague de chaleur aggravera les incendies et la pression sur les équipes de pompiers volontaires déjà sous-financées et de plus en plus épuisées. Le gouvernement de l'État du Victoria a déclaré un «état de catastrophe», lui donnant le pouvoir d'ordonner des évacuations et d'imposer ce qui équivaut effectivement à la loi martiale. Le gouvernement du NSW [Nouvelle-Galles du Sud] a déclaré un autre «état d'urgence» de sept jours, lui conférant des pouvoirs similaires.

Dans ces conditions, le Premier ministre Morrison a effectué une visite inopinée hier dans ce qui reste de la petite commune de Cobargo, dans le sud de la Nouvelle-Galles du Sud, qui a été ravagée par un mur de flammes très tôt le 1er janvier. Deux personnes y ont perdu la vie en essayant de protéger leur maison.

Morrison a été accueilli avec une hostilité non dissimulée par des résidents traumatisés. Une jeune femme a refusé de lui serrer la main, exigeant qu'il accroisse son soutien aux services de pompiers volontaires et apporte une «aide» à ceux qui avaient perdu leurs biens. Un autre habitant a crié que le Premier ministre «devrait avoir honte de lui-même» pour avoir abandonné le «pays aux flammes». D'autres ont crié qu'il n'était «pas le bienvenu».

Le mois dernier, le Premier ministre a quitté l'Australie pour des vacances à Hawaï, alors que la situation des incendies empirait. Il a provoqué davantage de fureur et d'incrédulité le soir du Nouvel An, en déclarant que les flammes étaient la «toile de fond» d'un match de cricket entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Lorsque Morrison et une meute de média qui l'accompagnait sont entrés dans la caserne des pompiers de Cobargo, un pompier a refusé de se lever pour le saluer ou de lui serrer la main. Plus tard, Morrison a tenté de rationaliser les actions de l'homme en déclarant qu'il était probablement «fatigué». On lui a dit sans détour que la raison relevait du fait que sa propre maison avait probablement brûlé la veille.

Le député local, qui fait partie du gouvernement de la coalition libérale-nationale de Morrison, a déclaré aux journalistes: «Pour être honnête avec vous, les habitants lui ont probablement donné l'accueil qu'il méritait probablement.»

L’accueil réservé à Morrison à Cobargo n'était qu'une indication de l'indignation qui existe envers le gouvernement fédéral et celui des États et les partis de la coalition et des travaillistes qui dominent la politique officielle. Pendant des décennies, les climatologues ont averti que le réchauffement climatique intensifierait considérablement l'effet des catastrophes météorologiques dans le monde, y compris l'ampleur et la capacité destructrice des incendies qui se déclarent chaque année sur le continent australien.

Les avertissements ont simplement été ignorés, alors même que les preuves du changement climatique étaient constatées dans l'augmentation des températures moyennes. Entre 2005 et 2019, l'Australie a connu dix de ses années les plus chaudes jamais enregistrées. Les conditions de sécheresse qui affectent une grande partie du continent, et donnant lieu à l'urgence actuelle des incendies, ne sont pas une aberration, mais une tendance à long terme. En même temps, le nord tropical du continent connaît une augmentation des précipitations, entraînant des inondations et des cyclones plus fréquents et dévastateurs.

Comme leurs homologues du monde entier, les gouvernements australiens, au nom des élites financières et de la grande entreprise, ont fermé les yeux. Le capitalisme australien, le plus grand exportateur de charbon au monde, a, à bien des égards, montré la voie au niveau international en résistant à toute réduction sérieuse des émissions mondiales de carbone.

Rien n'a été fait pour préparer la population aux conséquences. Alors que des dizaines de milliards de dollars ont été gaspillés par les gouvernements successifs, équipant l'armée de tout, des nouveaux navires de guerre aux chasseurs à réaction et aux véhicules blindés, les services de lutte contre les incendies, largement bénévoles, organisés au niveau des États, ont dû faire face à de nouvelles coupes budgétaires. Il n’existe pas de service d’urgence professionnel doté de ressources suffisantes et hautement qualifié pour prendre les mesures préventives nécessaires chaque année pour contenir les incendies ou pour répondre au type d’urgence qui se déroule actuellement.

Le gouvernement fédéral et ceux des États fédérés australiens ne possèdent même pas leur propre flotte importante d'avions et d'hélicoptères de lutte contre les incendies. Au lieu de cela, à chaque saison des incendies, ces services sont sous-traités principalement aux États-Unis. Plus d'une décennie après les incendies catastrophiques du samedi noir de 2009 au Victoria, aucune politique nationale n'a encore été adoptée pour enfouir les lignes électriques qui ont déclenché de nombreux incendies.

La relation entre le profit des entreprises qui revient à la classe capitaliste et le refus criminel de l'élite dirigeante de prendre des mesures pour endiguer le changement climatique a été mis en évidence la semaine dernière par Bob Dudley, directeur général sortant du conglomérat énergétique British Petroleum (BP). Dudley a déclaré: «Certains disent: "Nous aimerions que vous passiez rapidement du pétrole et du gaz aux énergies renouvelables." Nous disons: "OK, voulez-vous que nous baissions le dividende [des actionnaires]?"»

La réponse des actionnaires, a observé Dudley, a été «non, ne fais pas ça». » Il a prédit qu'avec les prérogatives actuelles des sociétés et des gouvernements, axées sur le profit, le monde « ne se rapprocherait même pas de loin» de la suppression progressive de l’utilisation des énergies fossiles au cours des 20 prochaines années ou, par extension, atteindre les réductions d'émissions nécessaires pour éviter un réchauffement climatique plus sévère.

Alors que de millions de travailleurs subissent les conséquences, la colère qui s'exprime déjà contre des politiciens comme Morrison ne fera que s'intensifier et commencera à se focaliser de plus en plus sur les intérêts financiers et commerciaux qu'ils servent.

(Article paru en anglais le 3 janvier 2020)

 

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