Au lendemain du vote de destitution: les démocrates soutiennent les projets de loi de Trump sur le commerce et le budget

Par Patrick Martin
21 décembre 2019

Le lendemain de l'adoption par la Chambre des représentants des États-Unis de deux articles de mise en accusation du président Trump, la Chambre a adopté la priorité politique principale de Trump pour 2019, l'accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, par une forte majorité bipartite.

Le vote a été de 385-41: 193 démocrates et 192 républicains l'ont soutenu. L'USMCA, en supposant qu'il soit adopté par le Sénat l'année prochaine, remplacerait l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui est entré en vigueur sous l'administration du démocrate Bill Clinton il y a 25 ans.

Cette mesure vise à renforcer la coordination de la politique économique et commerciale entre les États-Unis et leurs voisins du nord et du sud, de manière à constituer un bloc commercial plus fort, dirigé en particulier contre la Chine, ainsi que contre d'autres rivaux capitalistes comme le Japon et l'Union européenne.

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, de Californie, s'exprime lors d'une conférence de presse au Capitole à Washington (Source: AP Photo/Susan Walsh)

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a annoncé un accord sur l'USMCA la semaine dernière après des mois de discussions avec le représentant américain au commerce Robert Lighthizer, dans lesquelles les démocrates ont fait pression pour rendre le projet de loi plus protectionniste et davantage dirigé contre la Chine.

Dans une nouvelle démonstration de la collaboration des démocrates avec l'administration Trump, le Sénat a repris et adopté, par de fortes majorités bipartites, les deux projets de loi budgétaires approuvés par la Chambre mardi. Le vote sur le premier projet de loi, qui prévoit 632 milliards de dollars de dépenses sociales intérieures, a été de 71 à 23. Le vote sur le second projet de loi, qui prévoit 738 milliards de dollars de dépenses militaires et de sécurité nationale, a été de 81-11.

Une poignée de démocrates libéraux se sont opposés au projet de loi sur les dépenses militaires, adoptant une position antiguerre qui manque totalement de sincérité, puisqu'il n'y avait aucune chance que le projet de loi soit rejeté. Le projet de loi sur les dépenses intérieures a été rejeté principalement par des républicains opposés au maintien des niveaux actuels de soutien, qui sont déjà épouvantables, pour les soins de santé, l'éducation, le logement et d'autres programmes sociaux. Quatre sénateurs qui font campagne pour l'investiture démocrate à la présidence, Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Amy Klobuchar et Cory Booker, n'ont pas assisté à la session et n'ont pas voté.

L'adoption des projets de loi sur le commerce et le budget, à une énorme majorité bipartite, confirme que sur les questions liées aux intérêts de classe fondamentaux de l'aristocratie financière américaine, il n'y a pas de différence entre les deux partis. Wall Street a exigé l'adoption d'un budget pour toute l'année, plutôt qu'une série de résolutions continues ou une répétition de la fermeture partielle du gouvernement fédéral l'an dernier, afin d'éviter tout choc sur les marchés financiers du fait que le gouvernement fédéral ne rembourse pas la dette à temps.

Le projet de loi sur le commerce a également reçu l'appui quasi unanime de la Chambre de commerce, des grandes banques et des principales sociétés transnationales, qui veulent toutes un cadre stable pour mener des opérations de production intégrées dans toute l'Amérique du Nord, ainsi qu'un soutien contre leurs rivales en Chine et en Europe.

Neil Bradley, vice-président exécutif et chef de la politique de la Chambre de commerce des États-Unis, a déclaré à CBS News que l'USMCA «va apporter une certitude pour cette relation commerciale», ajoutant que «le Canada et le Mexique sont nos deux plus grands partenaires commerciaux».

L'adoption bipartite écrasante de l'USMCA contraste vivement avec le vote serré d'approbation de l'ALENA il y a 26 ans, lorsque la Chambre avait adopté l'accord par 234 voix contre 200. Cela reflète le consensus croissant au sein de l'élite dirigeante américaine sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour former un bloc commercial anti-Chine dans l'hémisphère occidental.

Dans la poursuite de cet objectif, certains intérêts sectoriels ont été sacrifiés. L'industrie pharmaceutique, par exemple, a perdu une période de protection de 10 ans pour une classe de médicaments appelée «produits biologiques». En conséquence, les compagnies pharmaceutiques ont changé de position et ont fait pression pour le rejet du projet de loi, en vain. L'industrie de l'automobile a aussi rechigné, ce qui a amené le syndicat des Travailleurs unis de l'automobile à s'opposer au projet de loi, même si l'AFL-CIO, les Teamsters et les Métallos l'appuyaient.

Quant au budget militaire gargantuesque, le Sénat a adopté mardi la loi d'autorisation de la défense nationale, tandis que la Chambre a voté les crédits le même jour. Puis le Sénat a approuvé le projet de loi de crédits jeudi avec une opposition symbolique. Les deux partis soutiennent l'utilisation de la force militaire partout dans le monde pour défendre les intérêts mondiaux de l'impérialisme américain.

Le projet de loi de crédits militaires, comme le NDAA, autorise 1,375 milliard de dollars de dépenses pour le mur frontalier de Trump et supprime toute restriction sur le transfert illégal et inconstitutionnel par Trump des fonds du Pentagone à la construction du mur frontalier.

Les conflits qui ont conduit à la mise en accusation concernent un domaine clé de la politique étrangère – affronter la Russie au Moyen-Orient, en Ukraine et en Europe de l'Est – où l'appareil de renseignement militaire, par l'intermédiaire de ses représentants hommes (et femmes) au sein du Parti démocrate, s'oppose à tout changement de la politique anti-Russie qui s’éloignerait de la ligne dure adoptée pendant le second mandat de Barack Obama.

Après l'adoption du projet de loi sur le commerce, le chef de la majorité, Steny Hoyer, a annoncé qu'il n'y aurait plus de vote à la Chambre des représentants avant le 7 janvier 2020. En effet, la direction du parti démocrate a reporté de trois semaines la présentation des articles de destitution au Sénat, et donc le procès au Sénat.

En vertu du règlement du Sénat, la mise en accusation doit être examinée par le Sénat dans les 24 heures suivant la présentation des articles de destitution, et le Sénat doit mener le procès six jours par semaine jusqu'à sa conclusion.

En retardant la présentation, Pelosi donnait au Sénat le temps d'examiner et d'adopter l'USMCA, même s'il n'était pas certain que le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, allait le faire. Il existe une opposition importante à l'USMCA parmi les républicains du Sénat qui prétendent que les négociateurs commerciaux en chef de Trump, Lighthizer et le responsable de la sécurité du Trésor Steven Mnuchin, ont fait trop de concessions pour obtenir l'appui des démocrates et de la fédération syndicale AFL-CIO.

Le retard dans la présentation des articles de mise en accusation est aussi un effort pour faire pression sur McConnell dans les négociations avec les démocrates du Sénat au sujet des règles qui régiront le procès du président Trump lorsqu'il commencera en janvier. Le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, a demandé à quatre hauts responsables du gouvernement de témoigner, dont le chef de cabinet par intérim de la Maison-Blanche, Mick Mulvaney, et le secrétaire d'État, Mike Pompeo. Trump a répondu par des demandes de témoignage de l'ancien vice-président Joe Biden, de son fils Hunter Biden et du «dénonciateur» de la CIA dont la plainte interne a déclenché la procédure de destitution.

(Article paru en anglais le 20 décembre 2019)

 

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