En pleine procédure de destitution, Pelosi honore Trump en l'invitant à présenter son discours sur l'état de l'Union

Par Patrick Martin et Andre Damon
24 décembre 2019

Moins de quarante-huit heures après avoir voté pour destituer le président Donald Trump, la présidente de la Chambre démocrate, Nancy Pelosi, l'a invité à prononcer le discours annuel sur l'état de l'Union devant le Congrès.

On pourrait s'attendre à ce que la présidente de la Chambre des représentants refuse cette invitation à un président qui, comme Trump, est accusé de «crimes et délits graves» et qui, en théorie, pourrait être démis de ses fonctions dans les semaines qui suivent.

L'année dernière, Pelosi a retiré son offre de faire prononcer à Trump le discours sur l'état de l'Union jusqu'à la conclusion de l'accord qui a mis fin à la fermeture du gouvernement. Elle a même suggéré que Trump renonce complètement au discours et envoie simplement un message écrit, comme l'avaient fait tous les présidents avant Woodrow Wilson.

Ce geste souligne l'élément d'ineptie et de tromperie qui caractérise la mise en accusation. À chaque fois, les démocrates ont évité de faire quoi que ce soit qui pourrait mobiliser l'opposition publique à Trump, qui maintient le taux d'approbation le plus bas de tous les présidents depuis la Seconde Guerre mondiale, et qui est largement méprisé pour ses violations des droits de la personne à l'égard des immigrants et ses liens avec les groupes fascistes.

L'invitation de Pelosi sape les affirmations des démocrates du Congrès selon lesquelles Trump, qui aurait «sollicité l'ingérence d'un gouvernement étranger», constituait un «danger immédiat» pour la démocratie si grand qu'il aura fallu accélérer la procédure de destitution.

À quoi ressemblera le discours de Trump sur l'état de l'Union?

Si le procès sénatorial de mise en accusation est en cours, il pourrait utiliser le discours pour faire un appel public contre ses accusateurs dans le but d'influencer le procès et de mobiliser des appuis contre celui-ci.

Alternativement, le discours sur l'état de l'Union de Trump pourrait avoir lieu à la suite d'un acquittement, permettant à Trump de prendre une longueur d'avance dans la campagne électorale, de renforcer sa position et de dénoncer les démocrates avec raison.

La Maison-Blanche a fait une brève déclaration disant que le président avait «accepté l'invitation de la présidente de la Chambre». Mais la véritable réponse de Trump est venue le lendemain, lorsqu'il a prononcé ce qui pourrait facilement être décrit comme le discours le plus ouvertement fasciste et autoritaire de sa présidence.

S'adressant à l'organisation étudiante d'extrême droite Turning Point, Trump a déclaré en termes apocalyptiques: «Les mois à venir décideront si notre pays sera gouverné par une classe dirigeante corrompue, défaillante et d'extrême gauche ou si nous gouvernerons notre pays.»

Quand il a été interrompu par des gens qui scandaient «quatre ans de plus» après avoir parlé des «extrémistes de gauche», Trump a déclaré, si vous voulez les rendre fous, dites «16 ans de plus». Sous les applaudissements, la foule a répondu en répétant le slogan «16 ans de plus».

Incitant la foule à nommer ceux qui sont «plus que socialistes», le public a crié, deux fois séparément, «Communistes!» Voulant épater son public fasciste, Trump a condamné la «gauche» politique plus de 20 fois.

En d'autres termes, la réponse de Trump à ce qui est de plus en plus considéré comme un échec de sa campagne de destitution a été d'intensifier sa démagogie fasciste. Il sait que les démocrates ne s'opposeront pas à lui et que les médias ignoreront ses incitations ouvertes à la violence et son mépris total des limites constitutionnelles de la présidence.

En fait, l'invitation de Pelosi au Congrès couronne une semaine que les alliés de Trump ont qualifiée de «plus importante semaine» de sa présidence, pleine de victoires «historiques» pour son programme.

Vendredi, Trump a signé le National Defense Authorization Act, le plus important projet de loi sur les dépenses militaires de l'histoire américaine, après que les démocrates ont effectivement supprimé toutes les limites aux déploiements militaires – y compris contre l'Irak et le Yémen – ainsi que les interdictions d'utiliser les fonds du Pentagone pour un mur frontalier.

Dans son discours du lendemain, Trump s'est vanté que «lorsqu'il s'agit de l'armée, il n'y a pas de déficit budgétaire», car les démocrates lui ont donné un chèque en blanc pour financer l'armée.

Il s'est en outre vanté du fait que ses adversaires démocrates avaient totalement abandonné leur opposition à la construction de camps de concentration pour détenir des familles d'immigrés, à sa politique de séparation des enfants et au détournement illégal de fonds pour construire son mur frontalier.

Trump a jubilé: «C'est drôle. Je l'ai fait passer, dans le cadre du projet de loi sur la défense, parce que vous savez quoi? Les démocrates n'aiment plus cette question... ils ont en quelque sorte laissé passer celle-là. Ils en ont eu assez de cette bataille contre le mur.»

Jeudi, les démocrates du Congrès ont voté pour approuver l'accord commercial USMCA de Trump, que l'ancien stratège Steve Bannon a décrit comme créant une «base manufacturière géostratégique en Amérique du Nord» pour contrer la Chine.

Le flot de victoires politiques qui a déferlé sur Trump, couronné par son invitation par les démocrates à prononcer le discours sur l'état de l'Union, souligne certaines réalités fondamentales.

Malgré toutes les déclarations rhétoriques selon lesquelles «la vision de nos fondateurs d'une république est menacée par les actions de la Maison-Blanche», comme l'a dit Pelosi, les désaccords entre les deux partis ne sont pas fondamentaux.

Le conflit entre Trump et les démocrates est, comme l'a dit l'ancien président Barack Obama, une «mêlée interne», terme qui désigne une dispute entre deux sections d'une même équipe.

Les démocrates ont centré leur opposition à Trump sur l'accusation qu'il n'a pas été suffisamment agressif contre la Russie, déclarant dans les articles de mise en accusation qu'il a «abusé des pouvoirs de la présidence en ignorant la sécurité nationale et en y portant atteinte» en retardant l'envoi d'armes vers l'Ukraine.

En d'autres termes, leurs conflits avec Trump sont de nature purement tactique, centrés sur des désaccords de politique étrangère. Sur les questions fondamentales de classe auxquelles est confrontée l'élite dirigeante – réduction des impôts pour les entreprises, financement de la Gestapo à la frontière et gonflement des caisses du Pentagone – ils sont unis.

Tout cela montre clairement qu'une lutte sérieuse contre Trump ne peut se faire que par un mouvement totalement opposé au Parti démocrate. La lutte pour déloger Trump nécessite la construction d'un mouvement socialiste de masse de la classe ouvrière, luttant pour briser le pouvoir de l'oligarchie financière pour laquelle Trump et les démocrates parlent tous deux.

(Article paru en anglais le 23 décembre 2019)

 

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