Washington intensifie la menace de guerre au Moyen-Orient avec des frappes sur l'Irak et la Syrie

Par Bill Van Auken
3 janvier 2020

Dimanche, une vague de frappes aériennes américaines contre des cibles en Irak et en Syrie liées à des éléments qualifiés de «mandataires» iraniens a intensifié la menace d'une confrontation militaire directe entre les États-Unis et l'Iran.

Les attaques de dimanche ont visé les bases du Kata'ib Hezbollah, une milice chiite irakienne que le gouvernement Trump a accusée d'avoir commis une série d'attaques au mortier et à la roquette sur des bases en Irak où des troupes américaines sont stationnées. Ces attaques auraient culminé vendredi avec le lancement de 30 roquettes Katyusha contre une base militaire près de la ville de Kirkouk, dans le nord de l'Irak, au cours desquelles un mercenaire privé américain a été tué et quatre militaires américains blessés.

Le premier ministre irakien Abdel Abdul Mahdi et le président du pays Barham Salih ont tous deux condamné l'attaque américaine, qui, selon eux, a été menée sans aucune coordination avec Bagdad.

Un communiqué du bureau d'Abdul Mahdi a déclaré: «Le premier ministre a décrit l'attaque américaine contre les forces armées irakiennes comme une agression brutale inacceptable qui aura des conséquences dangereuses.» La déclaration décrit l'action américaine comme «une violation de la souveraineté irakienne et une escalade dangereuse qui menace la sécurité de l'Irak et de la région.» Abdul Mahdi a indiqué que le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, ne l'avait informé qu'une demi-heure avant les attaques américaines. Il a dit qu'il lui avait demandé d'annuler les raids et avait tenté d'avertir la milice, qui fait partie des Forces de mobilisation populaire que Bagdad considère comme faisant partie de ses forces armées.

Le président Salih a également déclaré qu'il avait été informé peu de temps avant les attaques par un diplomate américain et avait demandé sans succès leur annulation. Il a décrit les frappes comme «inacceptables» et en violation des accords de sécurité entre les États-Unis et l'Irak.

Les deux responsables sont menacés d'éviction imminente à la suite de manifestations de trois mois qui ont secoué le pays, faisant au moins 460 morts et quelque 25.000 blessés. Cette contestation populaire a été provoquée par les conditions d'inégalités sociales et de misère de masse qui sont l'héritage de l'invasion criminelle américaine de 2003 et de l'occupation de l'Irak qui a coûté la vie à plus d'un million de personnes et réduit en ruines ce qui avait été l'une des sociétés les plus avancées du Moyen-Orient. L'oligarchie dirigeante corrompue portée au pouvoir par les États-Unis et sa stratégie de division sectaire sont largement détestées, comme en témoigne la résistance de masse aux partis sectaires chiites qui se concentre dans le sud majoritairement chiite d'Irak que ces partis prétendent représenter.

Les manifestations ont vu une nouvelle escalade ce week-end après que des manifestants exigeant des emplois ont pris d’assaut les champs de pétrole de Nasiriya, dans le sud de l'Irak, où ils ont été rejoints par des travailleurs pour arrêter cette installation clé.

L'establishment dirigeant de l'Irak craint, à juste titre, que l'escalade de l'agression américaine fasse d'un pays encore sous le choc de décennies de sanctions, de guerre et d'occupation américaines un champ de bataille principal dans un nouvel affrontement encore plus violent entre l'impérialisme américain et l'Iran.

Israël, qui a revendiqué la responsabilité d'une série de frappes aériennes contre ce qu'il prétend être des cibles liées à l'Iran en Syrie et en Irak, a accueilli avec enthousiasme les bombardements américains. Son ministre des Affaires étrangères Yisrael Katz les a qualifiés de «tournant dans la réponse régionale à l'Iran et ses mandataires». Avec un gouvernement en crise face à sa troisième élection en moins d'un an et le premier ministre Benjamin Netanyahu confronté à des accusations criminelles pour corruption, l'establishment israélien au pouvoir cherche à détourner les tensions sociales croissantes vers l'extérieur sous la forme de violences militaires.

Alors que le Pentagone a qualifié les attaques américaines de «frappes défensives de précision» et «réussies», le secrétaire à la Défense Esper a affirmé après avoir informé le président américain Donald Trump à son complexe de Mar-a-Lago en Floride que Washington pourrait prendre «des mesures supplémentaires».

Les États-Unis maintiennent une garnison de plus de 5000 soldats américains en Irak. Alors que les forces américaines ont été pour la plupart retirées en 2011, elles ont été redéployées à la suite de la prise de contrôle en 2014 d'environ un tiers du pays par l'État islamique (ISIS), une ramification d'Al-Qaïda découlant de l'occupation américaine en Irak qui a été envoyée en Syrie dans la guerre pour un changement de régime contre le gouvernement du président Bachar al-Assad.

La Kata'ib Hezbollah était l'une des milices chiites irakiennes soutenues par l'Iran qui a joué un rôle décisif dans l’arrêt de l'avancée de l'État islamique à Bagdad après la désintégration des forces gouvernementales irakiennes entraînées par les États-Unis. Elle a également envoyé des forces en Syrie pour y combattre l'EI et les milices liées à Al-Qaïda. Alors que Washington prétend qu'il maintient des troupes en Irak – comme en Syrie – pour assurer la défaite «durable» de l'État islamique, dont l'emprise a déjà été brisée, son véritable objectif dans les deux pays est de contrer l'influence de l’Iran et de se préparer à la guerre contre ce pays.

Ironiquement, après avoir bombardé l'Irak, le Pentagone a publié une déclaration exigeant que l'Iran et ses «forces par procuration» mettent fin à «leurs attaques contre les États-Unis et les forces de la coalition, et respectent la souveraineté de l'Irak». De son côté, l’Iran a nié toute implication dans les attaques sur les bases où sont déployées les forces américaines en Irak.

Trois des frappes aériennes américaines de dimanche ont été menées contre des cibles à l'intérieur de l'Irak et deux contre des installations liées au Kata'ib Hezbollah en Syrie. Les attaques les plus intenses ont été lancées contre des bases établies par la milice à la frontière et conçues pour empêcher l'infiltration des combattants de l'État islamique.

À la lumière de l'avertissement de Trump la semaine dernière dirigé au gouvernement syrien et à la Russie exigeant qu’ils mettent fin à leur offensive contre les forces liées à Al-Qaïda dans la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, l'attaque des positions des milices soutenues par l'Iran en Syrie pourrait bien signaler le retour de Washington à une stratégie de soutien direct aux éléments d'Al-Qaïda et de l'État islamique dans la poursuite de la guerre de changement de régime contre Assad.

Les frappes aériennes américaines sont les premières attaques de ce type contre des forces en Irak bénéficiant du soutien de l'Iran depuis que le gouvernement Obama a ordonné le retrait des troupes en 2011, sans parler de la première frappe depuis le renforcement agressif de forces américaines dans la région contre l'Iran qui a commencé en mai de cette année, lorsque les États-Unis ont dépêché un porte-avions ainsi qu'une force opérationnelle de bombardiers dirigée par des B-52 dans la région du golfe Persique en réponse à une prétendue «menace» iranienne.

Le renforcement américain, qui a vu des milliers de soldats déployés dans la région depuis, est survenu un an après que le gouvernement Trump a unilatéralement et illégalement abrogé l'accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et les pays P5 + 1: c’est-à-dire les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, soit les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie et la Chine, plus l'Allemagne.

Washington a ensuite lancé une campagne de «pressions maximales» de sanctions économiques équivalant à un acte de guerre dans le but de ramener les exportations iraniennes de pétrole à zéro, de couper les liens financiers mondiaux du pays et de provoquer une crise sociale et économique qui ferait tomber le gouvernement iranien.

La misère sociale infligée par ces mesures, combinée aux politiques imposées par les dirigeants iraniens, a provoqué des bouleversements de masse le mois dernier, que le gouvernement a pu réprimer avec une force considérable.

Washington semble maintenant s'engager dans une voie beaucoup plus agressive et imprudente, conduisant à une spirale de représailles et de contre-représailles qui menacent de déclencher une conflagration qui pourrait embraser toute la région et au-delà. Dimanche soir déjà, des informations indiquaient qu'un complexe abritant du personnel américain près de Bagdad avait subi des tirs de mortier.

Les dangers mondiaux posés par l'escalade militaire américaine contre l'Iran ont été mis en évidence la semaine dernière avec les tout premiers exercices navals conjoints menés par l'Iran, la Russie et la Chine dans le golfe d'Oman, le long de la voie navigable stratégique par laquelle 20 pour cent du commerce mondial de pétrole passe, dont la majeure partie est destinée aux marchés asiatiques, la Chine en tête. Pékin ne peut accepter que l'impérialisme américain ait une emprise sur le golfe Persique et ses exportations d'énergie.

Un affrontement militaire entre les États-Unis et l'Iran pourrait rapidement dégénérer en une guerre mondiale entraînant toutes les puissances nucléaires. Avec la fin de 2019, la question la plus urgente à laquelle est confrontée la classe ouvrière internationale reste celle de forger un nouveau mouvement antiguerre de masse issu des bouleversements sociaux qui éclatent sur tous les continents, dirigé contre le système capitaliste, source du militarisme et de la guerre.

(Article paru en anglais le 31 décembre 2019)

 

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